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Audition au ministère du travail le 17 octobre

mercredi 31 octobre 2007  Enregistrer au format PDF


« La mixité, outil au service de la lutte contre les stéréotypes et pour l’égalité »

Commençons, par exprimer nos remerciements de pouvoir être entendu-es à l’occasion de la préparation de la conférence sur l’égalité.

Mais disons également qu’en ce qui concerne les emplois de la fonction publique, il n’est pas sûr qu’ils soient toujours un exemple de modèles égalitaires. La réussite scolaire, puis universitaire et aux concours de recrutement de la fonction publique font foi de l’engagement des femmes, de leur investissement, et de leurs compétences. Mais cette réussite doit être tempérée quand on ajoute aux indicateurs la qualité de l’insertion professionnelle et quand on observe la division socio-sexuée des postes et des déroulements de carrière.

Ce n’est pas le sujet, mais on a sûrement beaucoup à gagner auprès des jeunes à rendre visible et concrète une égalité de carrière, en particulier quand les emplois sont majoritairement féminins. Les femmes enseignantes sont aussi une image positive pour les élèves qui constatent qu’on peut être une femme et aussi une salariée, une intellectuelle, réussir des concours ... On pourrait rappeler que s’il y a moins d’hommes c’est parce que le métier est peu valorisé, au moins du point de vue salarial !

A la FSU, nous voulons prendre en charge ces questions. Le secteur « femmes, contribue ainsi à rendre visibles les problématiques liées aux questions de genre, qu’elles soient professionnelles, éducatives ou même syndicales (parité).

Je développerai quelques problèmes posés au système éducatif quand il s’agit de traiter les questions d’égalité :

- La mixité de sexe est une valeur :

La mixité à l’école est effective en France depuis 1975. Mais aucune réelle dimension pédagogique n’est venue étayer cette organisation qui mettait pourtant fin à des siècles d’interdiction de mélange des sexes dans les écoles. La co-éducation et la prise en charge des représentations et des images de soi restent un "impensé pédagogique".

- C’est la co-éducation qu’il faut développer :

Pour qu’elle soit une valeur, la mixité doit être envisagée sous l’angle de la co-éducation. Antoine Prost écrit à ce sujet « de toutes les révolutions pédagogiques, la mixité est l’une des plus profondes » L’école n’a jamais vraiment pensé cette structure comme un outil, elle est pourtant le premier lieu où on rencontre l’altérité.

Il est trop peu envisagé d’utiliser la diversité comme outil du respect de l’autre. Cela permettrait pourtant de revisiter, par exemple, le concept d’hétérogénéité ( s’en défier ou s’en saisir ?) sans oublier les valeurs sous-jacentes : l’égalité, la solidarité, le respect.
Il serait urgent que la mixité passe d’obligation institutionnelle à un véritable enjeu éducatif.

Pourtant, cette modalité est absente des programmes scolaires, pire, le vocable employé ignore même jusqu’à la présence des deux sexes à l’école (« un » élève).

Dans le milieu scolaire, indifférence, renoncement, invisibilité caractérisent cet état. « Comme la séparation est plus spontanée que le mélange » (Zaïdman) les stéréotypes de sexe continuent de s’exprimer librement, en particulier dans la cour de récréation.

Fonder une culture commune, développer le besoin de l’autre, apprendre ensemble sont des objectifs et des valeurs que le système éducatif devrait systématiquement piloter.

Considérer que la co-éducation est consubstantielle de l’égalité nécessite de s’y référer beaucoup plus souvent, de l’utiliser comme un acte pédagogique et d’y être formé.
Les programmes scolaires doivent être énoncés en prenant en compte le féminin et le masculin. (recommandations de la commission générale de terminologie-1998)

- Les filles réussissent, mais quoi ?

Si la forte réussite scolaire des filles n’est plus à démontrer, elle reste très marquée par leur appartenance de sexe.

Ainsi les LP sont des lieux quasi dé-mixés, pendant qu’au lycée la mixité n’est qu’apparente quand il s’agit d’observer le cœur de la classe (comparaison classe de L, classe de STI).

C’est principalement par le curriculum caché que ces différenciations sexuées entrent et sortent de l’école, validées par de nombreuses études qui affirment par exemple les valeurs différentes attribuées aux copies selon le sexe de l’élève. Les relations enseignant-es/élèves sont fortement marquées par des attentes différenciées selon le sexe. L’appropriation des savoirs subit ainsi une socialisation différenciée, invisible mais persistante. L’idéal républicain est troublé par les analyses qui, toutes, illustrent qu’il ne suffit pas de mettre ensemble les filles et les garçons pour produire de l’égalité.
La note de service concernant la mixité en 2000 souligne que les rapports sociaux de sexe sont parfaitement reproductibles à l’école.

