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Contre-sommet des peuples d’Amérique Latine et d’Europe de Madrid

lundi 7 juin 2010  Enregistrer au format PDF


Du 14 au 18 mai, environ 2 500 militantes et militants associatifs, altermondialistes, écologistes, éducatifs, féministes, politiques et syndicaux, représentant 150 organisations, venus d’Europe et d’Amérique Latine/ Caraïbe (ALC) se sont rencontrés dans le cadre du contre sommet Enlazando Alternativas (Tissons des alternatives) pour échanger et construire des convergences d’action "contre l’Europe du capital, la guerre et ses crises, pour la solidarité entre les peuples".
A noter une faible participation des mouvements syndicaux.
Ce contre sommet de Madrid a été préparé depuis plusieurs mois unitairment en Amérique Latine et en Europe, particulièrement en Espagne et en France.

Le réseau bi-régional Europe/ ALC « Enlazando alternativas » a été créé à la suite du forum social européen de Paris en 2003 afin de résister à l’avancée du néolibéralisme dans ces parties du monde et de contribuer à construire un système dans lequel les droits économiques, politiques, sociaux, culturels et environnementaux des peuples soient une priorité face aux marchés. Ce réseau organise tous les 2 ans un contre-sommet en marge du sommet officiel des Chefs d’Etat et de gouvernement d’Europe et d’ALC, dénonçant ainsi la véritable recolonisation que représentent les accords commerciaux entre ces régions et la complicité des institutions de l’UE dans la destruction des conditions de vie, des droits sociaux et environnementaux des peuples d’ ALC.

Enlazando Alternativas met également en avant la dette historique que doit assumer l’UE envers les peuples d’ALC, en particulier les peuples originaires et les anciennes colonies.

Au cours de ces 4 jours plus de 80 ateliers autogérés se sont réunis à l’Université Complutense de Madrid et ont débattu du rôle des multinationales européennes en ALC, des négociations autour des accords d’association et des traités de libre commerce ente l’UE et l’ALC et des responsabilités historiques, sociales, financières, culturelles, écologiques des gouvernements européens. Ces ateliers ont également débouché sur la dénonciation de la militarisation du continent par les pays impérialistes et de la politique de migration de l´Europe forteresse. Ils ont permis de construire des convergences sur la défense des droits humains, la recherche d’alternatives économiques face au capitalisme, la défense des services publics, la lutte pour la souveraineté populaire.
Quelques une des thèmes discutés lors de ces ateliers :
Banlieues européennes et lois nationales qui criminalisent les immigrants/ Bataille de l’information/ Alternatives à la crise en Europe et en ALC : la solution de l’écologie/
Impacts de l’activité des entreprises transnationales sur les droits des peuples indigènes/
La crise : changement de modèle, réponses politiques et propositions alternatives/
Echanges énergétiques entre l’Amérique latine et l’Europe et changement climatique/
Haïti : responsabilités et perspectives ?/ Honduras : vers une assemblée constituante/ Le commerce au dessus des peuples ?/ L’eau : résistances populaires à la stratégie d’appropriation par les multinationales/
S’affronter au marché : éduquer pour la vie….


Un contre sommet en lien avec les luttes en Amérique Latine

Les différentes assemblées organisées lors du contre sommet ont été marquées par les déclarations de plusieurs personnalités emblématiques des luttes en Amérique Latine et le rappel de l’importance des enjeux géopolitiques dans la région. ( Par exemple, le contre sommet s’est ouvert sur un hommage aux récentes victimes des paramilitaires mexicains, dont la leader syndicaliste paysanne oaxaqueña Betty Cariño Trujillo, ce qui a été l’occasion de saluer la mémoire de tous les syndicalistes et leaders des mouvements citoyens et des organisations paysannes assassinés car ils s’opposaient aux intérêts des multinationales ).
Un contre sommet en phase avec les luttes contre les plans de rigueur européens
Dans le contexte de crise du capitalisme, après l’annonce des plans de rigueur en Grèce et au lendemain de la décision du gouvernement de Zapatero de baisser les traitements des fonctionnaires espagnols de 5% et de geler les salaires et les pensions, la convergence des alternatives a bien montré que des questions que l’on croyait jusqu’à maintenant réservées aux pays en voie de développement, comme la dette, nous concernent désormais aussi en Europe. Des représentants de la marche contre l’Europe du capital arrivée jeudi à Madrid depuis Lisbonne et des membres du Forum Social Grec ont participé à l’ouverture du contre sommet et l’ont placé dans un contexte d’appel à la grève générale contre l’Europe du Capital et pour l’union des peuples latino américains et européens contre le paiement de la dette.
Le dimanche 16 mai, la manifestation unitaire fut dynamique, festive et colorée ; elle a rassemblé entre 5000 et 10000 latino américains et en majorité européens. Les mots d’ordre dénonçaient aussi bien les traités de libre commerce imposés par l’Europe à l’ALC que les politiques menées en Europe pour obliger les travailleurs à payer la crise.

Le Tribunal Permanent des Peuples

La réunion du Tribunal Permanent des Peuples a permis de montrer en s’appuyant sur des cas concrets combien les traités de libre commerce signés avec l’Europe ont des conséquences dramatiques en ALC : pillage des ressources naturelles, déplacements forcés, dévastation de la biodiversité, exploitation de la main d’œuvre locale, ruine des petits paysans, atteinte aux droits des peuples. 28 accusations de crimes contre l’humanité perpétrés par des multinationales européennes avec la complicité des institutions européennes ont été examinées et symboliquement jugées par ce tribunal composé de personnalités bien connues du monde militant et associatif européen et latino américain.

Quelques exemples des entreprises dénoncées auprès du TPP :
Pescanova, Aguas de Barcelona, Telefónica, Santander, Unión Fenosa, Repsol, Continental, Bayer
BP, Nestlé, Shell, Veolia, GDF, Dreyfus, Perenco …..

Le tribunal a également montré que la règlementation douanière de l’UE favorise les grandes entreprises pharmaceutiques et empêche la circulation des médicaments génériques produits en Inde et au Brésil en violation des normes internationales, privant ainsi les des populations entières d’accès à la santé.

Les sentences de ce tribunal, présentées lundi 17 avril, n’ont pas de portée institutionnelle, elles s’appuient cependant sur un cadre juridique précis et permettent de donner une véritable visibilité à des situations dramatiques dont sont responsables les multinationales européennes.

18 mai 2010
Sophie Zafari
Catherine Ferré


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