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CDFN des 29 et 30 mai 2012 : note du secteur services publics

lundi 4 juin 2012  Enregistrer au format PDF

Etat, décentralisation, finances publiques :
des évolutions à anticiper rapidement


En France, comme le stipule la Constitution, la République est indivisible (…) Son organisation est décentralisée ». Les collectivités territoriales sont donc parties intégrantes de l’Etat.

Ces dernières années ont vu se développer des politiques d’affaiblissement de l’Etat social, de ses capacités d’intervention pour assurer l’égalité entre citoyens et entre territoires. Les Collectivités Territoriales ont été elles aussi mises en difficulté notamment dans le cadre des transferts de compétences non entièrement compensés financièrement lors de la dernière phase de décentralisation.
Les années Sarkozy tout en affaiblissant les Services publics et la fonction publique ont renforcé une organisation autoritaire et verticale de l’Etat (rôle des préfets, réforme des CT). A un moment où le débat se cristallise sur la réduction des dépenses publiques comme réponse aux conséquences de la crise économique, la question de l’Etat, de son organisation nationale et déconcentrée, du rôle des CT est essentielle d’autant que certaines forces et non des moindres (ARF par exemple) préconisent de manière rapide une nouvelle étape de décentralisation.
Marylise Lebranchu vient d’ailleurs d’être nommée à la tête d’un ministère inédit de « la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Fonction publique ». Un autre nouveau ministère est attribué à Cécile Dufflot de « l’ égalité des territoires et logement et logement ».
Dans sa contribution pour les Etats-Généraux de la démocratie territoriale organisés par le Sénat, la FSU rappelle sa demande d’un bilan de la décentralisation actuelle, de ses forces et de ses faiblesses et réaffirme son opposition à toute nouvelle étape de décentralisation alors que les inégalités territoriales se sont aggravées sans que de réelles péréquations financières n’aient été mises en place.
Les mandats de la FSU construits dans ses congrès, actualisés à l’occasion d’instances délibératives (BDFN, CDFN), ont déjà dû prendre en compte les évolutions très rapides et néfastes de ces dernières années.
Mais véritable arrêt (ou pas ?) de la RGPP, remise en cause de la réforme des CT, nouvelles répartitions de compétences…, nous pouvons être confrontés très rapidement (et avant même notre congrès !) à de nouvelles évolutions.
Cette note a donc une fonction d’alerte et de réflexion par rapport aux évolutions en cours et à venir. Il s’agit surtout de faire le point sur le bilan des années Sarkozy, les mandats en cours, les questions qui se posent à brève échéance concernant à la fois le devenir de l’Etat aux niveaux national et déconcentré, de l’Etat décentralisé et des financements publics. Il s’agit aussi de tracer des pistes syndicales pour un nouvel Etat, social et démocratique.

I// Où en sommes-nous ? Les modifications en profondeur des institutions, des territoires laissent de lourdes séquelles.

1/ L’Etat

L’ « Etat social », tel qu’il s’est affirmé après 1945, est la résultante des mobilisations du mouvement ouvrier et d’un rapport de forces favorable à l’issue de la seconde guerre mondiale. Entré en crise dès les années 1970, l’Etat social devient la cible privilégiée des politiques néolibérales avec pour leitmotive : moins d’Etat, baisse des dépenses publiques et des impôts, privatisations et libre concurrence au sein de la mondialisation.La notion d’ « Etat stratège » est mise en avant : l’Etat-nation perd ses compétences au profit d’autres instances (OCDE, Banque centrale, UE), avec séparation entre la conception et la mise en œuvre, et à la clé les missions de SP assurée indifféremment par une personne publique ou privée. L’Etat prend cependant des formes dirigistes, que l’on a vues à l’œuvre dans la RGPP et la Réate, ou encore autoritaires comme dans le cas des politiques européennes d’austérité. Il devient même un « Etat prédateur » avec l’exploitation des institutions publiques au profit du privé.
Les Services Publics sont affaiblis, par la réduction des financements publics, les privatisations et la mise en concurrence des monopoles (entreprises en réseaux) mais aussi les GIP ou PPP.
L’Etat et sa « réforme » :

La LOLF correspond de fait à un recul du contrôle démocratique et la volonté de diminuer l’emploi public. Elle s’accompagne de la nouvelle gouvernance avec une structuration en réseau, le renforcement des hiérarchies locales, la mise en œuvre du New Public Management, la contractualisation, et la primauté du contrat sur la loi.A chaque programme est associée une batterie d’indicateurs de « performance ». La LOLF introduit aussi une nouvelle gestion interne de l’Etat (BOP, budget opérationnel de programmes). Ce nouveau système décentralise au fond la prise en charge de la contrainte budgétaire. Elle a permis l’intériorisation des nouvelles valeurs au sein des cadres de la fonction publique. La RGPP se situe dans sa continuité.

