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ATTAC : entre péril et rebond ?

mercredi 27 septembre 2006  Enregistrer au format PDF


Les élections du 17 juin dernier devaient renouveler le Conseil d’administration d’Attac. La liste des 18 candidats représentant le collège des fondateurs fut validée par une très large majorité des suffrages (environ 65 % de pour, 20 % de contre et 15 % d’abstentions). Par contre, des anomalies statistiques constatées dans les résultats portant sur les candidatures des adhérents non fondateurs jetèrent le soupçon. Une forte présomption de fraude amena 20 élus à prendre de suite la décision de suspendre leur participation au CA, à demander de nouvelles élections, et à exiger le mise en place d’une commission exécutive paritaire devant préparer ces nouvelles élections et faire fonctionner l’association. Dès la fin juin le principe de nouvelles élections fut acquis. Quant au CA, il élira Jacques Nikonoff à sa présidence et siégera avec 22 membres sur 42, du moins jusqu’à la fin du mois d’août. Deux mois plus tard, le 24 août est sorti un rapport rédigé - à la demande du CA - par René Passet Président d’honneur du Conseil scientifique de l’association. Il s’agissait de faire la synthèse de travaux d’experts indépendants, effectués eux aussi à la demande du Conseil d’administration. La conclusion de ce rapport est sans ambiguïté : « l’hypothèse de la « fraude » présente un degré de probabilité situé au-delà de toute contestation ».Pour autant, cette fraude continue d’être niée ou atténuée par un certain nombre d’ élu-es au Conseil d’administration. Cependant, mesurant ce que ce rapport allait inévitablement provoquer, le CA du 25 août a adopté à l’unanimité la motion suivante :

« Le Conseil d’administration d’Attac réuni le 25 août 2006 enregistre la prise en compte du rapport de René Passet. Il met en place une commission de conciliation pour constituer, lors du CA du 29 août 2006, une commission exécutive mixte et paritaire, dans le cadre du CA, chargée de faire fonctionner l’association jusqu’aux prochaines élections. Cette commission exécutive mixte et paritaire se substituera au Bureau et à la présidence, qui à cette occasion remettront leur mandat à disposition du CA. ».

Cette commission a été mise en place le 29 août, et s’est substituée au bureau et à la présidence, qui ont remis leur mandat. Elle est composée de 13 membres, 6 de chaque partie en présence et un non aligné. Le représentant de la FSU en fait partie. Cette commission décidera au consensus, et renverra les décisions faisant désaccord au CA. Les membres sont entre eux à égalités de responsabilité et de pouvoir ; l’ordonnance des dépenses est confiée à la commission exécutive prise dans son ensemble. Au-delà de cette fraude, qui ébranle l’association, se dessinent aujourd’hui de plus en plus nettement deux projets pour Attac. La fondation d’Attac a correspondu a un besoin pour des organisations et des individus venant d’horizons différents mais unis contre le néolibéralisme : un besoin, qui s’était exprimé de plus en plus fortement durant les années 90, d’un lieu de convergence, produisant des analyses et des propositions alternatives et construisant des mobilisations. Nous sommes pour qu’Attac reste un tel lieu, tout en développant son existence en tant qu’organisation propre. C’est pourquoi la FSU a souhaité, avec l’ensemble des fondateurs, que les adhérents individuels jouent un rôle prépondérant et donc que le nombre de membres du CA élus issus des adhérents individuels passe de 12 à 24 ; c’est aussi pourquoi la FSU demande que les comités locaux, qui ont permis l’encrage de l’association sur tout le territoire, aient une parole davantage reconnue ; c’est enfin pourquoi la FSU considère que doit être maintenu le choix par le collège des fondateurs de ses 18 membres participant au CA, avec une validation des 18 pris collectivement grâce à un vote de l’ensemble des adhérents. Nous avons là les garanties pour qu’Attac puisse se nourrir de l’ensemble de ses composantes, et retrouver son essor et son ambition. Mais encore faut-il qu’elle accomplisse le sursaut éthique, dont l’affaire de la fraude électorale a montré l’impérieuse nécessité, et qui est une condition de la capacité à rassembler, à construire des convergences. A l’encontre de cette position, depuis un an certains souhaitent que les fondateurs ne puissent plus choisir les 18 d’entre eux siégeant au CA ; mais que les adhérents élisent 18 fondateurs pris dans une liste de 25, 30... candidats. Ce qui enlèverait toute représentation du collège des fondateurs au CA ; ce qui amènerait en outre des fondateurs personnes morales à se concurrencer au sein d’une association ayant vocation à construire des convergences ; et ce qui libérerait l’association de fondateurs très majoritairement farouches défenseurs de la non participation, directe ou non, d’Attac au « jeux » des partis politiques. Les mêmes proposent depuis peu qu’il n’y ait plus de place au CA pour les fondateurs. Cela ouvrirait clairement la voie à la transformation d’Attac en une association partisane fonctionnant sur la base d’une majorité contre une minorité et non plus sur la construction de convergence. Ils demandent que ce retrait des fondateurs soit décidé de suite par leur collège, et que par conséquent il s’impose aux adhérents. Réuni le 06 septembre, le collège des fondateurs a rejeté cette demande, a rappelé son attachement au projet originel d’Attac et a souligné l’importance des nouvelles élections qui doivent être l’occasion de clore la crise actuelle (confer la déclaration ci-dessous).
Un choix entre deux conceptions d’Attac est à opérer. La FSU, comme une très large majorité de fondateurs, considère qu’il ne peut être fait que par l’ensemble des adhérents de l’association : c’est l’enjeu des élections d’un nouveau CA en décembre. D’ici là, le débat doit traverser toute l’association.

Gérard Aschieri, Marc Delepouve, Daniel Rallet et Sophie Zafari

Déclaration du collège des fondateurs d’Attac


« Le Collège des fondateurs d’Attac, réuni le 6 septembre 2006, a pris acte des résultats des études demandées à des statisticiens indépendants et du rapport de René Passet, demandé unanimement par le CA, sur les élections internes d’Attac de juin 2006. Ce rapport indique que « tous les experts s’accordent à reconnaître l’existence d’anomalies troublantes liées aux dates de dépouillement du scrutin ; ils estiment que la probabilité statistique des écarts enregistrés se situe à des niveaux qui relèvent de l’impossible et qu’il y a donc eu « manipulation » : jamais les écarts enregistrés et concentrés dans le temps n’auraient été possibles sans l’intervention providentielle de quelque « main invisible ; ils montrent enfin, que ces écarts ont effectivement faussé le résultat des élections ».


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