- Analyse sexuée des examens par niveaux, par filières mais aussi par région pour le lycée mais aussi pour les classes préparatoires et pour les cycles de l’université (dans un seul document annuel et diffusé aux régions, rectorats, IPR, syndicats ...)
- Analyse sexuée aussi de l’insertion des filles par région aussi (idem au dessus)
- Mise en place d’une cellule ministérielle
- Mise en place d’un module dans la formation des enseignant-es ?
- Bilan donné au CSE en début d’année
- Campagnes annuelles sur les stéréotypes ....

- Lutter contre les stéréotypes

Dans les relations entre les élèves, l’expérience scolaire reste un lieu inévitable de construction des identités sexuées.

Mais comment faire « bouger » les jeunes quand leurs mères passent quatre fois plus de temps dans la sphère familiale que leur père, quand les métiers de leurs parents restent autant sexués, que leur livres d’histoire ignorent encore les grands noms des femmes, et que les programmes scolaires ne savent même pas qu’elles existent ?

L’éducation peut être un vecteur du changement des stéréotypes. L’école doit être un lieu il s’agit de remettre en cause une partie de leur identité en leur offrant des modèles possibles forts. L’exigence d’égalité doit rencontrer l’exigence d’identité.

Une véritable politique éducative s’élabore aussi en pensant à la variable « genre » mais l’école doit aussi se percevoir comme un lieu privilégié de discussion autour du phénomène inégalitaire filles/garçons, femmes/hommes.

Les programmes scolaires et les contenus pédagogiques doivent être des vecteurs de l’égalité mais ils doivent aussi penser les inégalités en terme de réalité sociale qui mettront du temps à reculer et contre lesquelles ils devront lutter. L’école ne doit pas/plus se cacher derrière sa façade égalitaire et mettre de côté certaines réalités, par exemple, du monde professionnel même si ses contenus évoluent. Les filières privilégiées par les garçons s’ouvrent peu à peu vers les filles, chaque année la réussite scolaire des filles progresse... Mais il reste aussi à apprendre aux filles que si les diplômes les protègent plus encore que les garçons face à l’emploi, le monde du travail est un monde âpre où les stéréotypes sont encore très puissants, où l’égalité des salaires à qualification égale n’est pas une réalité, où les conditions d’embauche ne sont pas les mêmes, où il faut s’affirmer, parfois en arguant de plus de compétences pour un même poste d’emploi. Il n’en reste pas moins vrai que leur capital scolaire reste le meilleur rempart.

De son côté, l’école doit prendre le temps de travailler auprès des jeunes pour déconstruire les stéréotypes, en particulier à l’âge des collégiens. Certaines disciplines, telle l’éducation physique apportent des contributions très concrètes dans la construction des identités et des modifications de représentation en faisant pratiquer des activités, « territoires » habituellement dévolus à « l’autre sexe » (elle aurait mérité une autre place dans le socle commun !).

Si la question de l’orientation scolaire des jeunes reste un élément particulièrement visible de choix stéréotypés, cela n’est que le « bout de la chaîne » d’un long parcours de formation. Ces questions méritent compétences et constitue un vrai métier(CO-psy). De ce point de vue, les récentes directives imposant aux professeurs principaux de faire ce travail n’est pas sans risque
La formation initiale et continue des enseignant-es, la rénovation des pratiques pédagogiques, la réflexion sur l’évaluation et les contenus sont autant de moments où doivent être étudiées ces problématiques, afin de faire reculer la violence et le sexisme et d’œuvrer à la lutte contre les stéréotypes, vecteurs privilégiés de l’invisibilité du phénomène et du maintien des inégalités.
Des modules obligatoires devraient être mis en place dans les instituts de formation de maîtres.
Les recherches devraient être plus diffusées et des colloques organisés pour les personnels

Bilan donné en début (ou fin d’année) au CSE

-Les « bonnes pratiques » ?

Toute réduction de l’offre scolaire ne serait pas à même de répondre aux grands défis posés par l’égalité entre les sexes ; éduquer et enseigner, cela prend du temps et ce n’est pas dans la réduction des horaires-élèves que nous trouverons collectivement les solutions.

Trop souvent, les questions d’égalité n’entrent pas dans les salles de classe et les élèves ont le « sexe des anges » (« le masculin neutre ». Les discriminations sont toujours indirectes, ce qui rend plus difficile leur mises à jour. C’est pourtant cet objet d’étude que le système éducatif devrait impulser.

Dans certaines académies, les rectorats ont signé des « charte pour l’égalité » (Caen) ; Cela s’accompagne de la nomination dans chaque établissement du second degré d’un-e correspondant-e égalité, et d’un stage de formation. Pourquoi ne pas le généraliser ? Chaque rectorat ne devrait-il pas mettre en place une chargé-e de mission « égalité » ?

Une grande campagne publique concernant les rôles sociaux, le partage des temps professionnels et familiaux pourraient accompagner et favoriser une prise de conscience des inégalités.

Les personnels sont prêts à relever le défi ; cet engagement ne devrait pas être contredit par des mesures comptables de réduction d’emplois ou d‘alourdissement des charges de travail susceptibles de laisser à l’abandon des jeunes dont l’école reste pour eux et elles le plus sûr moyen de l’égalité.

Nina Charlier


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