La RGPP a fait l’objet d’un triple chantier : budgétaire, structurel ( dont la réate), managérial. La Réate et la LRU offrent de ce point de vue un terrain expérimental pour le « management des ressources humaines » que le gouvernement veut promouvoir dans l’ensemble de la Fonction publique. La RGPP est une entreprise systématique de destruction des politiques publiques, des services publics, une marchandisation des pratiques, des organisations et des services rendus à des agences sous tutelles (Pôle Emploi par exemple) ou carrément au privé. La RGPP organise des ruptures fortes marquées notamment par :
- Le recours à des consultants externes (cabinets de consultants)
- Une version néo managériale assumée
- Sa focalisation sur l’enjeu budgétaire : la suppression d’un poste sur deux départs à la retraite et tout pouvoir donné à Bercy
- La volonté de redimensionner l’Etat par recours à l’externalisation
- La double autorité de la présidence de la République et du premier ministre.
- Le caractère industriel du processus
Et sa panoplie composée du guichet unique, de mutualisations (de fonctions supports – regroupement de service, avec fusion de corps )… La liste est longue.

Avec le New Public Management (NPM, nouvelle gestion publique) mis en œuvre en France plus tard en France que dans d’autres pays de l’OCDE, il s’agit non seulement de réduire fortement l’Etat social, mais au-delà, de « banaliser la France » comme l’avait dit N. Sarkozy, de briser l’attachement des français aux services publics dont les principes sont contraires au développement d’un marché sans entraves.

Ses préconisations avancent des principes, qui ont pu varier dans le temps :
La séparation entre les fonctions stratégiques et les fonctions opérationnelles.
- Création de petites unités administratives autonomes.
- Le recours aux mécanismes de marché, l’administré devenant client.
- La transformation de la structure hiérarchique de l’administration avec une autonomie factice des échelons de mise en œuvre.
- La remise en cause des carrières dans la fonction publique
- Une gestion par les résultats : réalisations d’objectifs, mesure de la performance, dans le cadre de programmes de contractualisations, avec renouvellement des formes de contrôle.

Une recentralisation autoritaire de l’Etat

Le NPM véhicule une capacité de contrôle de l’administration et de ses agents : c’est pourquoi les modalités d’évaluation sont essentielles. Le pouvoir hiérarchique de proximité est renforcé dans le cadre d’une autonomie factice, par le double jeu des incitations/sanctions. L’évaluation (de l’agent, de l’établissement…) impose la norme nationale. Ainsi, l’Etat se recentralise en mobilisant un nouveau répertoire d’instruments.
La RGPP consacre elle-aussi dans le même temps une forme de recentralisation du contrôle vertical par l’Etat, des collectivités territoriales, et tout particulièrement des Régions. C’est un des objectifs de la Reate, réorganisation territoriale de l’Etat, avec des préfets de région ayant autorité sur les préfets des départements.

2/ L’Etat décentralisé, les Collectivités Territoriales

Les inégalités de développement et de richesses entre et dans les territoires, sont importantes dans notre pays, les potentiels fiscaux des collectivités territoriales aussi. C’est un des défis essentiels de l’égalité d’accès pour tous et partout à des services publics de qualité. « Si l’Etat n’est pas toujours garant de l’égalité sur le territoire ou de son fonctionnement démocratique, il n’y a non plus aucune automaticité entre la proximité et la démocratie ou une meilleure gestion des services publics » . Enfin, La dernière vague de décentralisation s’est traduite par le transfert aux collectivités territoriales de missions assurées par l’État générant de nouvelles inégalités territoriales.

