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Chronique de milliers d’expulsions annoncées

mercredi 30 novembre 2005  Enregistrer au format PDF


La circulaire Sarkozy du 31 octobre 2005 adressée aux préfets est la mise en musique de ses déclarations au Monde de la semaine précédente.

Le Ministre en a rabattu dans la forme et dans le ton. Les expulsions des jeunes majeurs scolarisés et des parents sans papiers d’enfants scolarisés sont officiellement suspendues jusqu’aux grandes vacances afin de permettre aux élèves d’achever leur année scolaire. Là où la police recevait l’ordre d’interpeller des enfants dans des écoles ou des colonies de vacances, il lui est maintenant recommandé « d’éviter [...] des démarches dans l’enceinte scolaire ou dans ses abords ». Enfin, alors qu’un mois plus tôt, M. Sarkozy enjoignait aux Préfets de « savoir résister aux pressions de tels ou tels collectifs ou coordinations qui ne représentent qu’eux-mêmes », il leur demande aujourd’hui de nouer « un dialogue constructif » avec eux. Un peu d’eau dans le vin mauvais de l’arrogance ministérielle, mais rien de plus. C’est, à n’en pas douter, la crainte de voir s’amplifier les dizaines et des dizaines de mobilisations d’établissements scolaires mais aussi de villages, de quartiers, de villes entières parfois, qui ont conduit le ministre à ces quelques mesures. L’hommage du vice à la vertu en quelque sorte, et une satisfaction pour toutes celles et ceux qui se sont dressés contre l’injustice. Mais c’est un recul en trompe l’œil.

Car le Ministre ne cède rien quant au fond. Contrairement à ce qu’il voudrait suggérer, sa circulaire ne répond en rien aux attentes de ceux qui se sont révoltés contre les drames engendrés par la politique du gouvernement en matière d’immigration. D’abord parce qu’elle reste dans la logique du cas par cas, dans le cadre d’une législation qui fait du droit au séjour une exception, de la défiance et de la répression vis à vis des étrangers la règle. Ensuite parce que certaines préfectures ignorent superbement l’engagement public de suspension des expulsions de jeunes scolarisés et de leurs familles jusqu’en juin. C’est ainsi que plusieurs préfectures (Paris, Cher, etc.) ont ordonné le placement en rétention et programmé l’expulsion de plusieurs pères d’enfants scolarisés et de jeunes étudiants après la promulgation de la circulaire Sarkozy. Preuve qu’entre les affichages médiatiques du ministre de l’intérieur et la réalité du terrain, il risque d’y avoir un gouffre. Le sursis annoncé ne sera donc accordé que si les autorités sont placées sous haute surveillance. De plus, aucun titre de séjour permettant de travailler, pas même provisoire, n’est accordé aux familles d’enfants scolarisés. Reconnaître aux élèves le droit d’achever leur année sans donner aux parents celui de les faire vivre décemment en travaillant est pure hypocrisie.

Reste l’essentiel : quand bien même elle serait réellement appliquée, la circulaire Sarkozy n’aboutit qu’à reporter les échéances de quelques mois. Face à la multiplication des mobilisations, le ministre a choisi de gagner du temps... en condamnant les jeunes et les familles à vivre dans l’angoisse d’une expulsion annoncée à l’été.

C’est inacceptable pour ceux qui sont directement touchés et pour ceux qui les soutiennent. Personne ne peut comprendre comment des expulsions déclarées inhumaines en octobre deviendraient tolérables en juillet. Le calcul du ministre est condamné à l’échec. Son sursis n’est pas une concession, c’est un piège. Les établissements et collectifs mobilisés ne s’y laissent pas prendre. Ils revendiquent toujours la régularisation pure et simple des jeunes et des familles. Et, à n’en pas douter, ils le feront de façon de plus en plus pressante au fur et à mesure que le couperet de la fin juin approchera. Monsieur Sarkozy a préparé un printemps et un été chauds.

Communiqué du réseau Éducation sans frontières

6 novembre 2005


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