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Crise économique, dette publique : argumenter et agir...

mardi 15 novembre 2011  Enregistrer au format PDF


Ces derniers mois ont été marqués par de fortes mobilisations dans plusieurs pays européens contestant les plans de rigueur imposés par les gouvernements, la BCE et le FMI.
En France aussi, l’aggravation de la crise économique et financière pèse lourd sur les conditions de vie de la population (chômage, pauvreté...). Dans un contexte de fragilisation de l’Europe et de l’euro et d’accentuation des pressions spéculatives sur les états, l’argument de la dette publique est utilisé par le gouvernement pour justifier ses choix régressifs. Il fait aussi écran de fumée par rapport aux questions réelles qui sont notamment celles du partage des richesses, du rôle de l’Etat dans le contrôle des banques et de la finance, des nécessaires investissements d’avenir.

Le temps n’est plus seulement à celui de l’analyse de la crise européenne, des politiques d’austérité et de leurs conséquences, il est déjà aussi celui de la réflexion sur les propositions à construire et les initiatives à prendre dans le cadre de perspectives stratégiques offensives. Cela concerne au tout premier chef le monde syndical.

Ces débats lourds pour l’avenir concernent toute la population.

Loin de rester cantonnées à l’intervention dans les médias d’experts ou de responsables politiques, ces questions requièrent des appropriations collectives des phénomènes économiques, des capacités à contrôler, à contester et à penser des alternatives. C’est une question de démocratie.

Parce que les enjeux sont importants, il faut se donner les moyens d’un vaste débat citoyen sur l’ensemble du territoire.

La FSU a décidé de s’investir dans la campagne initiée par ATTAC pour un audit citoyen de la dette. (voir ci-dessous*). D’autres initiatives citoyennes sont en cours comme celle à l’appel de la coalition unitaire "mobilisons face au G20, les peuples d’abord, pas la finance" les 2 et 3 novembre à Nice ou se développeront dans les mois à venir. Le mouvement syndical interprofessionnel doit lui-même porter une réflexion, animer le débat chez les salariés sur les lieux de travail.. et faire émerger des propositions qui rassemblent.

Dans la FSU, le travail de réflexion doit se renforcer et le débat s’approfondir. C’était le sens de l’invitation à Guillaume Duval et Thomas Coutrot lors du dernier CDFN (voir ci-dessous article dans POUR n°155)

L’institut de Recherche de la FSU met en place une newsletter, envoyée à la liste de « POUR info » et dont le premier numéro (6 novembre) sera consacré à la dette et à la crise.

Pour n°155

Projet d’Appel pour un audit citoyen de la dette publique
À l’initiative d’ATTAC, un collectif d’associations, de syndicats (dont la FSU), va prochainement lancer un « appel pour un audit citoyen de la dette publique ». Loin des discours culpabilisateurs sur le thème « Nous vivons au-dessus de nos moyens » ou « il faut rassurer les marchés financiers », cette campagne vise à engager le débat avec les citoyens sur les questions essentielles posées par la crise : Avons-nous trop dépensé pour l’école et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux et sociaux depuis 20 ans ont-ils asséché les budgets ? Cette dette a-t-elle été toute entière contractée dans l’intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime ? Qui détient ses titres et profite de l’austérité ? Pourquoi les États sont-ils obligés de s’endetter auprès des marchés financiers et des banques, alors que celles-ci peuvent emprunter directement et pour moins cher à la Banque centrale européenne ?

Article/ Le krach de l’automne 2008 aux Etats-Unis a révélé un état de crise profonde, affectant la plupart des pays occidentaux. Les « plans de relance », qui ont vu les États venir au secours des banques et des grandes entreprises, tandis que s’enchaînaient les plans de rigueur pour les populations, n’ont pas enrayé le phénomène, qui se double d’une spéculation financière sur la dette de certains pays. Et la France n’est pas épargnée.

Les origines de la crise
Le 15 septembre 2008, la banque américaine Lehman Brothers faisait officiellement faillite, révélant l’utilisation massive de produits « toxiques » par les établissements financiers, destinés à masquer leur situation financière réelle et à faire endosser les pertes par leurs clients... Les états avaient alors décidé de sauver les banques, en se portant garant, en les recapitalisant. Parallèlement, les premiers plans d’austérité se mettaient en place pour les populations, au nom de « la maîtrise des déficits » publics.

Or, ces recapitalisation de banques et de certaines entreprises, notamment aux Etats-Unis, n’ont fait que masquer une origine bien plus profonde, d’abord liée aux inégalités de répartition des richesses produites, sur laquelle vient se greffer une spéculation financière à l’échelle mondiale, enfonçant des pays entiers dans une crise de plus en plus profonde.