La loi de réforme des collectivités territoriales (2010) a commencé à s’appliquer (schémas départementaux intercommunaux, augmentation de la taille des agglos, pôles métropolitains...). Elle prévoit la suppression de la clause de compétence générale pour les Régions et les départements, tout en maintenant leur participation dans les contrats de projets, système par lequel l’État fait financer par les collectivités une partie de ses propres missions, en particulier l’ (Université, chemins de fer...). Or, si cette clause permet aux CT d’abonder les crédits de nombre de missions que l’État assure mal, de financer des besoins nouveaux que personne ne prenait en compte, elle permet aussi à l’État de se défausser chaque jour davantage des responsabilités qui sont les siennes (cf. le transfert déguisé des missions de police nationale vers les polices municipales). Cette démarche est porteuse d’inégalités entre territoires importantes.
Les implications de cette réforme se font déjà sentir sur les missions exercées suite à des transferts de compétence touchant au domaine social (RSA notamment pour les Conseils Généraux, dont un nombre croissant ont d’ailleurs récemment décidé d’engager un bras de fer avec le gouvernement pour obtenir la compensation intégrale des effets de ces « transferts ») mais il s’agit également de missions que l’Etat souhaite voir laisser (ou voir revenir) au secteur privé ou associatif : on peut citer pêle-mêle tout ce qui relève des missions dites « d’aide à la personne », qu’il s’agisse des modes d’accueil petite enfance, des modes d’animation en milieu scolaire ou sportif, des modalités de prestations à destination des personnes dépendantes ou du troisième âge. Double chantage aux subventions ou au maintien des mises à disposition qui permettaient à des milliers d’associations d’exercer une « mission de service public » en complément de celles exercées par l’Etat ou les collectivités locales.

3/ Des financements publics en baisse

a/ Réduire la dépense publique : c’est un postulat de la pensée néolibérale. Dans un amalgame volontaire, cette question de la dépense publique est associée à l’augmentation des déficits et de l’endettement.
L’augmentation de la part des dépenses publiques (Etat, CT et prestations sociales selon la « norme » actuelle) dans le PIB est réelle : elle est passée d’environ 35% au début des années 60 à 56,6% en 2010 : cette augmentation est liée, en premier lieu, à la progression des prestations sociales qui représentent aujourd’hui 45,3 de la dépense publique. Les dépenses de l’Etat et des collectivités représentent respectivement 27,1% et 19,9% de la dépense publique (rapport sur la dépense publique et son évolution PLF 2012).
L’argument qui sous tend cet objectif de diminution est multiple : le haut niveau de dépense serait défavorable à la croissance, ce qui n’est évidemment pas démontré ; il s’accompagne de l’objectif de réduire la sphère publique, en revoyant donc au privé une partie des interventions. C’est aujourd’hui le cœur même de l’Etat qui est attaqué, sous couvert de « modernisation ».
Il faut au contraire réhabiliter la notion de dépense publique. Par exemple : au final, la moitié de la dépense publique va directement aux ménages sous formes de prestations sociales en espèce (retraites, allocations chômage…)à ou en nature ( remboursement des frais médicaux…). Ou encore :la dépense publique est aussi indispensable au secteur privé : une population éduquée, une recherche en pointe, des infrastructures modernes… Les retraites soutiennent la consommation.
Par ailleurs, un fonctionnaire est productif : il produit une valeur d’usage (l’utilité de l’enseignement de la santé…), mais aussi de la richesse monétaire : il contribue au PIB à hauteur de son salaire (pour 1/3 environ de la valeur ajoutée des sociétés non financières). Mais il est vrai, cette richesse créée est non marchande : le service délivré l’est pour l’essentiel, gratuitement aux usagers. Quant à l’impôt, il ne finance pas son activité, mais il sert à le payer.
Enfin, les prestations augmentent le revenu disponible des ménages dont environ 42% est ainsi socialisé.

