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Contribution de la FSU 86

mardi 30 mai 2006  Enregistrer au format PDF


CPE Poitiers

Mardi 11 avril, après 7 semaines de grève et de blocus, les étudiants de l’Université de Poitiers, réunis en assemblée générale au stade Rébeilleau, ont voté, à 1500 pour et 1200 contre, la reprise des cours. La veille, le retrait ou remplacement du CPE avait été annoncé puis fêté devant tous les médias par les grandes organisations syndicales : tous sentaient combien un échec de cette extraordinaire mobilisation aurait été catastrophique pour la crédibilité du rôle des syndicats et plus largement de l’action collective. Mais les annonces triomphatrices des organisations syndicales ont laissé un goût amer aux quelques 1200 étudiants poitevins prêts à poursuivre le mouvement pour obtenir plus que le simple retrait du CPE (obtenu pourtant de haute lutte).

La mobilisation étudiante est née au STAPS de Poitiers début janvier 2006 après l’annonce de la réduction drastique du nombre de postes proposés au CAPEPS. Ce mouvement s’est peu à peu étendu à l’ensemble de l’Université, toujours sur les questions liées à l’éducation (postes aux concours mais aussi Loi Fillon). Les revendications se sont ensuite étendues au retrait du CPE et plus largement de toute la loi dite d’égalité des chances et le 7 février, étudiants et lycéens manifestaient avec les salariés dans les rues de Poitiers. Le blocus de l’Université a été voté une semaine avant les vacances de février et pendant plus de sept semaines, les actions « coup de poing » plus ou moins spectaculaires (brûler des voitures en carton devant la préfecture, blocage de la gare puis de toute la ville) et débats, films se sont succédés dans une extraordinaire effervescence et imagination. Les médias ont largement relaté l’originalité du mouvement étudiant poitevin, les assemblées générales au stade Rébeilleau qui ont rassemblé de 800 à 3500 étudiants, avec vote individuel avec carte étudiant et respect total des différents intervenants sans huées ni applaudissements. Le mouvement s’est aussi distingué par une grande méfiance vis à vis des organisations syndicales salariales ou étudiantes. Certains des étudiants, en général très politisés, sont encartés mais ce n’est pas la majorité. La peur constante d’être « récupérés » ou « manipulés », l’image de syndicats qui leur paraissent essentiellement divisés sont frappantes. Dans ces conditions, le lien entre l’intersyndicale de l’Université (SUD ; CGT ; FSU et UNSA), l’organisation d’action communes n’ont pas toujours été simples (présence de signes syndicaux dans les manifestations contestées par les étudiants par exemple) même si pour les salariés il a été dès le début décidé de laisser toute autonomie au mouvement étudiant. Très jaloux de leur mouvement, ils se sont aussi rapidement démarqués de la coordination nationale. Cependant le respect de cette autonomie et l’unité syndicale locale et nationale ont sans doute permis que peu à peu les relations deviennent plus fortes et le travail commun plus facile. Il est notable ainsi qu’à l’issue du mouvement un « comité de suivi » tripartite étudiants-enseignants-iatos. En ce qui concerne les salariés de l’Université de Poitiers, si la mobilisation a été très forte les journées de manifestation nationales, les 28 mars et 4 avril, en revanche, il n’y a pas eu de mouvement de grève massif et les assemblées générales de personnels ont réunis difficilement plus de 30 personnes (sur 2000 salariés....). Les collègues, enseignants, chercheurs ou iatos, axés sur le retrait du CPE, .se sont , pour la plupart mobilisés « en solidarité »avec les jeunes, comme parents et non pour la défense de leur propre statut.

Mardi 11 avril, après le vote de la reprise des cours ou la « coordination » a été mise en minorité, les étudiants ont défilé au pas de charge, amers et moroses mais avec la volonté très forte de ne pas en rester là. Ainsi ils ont, d’une part, poursuivi la mobilisation en se retrouvant à plus de mille deux jours plus tard dans un joyeux tintamarre nocturne pour rappeler que reste la loi dite d’égalité des chances, la loi Fillon et le CNE.

Après avoir constaté l’efficacité et la nécessité de l’organisation collective, les étudiants qui ont pendant plus d’un mois organisé ce mouvement démocratique, sans violence, résistant à toutes les pressions et intimidations, souhaitent organiser « quelque chose » qui perdure. Ce « quelque chose » pourrait proposer un programme, se présenter aux élections étudiantes mais cela ne s’appelle pas (encore ?) un syndicat.


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