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Barbara Knockaert (SNUipp)

mardi 5 décembre 2006  Enregistrer au format PDF


Pédagogie, enjeu idéologique et politique...

En s’attaquant à la méthode d’apprentissage de la lecture, De Robien remet en cause la professionnalité des enseignants et menace l’ensemble de leurs pratiques pédagogiques : c’est la conception même de l’école qui est en jeu.
Les pédagogies dites « actives » ont accompagné la massification scolaire et ont contribué à l’élévation du niveau moyen de qualification de la population. Auparavant, l’enseignement consistait en la transmission des savoirs et ne demandait que leur restitution par les élèves, les « nouvelles méthodes », elles, font participer activement les élèves dans la « construction » de leurs savoirs, par la découverte, l’appel à leur esprit critique...
Les dernières annonces du même De Robien sur l’enseignement de la grammaire sont fort inquiétantes : il faudrait donc « simplifier et revenir aux fondamentaux : davantage de dictées, de leçons de grammaire et de conjugaison », de mêmes que celles sur les mathématiques « les quatre opérations doivent être apprises le plus tôt possible ».
Ce « retour aux fondamentaux » a inspiré le socle commun de connaissances qui tend plus du nivellement par le bas que d’une réelle avancée éducative. Ca fleure bon le système scolaire à deux vitesses : l’école du certificat d’études pour les élèves les plus en difficulté, la totalité des programmes pour les « meilleurs ». Et sans surprise, ceux qui arrivent à l’école sans bagage culturel repartiront sans.
C’est toute la conception de l’école qui s’en trouve transformée : c’est la logique économique qui impose que tout apprentissage doit être utilitarisé. Le formatage des élèves à « l’esprit d’entreprise » (une des 7 composantes du socle commun) s’accompagne d’une mise au pas des enseignants, qui doivent se soumettre à l’injonction du Ministre, même si elle est de nature régressive.
Le message subliminal du socle commun et du retour à la méthode syllabique est la culpabilisation de l’individu par rapport à son propre échec : si l’élève en difficulté, malgré les « possibilités offertes », à savoir le rabâchage du socle minimum et du B-A = BA, reste en échec, il en est le seul responsable... l’institution se dédouane ainsi de toute responsabilité quant aux échecs qu’elle génère.
Pour les enseignants, l’imposition d’une méthode mécanique remet en cause leur liberté pédagogique (atteindre les exigences des programmes avec la méthode de leur choix), leur travail de conception : l’injonction institutionnelle tente de faire d’eux des exécutants... mais exécuter quelles méthodes, jusqu’où ?
L’enjeu est de taille : pour les élèves, savoir déchiffrer et savoir lire, au sens comprendre un texte, n’induit pas le même degré d’émancipation pour le citoyen qu’il est en train de devenir.
La polémique autour de la méthode d’apprentissage de la lecture au CP relève d’un enjeu idéologique fort. Lire (apprendre) pour exécuter ou lire (apprendre) pour comprendre revêt un enjeu politique déterminant pour la société : à nous de résister, il nous faut convaincre, refuser d’appliquer, exiger une école de qualité pour tous... Oeuvrons, non à une école du dressage, mais à une école émancipatrice !


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