La stratégie du gouvernement Sarkozy de réduire la dépense publique, s’est, depuis 2010, étendue avec la volonté de réduire les dotations aux collectivités, de faire pression sur elles.
Alors que la dette publique est à 80% celle de l’Etat, tout au long de l’année 2011, le chef de l’Etat avait reproché aux élus locaux d’avoir multiplié les créations de postes de fonctionnaires quand l’Etat les supprimait. Il a imposé un « pacte de stabilité » afin de réduire leurs dépenses,permettrait de « fixer les objectifs d’emploi, de dépenses, de l’ensemble des collectivités locales ». François Hollande a proposé un « pacte de confiance » dans le cadre d’une loi sur les « territoires de la République » et s’est engagé à garantir le niveau des dotations de l’Etat aux collectivités.
Le programme de stabilité de la France pour 2012-2016 présenté en avril 2012 par le gouvernement sarkozy prévoyait sur la période une réduction des dotations de l’Etat aux collectivités. Sur les 115 milliards d’euros d’effort à fournir pour ramener le déficit public à zéro, les deux tiers de l’effort, soit 75 milliards d’euros, seraient réalisés par des économies en dépenses. 39 milliards ayant déjà été votés, il restait à trouver 34 milliards d’euros : "tous les secteurs des administrations publiques devront être mis à contribution et, en premier lieu, l’Etat, mais aussi les collectivités territoriales et la sécurité sociale".

b/ Les Collectivités Territoriales sont aussi en difficulté

Depuis 2010 les collectivités sont placées dans une situation nouvelle : suppression de la TP et réforme de la fiscalité locale avec réaffectation des impôts locaux. Avec plusieurs conséquences : une réduction globale – à taux constant le montant théorique de la TP en 2009 (31 Mds) n’est pas remplacé par la nouvelle CET (24 Mds). Au total, la part des entreprises dans la fiscalité locale diminue. Globalement les collectivités perdent un pouvoir de fixation des taux sur leurs ressources. Depuis deux ans, les rapports se sont succédés, liant la difficile situation financière des collectivités territoriales à la recherche d’une nécessaire maîtrise de dépenses locales. Dès 2010, l’objectif gouvernemental est de « réduire de façon significative les dépenses des collectivités » pour qu’elles soient à la hauteur des réponses attendues par l’Etat en matière de déficits publics. N.Sarkozy avait même suggèré de moduler les dotations des collectivités en fonction de critères de bonne gestion pour les encourager à réduire leurs dépenses dans les mêmes proportions que l’Etat. Dans le budget de l’Etat pour 2012, les dotations de l’enveloppe soumise au gel diminuent de 200 millions d’euros par rapport à 2011. Sur la période de 2013 à 2016, le rabot appliqué aux dotations serait plus fort qu’en 2012. Si cette stratégie continuait d’être appliquée, la situation financière des collectivités locales deviendrait probablement très tendue. D’autant que les recettes fiscales locales croîtraient, l’année prochaine, à un rythme légèrement inférieur au PIB.
Les collectivités estiment, qu’après les transferts, elles ont été obligées de faire mieux que l’Etat et donc de dépenser plus, pour les collèges, les lycées, les routes, l’action sociale.
Elles considèrent que leurs ressources sont figées et revendiquent une plus large autonomie fiscale.
Les régions dénoncent une « dépendance financière » vis à vis de l’Etat, qui ne cesse de croître depuis les années 90, où les recettes fiscales constituaient la plus grosse partie de leurs ressources. Elles revendiquent une réforme de la fiscalité locale, l’idée serait de rééquilibrer le panier des ressources avec des impôts dynamiques. Plusieurs pistes sont avancées : part de TVA ou de CSG, versement transport, taxe sur les sociétés d’autoroute, TIPP kérosène sur les vols intérieurs, fiscalité sur les réseaux numériques.
Ce sont les départements qui sont aujourd’hui les plus exposés ; un certain nombre ont été conduits à augmenter leurs taux de taxe sur le foncier bâti pour 2012. Avec la hausse de la fiscalité, l’autre marge de manoeuvre consiste à mettre le frein sur les investissements.
Depuis 2011, les collectivités rencontrent des difficultés croissantes pour obtenir du crédit auprès des banques.Certaines – les plus riches, les régions Ile de France et Rhône Alpes - en viennent à vouloir se financer directement sur les marchés par des émissions obligataires. Ces difficultés sont à l’origine de la revendication d’une agence de financement et d’un pôle bancaire public lié à la Caisse des Dépôts et Consignations.

II/ Les questions qui vont se poser à court et moyen terme.
Des mandats, des points d’appui...