Une crise économique, financière et environnementale
Alimentée par les délocalisations et la volonté de réduire les coûts salariaux, la part de la production dans les pays émergents a fortement augmenté ces dernières années. Cependant, les revenus des populations n’ont pas suivi : le « marché intérieur », se développe à un rythme nettement plus faible que la production, qui reste massivement tournée vers l’exportation. A l’inverse, les pays du Nord ont masqué la stagnation des revenus des salaires et des revenus par de l’endettement. Si la situation de la Grèce reste particulière (le pays a effectivement maquillé ses comptes publics), elle n’en est pas moins révélatrice d’un problème qui affecte la plupart des pays occidentaux : répartition des richesses inégalitaire, fiscalisation injuste qui épargne les plus hauts revenus ; et, face à la dette, mesures d’austérités qui ne font qu’enfoncer un peu plus le pays dans la crise.

Mais l’explosion de la dette dans certains pays a aiguisé l’appétit des marchés financiers qui ont spéculé et fait grimper les taux d’intérêts, accentuant la spirale de la récession.

Parallèlement, la montée des prix du pétrole et des produits alimentaires en 2008 a annulé les gains éventuels de pouvoir d’achat.

Plans de rigueur
Face à cette situation, la seule solution avancée par les gouvernements reste la mise en oeuvre de plans de rigueur à répétition. C’est un véritable cercle vicieux qui se met alors en route : loin de rassurer qui que ce soit, ces plans inquiètent encore davantage les investisseurs sur la capacité future des Etats européens à rembourser leurs dettes. Par ailleurs, la baisse des revenus qu’ils engendrent font chuter la demande intérieure, accentuant la crise par l’augmentation du chômage et les fermetures d’entreprises, mettant à mal les services publics et la protection sociale, alors même qu’ils devraient jouer – et ont pu le faire dans une certaine mesure – le rôle « d’amortisseur social ».

Ces mesures ne passent pas dans la population. Après les manifestations monstres dans les pays les plus touchés ou en passe de l’être (Grèce, Irlande, Espagne), ce sont des États pourtant peut habitués aux manifestations de rue qui ont vu des mobilisations, parfois spectaculaires : Grande-Bretagne, Israël, et dernièrement, aux Etats-Unis même ! En France, la mobilisation interprofessionnelle du 11 octobre dernier, la mobilisation à l’occasion du G20 (voire encadré), et en Europe les euro-manifestations participent de la construction d’un vaste mouvement de protestation.

Des solutions existent donc, et le débat doit être mené, à tous les niveaux. Il s’agit notamment d’agir sur plusieurs leviers : relance de l’emploi, amélioration du pouvoir d’achat et revalorisation des salaires et des retraites, réforme de la fiscalité et recherche de nouvelles recettes, investissements productifs pour l’avenir par des investissements dans les Services publics et la Fonction Publique.

Guillaume Duval

Cette crise est grave. Peut-on s’en réjouir ? Je ne le crois pas, car si tout s’écroule, il n’est pas certain que ce soit les forces progressistes qui émergent. Au-delà de la situation financière, c’est d’abord une crise de la mondialisation. Dans 10 ans, dans les manuels d’histoire, on se demandera comment a-t-on pu rester si longtemps sans redresser la barre.

L’austérité aujourd’hui, ce n’est pas une solution, c’est un problème : cela a fait chuter les marchés, ce n’est pas ce qu’attendent les investisseurs et ces plans atteignent la consommation.

Un des enjeux essentiels pour sortir de cette situation, c’est de communautariser les fonds d’intervention européens. Ce fond de stabilisation doit être financé par la BCE. Face à la crise écologique, il faut s’endetter, mais s’endetter pour faire ensemble, des grands projets de production écologique, du renouvelable.

Thomas Coutrot

A mon sens, l’action des gouvernements n’est pas une erreur, c’est un projet pour accélérer la convergence des systèmes sociaux européens vers le bas, vers les pays émergents, en attendant que ces derniers nous rejoignent.

Les cures d’austérités hallucinantes qu’on est en train d’imposer à la Grèce, à l’Italie, et qu’on va bientôt nous imposer, ne sont pas des erreurs, mais une stratégie.

Face à une guerre de classe, imposée par les élites européennes, nous sommes en difficulté pour imposer des alternatives. L’idée de taxe sur transactions financière est reprise : nous devrions être contents ! Mais c’est surtout une « couverture idéologique », le projet réel qui se met en place est celui de destruction des droits sociaux.

La question clé aujourd’hui, est comment restaurer une souveraineté monétaire, sans revenir pour autant à des souverainetés nationales concurrentielles, et donc la recréer au niveau européen. Nous sommes d’accord avec la constitution d’un fond de stabilité financière, mais il doit être alimenté par la fiscalité. Il faut couper le cordon entre les marchés financiers et les états.

Note FSU du 19 octobre 2011


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