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Appel pour une formation des enseignants de haut niveau

mercredi 2 juillet 2008  Enregistrer au format PDF


PRESENTATION :

Les initiateurs de l’appel* « pour une formation des enseignants de haut niveau dans des IUFM rénovés » ont tenu mercredi 25 juin une conférence de presse en présence de quelques personnalités qui ont été premières signataires.

A peine lancé, cet appel compte 2500 signatures, dont celles d’universitaires ou de chercheurs, d’anciens recteurs et inspecteurs d’académie (Philippe Joutard, Claude Pair, Jean Gallot,…), d’inspecteurs et chefs d’établissements, de personnalités responsables d’associations (FCPE, Ligue de l’enseignement, GFEN, AFEV, CRAP, cahiers pédagogiques, café pédagogique…), de personnalités responsables de syndicats de lycées (UNL) et étudiants (UNEF), de secrétaires généraux de syndicats (SGEN, FERC-CGT, FSU et syndicats de la FSU) et de personnalités du monde de la culture. S’ajoutent à cette liste des jeunes collègues qui sortent des IUFM et qui ont tenu à dire que la formation en IUFM est certes perfectible mais que sans elle, ils ne peuvent développer les compétences professionnelles nécessaires à l’exercice du métier. De nombreux formateurs à temps plein, associés et maîtres formateurs, ainsi que des enseignants de tous niveaux ont commencé aussi à signer.

Le succès de cet appel traduit un réel émoi de la communauté éducative face aux annonces sur la « mastérisation » des enseignants et la disparition possible des IUFM. Les participants ont dénoncé la précipitation provoquée par le ministère et les conséquences désastreuses qu’elle engendre. Ils ont aussi dénoncé un marché de dupes : la « mastérisation » prévue n’est en aucun cas une amélioration de la formation. De plus, les contenus des concours qui doivent être revus pendant l’été (selon une logique de réduction des coûts), détermineraient directement les contenus de master. Cette situation, inédite dans l’Université, mise en place de manière précipitée, alors que le Président du Comité de suivi Master est en charge d’une mission sur les Masters qui doit être rendue en septembre, ne peut qu’inquiéter sur la qualité de tels masters.

De plus, en fixant l’échéance de 2010 pour ces nouveaux concours et en demandant aux universités de monter des masters rapidement (cf. la lettre de Darcos à la CDIUFM « je demande aux Universités et IUFM de faire rapidement des propositions dans le cadre de l’autonomie »), le gouvernement fait le choix de la concurrence entre IUFM, entre IUFM et universités, entre universités elles-mêmes. En ne prévoyant ni aides, ni pré-recrutement, le gouvernement écarterait de l’accès aux fonctions d’enseignants de nombreux jeunes, issus notamment des milieux défavorisés.

Sous la pression du ministère et dans une atmosphère de grande fébrilité, des universités se mettent à préparer de nouveaux masters censés être opérationnels dès la rentrée. Cela risque d’engendrer de fait une multitude de masters « liés » aux concours d’enseignants, très différenciés dans leurs contenus et leurs modes d’organisation. Il y a risque d’une hiérarchie entre masters, d’inadéquation aux nécessités de la formation professionnelle, inégalités au sein des universités et sur le territoire. Un cadrage national s’impose.

Les personnalités présentes estiment qu’il est nécessaire de continuer à populariser l’idée d’une indispensable formation professionnelle pour les enseignants de tous niveaux ; à alerter l’opinion sur la désastreuse précipitation de la réforme. Elles appellent à organiser des Etats généraux de la formation dès la rentrée, en relation étroite avec les organisations syndicales et associations.

*Initiateurs de l’appel : Yves JEAN (Professeur, Université de Poitiers), Michelle LAUTON (Maître de Conférences Paris XI), Philippe MEIRIEU (Professeur, Université Lumière-Lyon 2), François POIRIER (Professeur, Université Paris 13), Claire PONTAIS (Enseignante, Université de Caen (IUFM de Basse Normandie), Maeliss ROUSSEAU (PE2 à l’IUFM de Lyon) ;

APPEL :

Pour une formation des enseignants de haut-niveau dans des IUFM rénovés Le recrutement et la formation des professeurs et cadres éducatifs sont des questions qui engagent l’avenir de notre Ecole et de la société toute entière. Elles ne peuvent être traitées à coups d’annonces dans la presse, sans concertation avec tous les acteurs du système éducatif. Elles ne peuvent être régies par une logique politicienne ou comptable. Elles ne peuvent être traitées comme des questions purement techniques. Enseigner est une profession à haute responsabilité qui doit bénéficier d’une reconnaissance sociale et salariale à la hauteur des enjeux éducatifs de la modernité. C’est un métier complexe qui nécessite la mise en œuvre de compétences de haut-niveau dans différents domaines (scientifique, didactique, pédagogique, éducatif, institutionnel, éthique..). C’est un travail d’expert que chacun s’accorde aujourd’hui à reconnaître comme de plus en plus exigeant. Ainsi la formation des enseignants doit prendre en compte l’ensemble des apports possibles tout en étant irriguée par la recherche. Le compagnonnage auprès d’enseignants expérimentés peut constituer un de ces apports mais ne peut, en aucun cas, se suffire à lui-même. La formation exige, au contraire, un véritable travail en alternance, permettant d’articuler modèles théoriques et prises de décisions pratiques. Cette alternance doit être organisée, tout au long du cursus universitaire, en lien avec des équipes d’établissements et des équipes de formateurs (enseignants chercheurs, enseignants, maîtres formateurs…). Faute d’une organisation rigoureuse de cette alternance et sans une institution dédiée à la formation et clairement identifiée comme telle, cette dernière deviendra très vite un processus aléatoire générateur de différences et d’inégalités dont les élèves feront inévitablement les frais. Enfin, l’Ecole doit être en phase avec la société. Pour cela l’ensemble des couches sociales doivent avoir accès aux recrutements des enseignants que seuls des aides et des pré-recrutements peuvent garantir. La formation doit donc être considérée comme un investissement et non un coût ! Le processus de « mastérisation » annoncé doit se traduire par une élévation du niveau de qualification et non l’inverse ! Il ne doit pas être un prétexte pour dégrader les contenus de formation et les conditions d’étude, supprimer les concours de recrutement ou balayer d’un revers de main les expériences accumulées depuis 15 ans dans les IUFM. Il ne peut être question, non plus, de recréer, à cette occasion, des clivages obsolètes et dangereux pour l’avenir de notre école, entre premier et second degrés, entre professeurs des lycées et collèges et professeurs des lycées professionnels, entre enseignants et conseillers principaux d’éducation, etc. Les IUFM, récemment intégrés aux universités, doivent avoir les moyens d’élaborer des masters, préparer aux concours de recrutement et d’améliorer la formation en relation étroite avec les autres composantes des universités (intégratrices ou non) ainsi qu’avec les partenaires de l’Education Nationale (maîtres formateurs, établissements, inspecteurs...). Supprimer cette structure, la diluer dans l’ensemble de l’Université ou l’étrangler faute de moyens fléchés serait une remise en cause de la spécificité et de l’efficacité de la formation des enseignants. Pour autant, il n’est pas question d’en rester au statu quo : la formation des enseignants doit encore être améliorée, tant sur le plan académique que sur le plan professionnel, tant dans le domaine de l’articulation avec la recherche que dans celui de l’implication des enseignants, des étudiants et des stagiaires dans leur parcours de formation. Les signataires s’opposeront à toute réforme qui aboutirait au démantèlement de la formation et des statuts des enseignants et des IUFM. Ils demandent une réelle concertation avec des Etats généraux de la formation.


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