Même s’il a imposé des reculs sociaux importants (retraites, protection sociale, Services publics...), le projet néolibéral, à la fois cohérent mais aussi à multiples facettes, a rencontré des résistances significatives (attachement des français aux Services Publics, maintien du statut de la Fonction Publique...). Avec les aspirations citoyennes à une véritable démocratisation de la vie publique et à une véritable prise en compte des réalités territoriales, ce sont autant de points d’appui pour construire une alternative au néolibéralisme, prenant en compte à la fois les dimensions nationales et leurs déclinaisons locales.

1/ La légitimité de l’Etat demeure forte en France. Elle recouvre les idéaux de l’intérêt général et du service public, de l’égalité de traitement sur le territoire, d’un Etat garant du lien social, d’un droit administratif différencié, d’un statut général des fonctionnaires hérité de 1946, amélioré en 1983. Dans la conception française, l’intérêt général ne saurait se réduire à la somme des intérêts particuliers, ce qui fonde une distinction franche entre public et privé. C’est pourquoi le concept de service public est majeur : il est traité par la loi, et non par le contrat. C’est aussi ce qui justifie l’existence des statuts : le fonctionnaire se trouve dans une position réglementaire et non contractuelle. C’est cet ensemble qui fait du service public le vecteur de l’intérêt général.
Au moment où la crise systémique que nous vivons aujourd’hui inflige un cinglant démenti aux politiques néolibérales et où le syndicalisme doit trouver les forces pour tracer des pistes alternatives à l’avenir que d’autres ont choisi à notre place, il nous faut participer, à partir de nos revendications, à l’élaboration d’une théorie alternative de l’Etat. Elle pourrait être celle d’un nouvel Etat social et démocratique – dans toutes ses dimensions, nationale, locale. Comme l’écrit Jacques Généreux « La révolution libérale des années 80 n’appelle pas une contre-révolution étatiste qui remettrait les commandes de l’économie aux mains du pouvoir central. Elle appelle une révolution démocratique qui refonderait une culture du bien commun et remettrait les commandes du pouvoir aux mains de tous les citoyens. »
Il s’agit bien de réhabiliter le rôle de l’Etat au niveau national et le concept de l’intérêt général avec comme objectif un Etat démocratisé et transformé, à l’opposé d’un nostalgique retour en arrière. L’Etat doit assurer ses fonctions de régulateur, de garant des solidarités et de redistribution pour faire reculer les inégalités sociales et spatiales ; ses politiques doivent être fondées sur le principe d’égalité. Il est nécessaire aussi de penser la place de l’Etat national dans le cadre d’une Europe sociale et démocratique.

2/ National, régional, départemental, communal : à quel niveau les SP doivent-ils être pilotés, financés et gérés ? Si la décentralisation de 1982 est apparue comme un facteur de proximité et de démocratisation, c’est aussi parce qu’elle semblait rompre avec une conception centralisatrice et bureaucratique. Aujourd’hui certains théorisent cette défiance vis-à-vis de l’Etat national et visent à installer un « fédéralisme régional », esquivant les questions de cadrage national (voire européen), de réduction des inégalités, de péréquations. Les débats en cours dans le mouvement social (par exemple dans le cadre des EGSP) montrent que l’on peut défendre un service public national ( eau, logement, financier…) avec des niveaux locaux (région, département, commune) de mise en œuvre et de contrôle citoyen.
Un certain nombre de missions (transports urbains, certains services à la personne...) semblent relever de services publics territoriaux. A quelle échelle ? Commune, département, région ? Il faut examiner au cas par cas les réalités et les besoins. Par exemple, comment mettre en œuvre un véritable service public de la petite enfance sans pilotage national (lois, financements, régulations…) tout en envisageant la possibilité d’une gestion et mise en œuvre plus locale. Même problématique pour la formation continue des salariés, pouvant s’organiser au plus près des territoires avec une gestion régionale mais nécessitant là encore une forte régulation et un pilotage national. Dans ce cadre, la question de l’orientation doit être revue, ainsi que les parties de la loi de 2009 sur la FP concernant la formation initiale. Par contre la politique de sécurité publique mérite une « re-centralisation » au niveau ministériel.
Concernant la politique de l’eau sa définition ne peut être que du niveau de l’Etat. Celui-ci est garant d’un accès à l’eau de qualité pour tous et sur tout le territoire (par exemple en instaurant un prix imposé réduit, voire nul, pour la consommation minimum vitale).Sa mise en oeuvre doit s’appuyer sur les services déconcentrés de l’Etat et sur les agences de l’eau. L’Etat et les agences de l’eau doivent mettre en oeuvre une politique d’aides techniques et financières aux collectivités désirant quitter la délégation de service public au privé.
Concernant l’Education nationale, il faut en rester au principe de compétences partagées, sans nouveaux transferts concernant la formation initiale ou l’orientation.

