Pour Info - FSU - En ligne


Accueil > Archives > Année 2004-2005 > N°319 du 13 au 17 juin 2005 > 2012 : le pari d’un autre Olympisme ?

2012 : le pari d’un autre Olympisme ?

vendredi 17 juin 2005  Enregistrer au format PDF


Depuis longtemps, le SNEP défend l’idée que l’EPS et le sport scolaire doivent contribuer à la construction d’une alternative humaniste pour le sport. Les 450 000 signatures recueillies autour de l’appel « Pas d’éducation sans éducation physique » portent aussi en partie cette exigence. Cependant, n’est-on pas en train de voir l’aventure sportive humaine tourner à la mésaventure du fait de l’accélération en particulier de la mondialisation libérale de nos sociétés ?

Après les années 60, il faut effectivement constater le passage progressif d’un Olympisme marqué par les rapports de force internationaux, la montée du tiers-monde, les illusions d’un sport socialiste, à un Olympisme marqué de plus en plus par la médiatisation, la marchandisation et l’intrusion des sponsors. Si les Jeux sont devenus pour une part une gigantesque machine économique et médiatico-idéologique, attisant certaines contradictions du phénomène sportif lui-même, ils restent aussi à l’image du monde et de sa diversité, une grande fête populaire, parfois enthousiasmante et encore généreuse.

Une question se pose alors : l’idée d’un autre Olympisme passe-t-elle par le soutien aux Jeux ou conduit-elle à les rejeter en bloc ? L’alternative n’est pas entre approbation sans critique et refus sans nuance. Certes on pourrait hypocritement attendre le 6 juillet pour reprendre ce débat mais pourquoi ne pas jouer le jeu maintenant et poser la question primordiale aujourd’hui : Quelles transformations proposer pour ces Jeux ?

Pour sa part, le SNEP relève le défi d’un autre Olympisme. Des forces sociales existent en France, en Europe et dans le Monde pour transformer des JO. Le SNEP considère que des Jeux de 2012 peuvent être l’occasion de les rassembler dans l’action. C’est dans cet état d’esprit et porteur de cette démarche que le SNEP souhaite que la candidature de Paris pour l’organisation des JO de 2012 soit retenue par le CIO.
Avec ambition mais aussi conscient de la difficulté et de l’ampleur de la tâche, le SNEP entend contribuer à la définition d’une ligne cohérente pour la transformation des Jeux dans toutes leurs dimensions : économique, idéologique et purement sportive.

Il avance d’ores et déjà quelques idées, qu’il soumet à la réflexion :
La France devrait d’abord être exemplaire en matière d’éducation physique et sportive et de sport scolaire, comme elle devrait l’être pour le développement du sport populaire, ceci assorti des équipements et des financements nécessaires. Les besoins sont particulièrement criants à Paris et en Ile de France.

Sur un plan plus sportif, la France devrait réaffirmer son intransigeance dans la lutte contre le dopage et la traduire par des actions concrètes. Le « tous dopés » est une capitulation et une posture inacceptables.
Les Jeux ne doivent pas servir de diversion médiatique à la misère et à la violence du monde actuel.

Les conditions - biologiques, psychologiques, sociales et éthiques - dans lesquelles peut se développer le sport comme possibilité d’un progrès humain, doivent faire l’objet d’un débat démocratiquement conduit.

Un combat doit être mené sur les valeurs et la signification de l’événement pour permettre à celui-ci de s’installer véritablement sur le terrain de l’humanisme et de la solidarité. De ce point de vue, le sport et les Jeux ne doivent pas avoir pour fonction politique de donner l’illusion d’un champ d’activités où la démocratie règnerait et qui serait le reflet d’une société présentée comme « démocratique et égalitaire ».

Ce combat doit inclure une action nationale et internationale qui impose aux sponsors et aux médias une éthique et des obligations : totale liberté de la presse, accès des jeunes, des chômeurs, aide aux pays pauvres ; les Jeux doivent être un moment incontestable d’égale dignité des pratiques et des athlètes, visant par exemple à mieux intégrer le sport des handicapés.

Il nous semble aussi qu’il serait bon de réfléchir à un nouveau statut de la victoire et de la défaite, un nouveau rapport entre le gagnant et les perdants.

Il faut imaginer un nouvel « Appel de Paris », fondé sur « la déclaration universelle des droits de l’homme », qui, s’inspirant de l’histoire de l’émancipation humaine et s’appuyant sur tous les mouvements qui l’incarnent aujourd’hui, propose des Jeux qui soient, dans l’esprit d’une authentique excellence sportive humaine, un moment de solidarité concrète, une forme explicite de lutte contre les inégalités dans le monde, la faim, le sida, la dette, le racisme, le travail des enfants, la violence faite aux femmes, pour la Paix, le respect entre les peuples, le partage des richesses, le développement durable et la protection de l’environnement.

Le SNEP proposera aux enseignants d’EPS et à toutes les forces et institutions concernées de l’accompagner dans cette démarche, de l’enrichir de leurs propositions et de la faire vivre partout ensemble. D’ores et déjà, des pas en avant sont possibles dans le cadre de l’EPS et du sport scolaire, et plus largement dans celui de l’école. Le SNEP s’emploiera à en développer les conditions.

Texte voté au Conseil Délibératif National du SNEP - FSU


RSS 2.0 | Plan du site | Réalisé avec SPIP | Site national de la FSU