Pour Info - FSU - En ligne


Contribution du SNES

mardi 30 mai 2006  Enregistrer au format PDF


Mouvement CPE : une parenthèse vite refermée ?

Les militants ont eu un moment d’euphorie, lundi 10 avril au moment où le gouvernement, après des mois d’arrogance et d’inflexibilité, était enfin contraint de plier. Quelle revanche pour le syndicalisme qui n’avait jamais pu vraiment se relever de son échec de 2003 et qui semblait réduit à faire le constat de son incapacité à tirer parti du mécontentement social pourtant si fortement exprimé à chaque échéance politique.

Un syndicalisme qui a su dépasser ses divisions traditionnelles pour faire jouer dans le cadre de « l’intersyndicale des 12 » une unité « sans faille ». Un syndicalisme qui a su faire converger les mobilisations aux rythmes différents des étudiants, des lycéens et des salariés et, ce faisant, apparaître comme un élément moteur de la construction des solidarités entre générations. Un syndicalisme qui a su dépasser ses querelles habituelles sur les modalités d’action pour joue la carte de la montée en puissance des manifestations de masse et qui a su aussi, dimension décisive, retourner l’opinion publique en lui faisant partager son refus de la précarité et de la stigmatisation de la jeunesse.
Ceux qui se sont laissés aller à cette euphorie ont été vite ramenés à la raison. Ce même 10 avril, les 5 confédérations dites représentatives sifflaient brutalement la fin de la partie pour l’intersyndicale des 12 qui, à les entendre, avait épuisé sa mission en ayant obtenu le retrait du CPE.

Le 1er mai, 15 jours plus tard, qui aurait du être celui de la victoire et du lancement de nouvelles batailles n’a finalement été qu’un 1er mai déprimant de défilés clairsemés et dispersés. Et la FSU a du faire preuve de beaucoup d’opiniâtreté pour concrétiser sa proposition d’une initiative commune d’Etats Généraux de la jeunesse. Si les jeunes (UNEF, FIDL, UNL) seront bien au rendez-vous, seuls, au niveau syndical, seront présents les Solidaires, la CGT faisant semble-t-il le choix de limiter sa participation aux Jeunes de la CGT et à sa fédération de l’Education.

Les grandes confédérations ont été contraintes par la mobilisation des jeunes qu’elles ne pouvaient laisser se développer sans elles, à une unité large qu’a aussi facilitée le caractère très délimité de la revendication. Reste à trouver les moyens de « forcer » une telle unité sur la durée et sur des objectifs plus larges. Ce qui suppose probablement que soit levée l’hypothèque du système actuel de reconnaissance de la représentativité qui empêche toute évolution. L’accueil plutôt froid réservé au rapport Hadas-Lebel par le club des 5 montre que cela sera difficile.

En même temps la FSU ne peut faire à l’issue de ce mouvement l’économie de s’interroger sur elle-même. Comment ne pas constater qu’elle a été considérablement moins présente que dans les grands conflits précédents (1995 et 2003).

Faut-il l’attribuer à l’objet même du conflit qui concernait d’abord les salariés du privé même si nous avons en permanence montré la convergence d’intérêts entre salariés du public et du privé. Ou faut-il, plutôt, évoquer la réserve qui caractérise les personnels de l’Education à chaque fois que les lycéens ou les étudiants se mobilisent.
Et les personnels, à regarder la situation dans l’Education, sont-ils aussi convaincus qu’on a pu le dire que le syndicalisme avait enfin renoué avec l’efficacité. Et comment ne pas méditer sur ce paradoxe qui fait que la FSU, fédération dite « de l’Education », a appelé à plusieurs reprises à la grève sur le CPE alors qu’elle n’a pas été en mesure depuis plus de 2 ans de prendre la moindre initiative d’envergure sur le champ spécifique de l’Education où elle est ultra majoritaire et alors que s’accumulent suppressions de postes, loi Fillon, apprentissage junior et remises en cause de tous ordres.

Bernard Boisseau (SNES)


RSS 2.0 | Plan du site | Réalisé avec SPIP | Site national de la FSU