Un acte III de la décentralisation ?
De leur côté, en guise de réponse à cette volonté de recentralisation de l’Etat et de mise sous tutelle des CT, en particulier des Régions, les principales associations d’employeurs locaux (ARF, ADF, AMF, ACDF...) réclament avec plus ou moins d’insistance, une nouvelle étape de décentralisation. L’ARF notamment revendique un élargissement des compétences des Régions dans le domaine de la formation professionnelle mais aussi dans la définition des cartes de formation, la maîtrise de l’orientation scolaire, dans le domaine de l’emploi, l’université , la recherche…

Les personnels
Les agents de la fonction publique territoriale malgré leur statut sont beaucoup plus directement dépendants des élus. De par une fiscalité localeinégalitaire et ce niveau est aussi celui où la mutualisation, les délégations de SP à des associations – à but non lucratif – ou au privé sont monnaie courante. La « libre administration des collectivités » et l’allègement du Contrôle de légalité exercé par les préfectures, ont largement contribué à une telle situation
Peut-on parler de véritables services publics (régionaux, intercommunaux…) sans agents publics, se limitant à co-financer et organiser l’intervention de divers prestataires ?


Les PPP

Autre question : le recours plus important aux Contrats de partenariat public privé permis par la loi du 28 juillet 2008 qui donnent à la puissance publique la possibilité de déléguer au secteur privé la construction, la gestion et parfois l’exploitation d’équipements publics. Certaines collectivités se sont lancées dans cette démarche (transport, santé, éducation...). au détriment de la qualité du service rendu, de la situation des personnels et des coûts suscités in fine. La question des GIP se pose également.

3. Finances publiques : levier principal de l’action publique

Pour la FSU (congrès de Lille 2010), « les finances publiques constituent le levier principal de l’action publique, au service de la réduction de l’injustice sociale, de la réponse aux besoins sociaux et économiques et de l’investissement à long terme ». La dépense publique est un outil indispensable de redistribution ; aussi, la FSU se positionne en faveur d’une fiscalité qui assure un financement équitable et pérenne des missions de service public. Elle a exigé de revenir sur les baisses d’impôts et exonérations diverses, pour la limitation de la fiscalité indirecte, la réévaluation de la contribution des entreprises, pour une véritable réforme de la fiscalité locale, comprenant une augmentation des subventions de l’Etat, une part plus conséquente de péréquation. La fiscalité locale devrait se voir assortie d’un fonds de péréquation horizontale, alimenté sur la base du potentiel fiscal, permettant ainsi aux collectivités de ne pas autant dépendre des transferts de l’Etat, tout en corrigeant les aspects inégalitaires de la fiscalité locale.
Il nécessite notamment un état des lieux (DDI, DR, préfectures, EN, Hôpital, Universités, Pôle emploi…) et des fiches revendicatives pour des mesures rapides et à plus long terme.

2/ Quelle conception des services publics avancer pour la France, dans le cadre européen ?
De ce point de vue, une piste est à avancer tout de suite : le CESE rappelle à juste titre que « contrairement à une idée reçue, chaque Etat peut définir le champ et l’organisation de ses services publics ». Il préconise « l’élaboration d’un socle de règles communes à tous les services d’intérêt général dans l’UE, préservant le principe de subsidiarité dans l’organisation et le financement des services qui répondent à un intérêt général et des besoins fondamentaux ». Cela permettrait de faire sauter un verrou essentiel et aussi d’avancer dans la perspective d’une autre construction européenne démocratique et sociale.

3/ Une autre « réforme des Collectivités territoriales » (CT), une meilleure lisibilité des échelons de décisions et de mise en œuvre.
- Il faut abroger les principales mesures de la loi dite réforme des CT, notamment les futurs conseillers territoriaux uniques région-département. Ce sont de véritables coopérations qu’il faut mettre en place, articulant politique nationale, mises en œuvre déconcentrée par les services de l’Etat et compétences des CT. Les schémas départementaux de coopération intercommunale doivent être validés par les élus et les populations des collectivités concernées.
- un bilan doit être tiré des actes I et II de la décentralisation, afin de mieux appréhender les conséquences de ceux-ci (positifs comme négatifs) et les moyens de corriger ces derniers en y associant les usagers et les personnels.
Tout nouvel acte de décentralisation ne peut avoir lieu qu’après ce bilan et un débat démocratique.
- Pour construire plus et mieux de services publics , la notion de « chef de file » pourrait dans un premier temps permettre plus de lisibilité des politiques nationales et locales.
- La question d’outils de péréquations efficaces assurant un véritable contrepoids aux inégalités territoriales est décisive.
- La décentralisation doit s’accompagner d’une véritable démocratie sociale ( avec en particulier un autre fonctionnement des ceser et ccrefp au niveau régional, la création d’un équivalent du ceser au niveau départemental, une démocratisation des conseils de développement….

4/ Réhabiliter la dépense publique comme outil de redistribution et comme investissement, sans la faire dépendre d’ « un retour de la croissance ».
La dépense d’Etat doit être soutenue, indispensable pour que l’Etat assure pleinement ses responsabilités et assure une répartition équilibrée des services publics sur le territoire. La recherche d’un équilibre budgétaire n’est pas en soi condamnable.
Si les dettes se sont accrues avant la crise, ce fut essentiellement à cause de la baisse des impôts ( d’où la baisse des recettes). Si elles ont explosé après 2007, c’est à cause de la chute de l’activité (moins de recettes, plus de dépenses), des plans de relance et de l’aide au secteur bancaire. On ne peut accepter les déficits causés par des politiques de réduction fiscale : ceux-ci doivent être corrigés par une politique fiscale efficace de taxation des actifs financiers du patrimoine et des hauts revenus. Autre chose est la question de l’endettement et de sa maîtrise, résultant d’emprunts pour investissement.

Concernant les collectivités, le raisonnement de la Cour des Comptes est on ne peut plus clair et i vise la réduction des dépenses. Celle-ci considère que la courbe des dépenses locales s’aplatira d’elle-même du fait des nouvelles contraintes qui pèsent sur les collectivités - ainsi la hausse des investissements locaux pourrait être un peu moins rapide en raison des difficultés du financement des collectivités locales" – et du fait du gel des dotations aux collectivités, "conjugué à la limitation depuis 2010 de leur pouvoir de vote des taux des impôts locaux et au renchérissement probable du coût de leurs emprunts, devrait les inciter à se donner les moyens de mieux maîtriser que par le passé la progression de leurs dépenses."
Le pilotage par l’assèchement des recettes, qui ouvre la voie à l’abandon des missions et à toutes formes de privatisation doit être dénoncé et combattu.
Les dépenses, qui sont liées aux compétences transférées doivent être totalement compensées par ’Etat. Il faut ensuite développer une péréquation verticale, assurée par la DGF, et les fonds de péréquation horizontale pour les DMTO et la CVAE.
Mais dans la réforme d’ensemble de la fiscalité, il faudra sans doute pour la fiscalité locale une nouvelle répartition des impôts entre les régions, les départements et les communes. Toutes les ressources des collectivités ne peuvent dépendre de la dotation d’Etat : dès lors faut il maintenir les actuels impôts locaux ? Faut il attribuer aux collectivités des parts d’impôts nationaux (TIPP, TVA ou CSG) ?

CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée) : partie de la nouvelle CET (Cotisation économique territoriale) Créée en remplacement de la taxe professionnelle.

DMTO (Droits de mutation à titre onéreux) : Impôts indirects sur les ventes de biens immobiliers, les DMTO rapportent plus de 8 Mds € par an, dont 70% vont aux départements.

TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers) perçue sur les volumes de ventes de produits pétroliers. Créée en 1997 et attribuée en partie aux Départements depuis 2004 et aux Régions depuis 2005 en compensation des transferts, elle rapporte autour de 25 Mds € par an aux finances publiques.


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