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Emploi - chômage : une crise aigüe

vendredi 27 janvier 2012  Enregistrer au format PDF


Près de 10% de la population active est au chômage, un taux inégalé depuis plus de dix ans, avec une augmentation très rapide ces derniers mois, conséquence de la crise économique et des mesures d’austérité à l’œuvre. Poussé par l’ampleur des dégâts et l’échéance présidentielle, le gouvernement a réuni le 18 janvier un sommet social.
Selon l’INSEE, le taux de chômage au sens du BIT s’établit à 9,7 % de la population active en France (y compris Dom) pour le troisième trimestre 2011. Pour la France métropolitaine, avec 9,3 %, soit 2,6 millions de personnes, il est en hausse de 0,2 point par rapport au deuxième trimestre 2011. Ce sont ainsi 3,4 millions de personnes qui ne travaillent pas mais souhaitent travailler.
Cette augmentation concerne toutes les catégories et notamment les jeunes, les femmes, les seniors (qui forment les gros bataillons des 1,6 million chômeurs de longue durée…).En même temps,la réforme des retraites a déjà un impact très marqué sur la situation des plus de 50 ans (720 000 départs à la retraite en 2010, seulement 640 000 en 2011).
L’accélération de la destruction des emplois industriels (poursuite des délocalisations mais aussi surtout disparitions) , les plans sociaux dans le secteur bancaire et de crédit, la réduction des financements des activités sociales et associatives, la saignée dans la Fonction publique expliquent cette dégradation brutale.
On peut rappeler que l’essentiel des créations d’emplois des dernières décennies a eu lieu entre 1997 et 2002 (deux millions d’emplois)... dans la période d’instauration de la loi sur les 35h, systématiquement mise en cause par le gouvernement et le patronat.

Les politiques publiques ont encouragé plus que freiné la précarisation des emplois.
Les exonérations de cotisations sociales sur les temps partiels (1992) et sur les bas-salaires (1993), la prime pour l’emploi (complément pour les bas-salaires, 2001), le RSA, le cumul emploi-retraite ont favorisé une fragmentation des statuts d’emploi, le statut d’auto-entrepreneur, une forte augmentation des emplois précaires, atypiques, cumulant temps partiel et bas-salaires.
On a vu se multiplier ces dernières années des embauches en contrats très courts (CDD de moins d’ un mois).
Le sous-emploi (salariés à temps partiel souhaitant travailler davantage) a doublé en 20 ans.
Avec aujourd’hui 5,2 millions d’inscrits à Pôle-emploi toutes catégories confondues, avec 1 800 000 salariés en sous-emploi, c’est 1/6 de la population active qui fait dans une année l’expérience du chômage ou se retrouve enfermée dans des nasses de précarité. Plus de 60% des salariés perçoivent une rémunération inférieure au SMIC.
Malgré le matraquage continu sur les vertus de l’apprentissage ou une soi-disant mauvaise adéquation des formations aux emplois, on ne peut que constater que le chômage des jeunes est avant tout dû … au manque criant d’offre d’emplois ! C’est bien d’abord le recours à des emplois précaires ou dérogatoires qui fait problème et qui illustre.l’absence de volonté des entreprises de développer des emplois de qualité pour les jeunes.

Un sommet pour l’emploi : et après ?
L’opération politicienne d’un sommet de l’emploi ne peut faire illusion. Les premières annonces faites s’inscrivent dans la poursuite de la politique assumée par N. Sarkozy. Le dispositif financier prévu, insuffisant, se ferait par redéploiement c’est-à-dire au détriment de budgets ministériels et de services publics. L’augmentation a minima de la préparation opérationnelle à l’emploi portée par le MEDEF, les nouveaux stages de formation (ou de resocialisation !) sans garantie sur la qualité de la formation et sans issue en terme de diplôme ou de certification validée ne répondent pas aux besoins des chômeurs. Plus inquiétant, l’obligation d’accepter un emploi sous peine de sanction, à la sortie de formation fait penser qu’à l’ « offre raisonnable d’emploi » se substituerait désormais une « offre raisonnable de formation » tout aussi inacceptable. Il faudrait au contraire mettre en place d’urgence une sécurité professionnelle articulant emploi et formation pour les centaines de milliers de chômeurs de longue durée , et prévoir de l’élargir à tous. En ce qui concerne Pôle-emploi, le recrutement de 1 000 CDD ne compense pas la diminution des 1 850 postes en CDI à l’heure où le chômage ne cesse d’augmenter.
La nouvelle TVA antisociale annoncée par N. Sarkozy consisterait à alléger les cotisations sociales pour les transférer sur la TVA, un impôt injuste socialement, qui augmenterait alors de plusieurs points. Elle diminuerait encore le rôle de l’entreprise dans la protection sociale, et qui peut croire que cet allègement de cotisations bénéficiera à l’emploi, aux salaires ou sera transformé en baisse de prix des produits français ?

Pour la FSU, il faudrait au contraire articuler des mesures d’urgence sociales et des mesures à moyen ou long terme, appuyées sur la recherche de nouvelles ressources financières ( taxations exceptionnelles des plus-values financières, des stocks options et de produits de luxe…) et une réforme fiscale d’ampleur.
Plusieurs leviers doivent se combiner pour sauver des emplois, relancer la consommation des ménages : des dispositifs publics pour l’emploi ciblés (en particulier pour les jeunes), une remise en cause de la défiscalisation des heures supplémentaires (équivalentes à 400 000 emplois !), des augmentations salariales et un relèvement des minima sociaux et des prestations familiales, la re-création des emplois jugés nécessaires dans les services publics.
La FSU considère que tous les moyens doivent être donnés à Pôle emploi pour faire face à l’accroissement du nombre de demandeurs d’emploi. Il faut une renégociation de la Convention Unédic.
Assurer les évolutions d’une société démocratique et solidaire, s’engager dans une économie respectueuse de l’avenir.
L’investissement des entreprises et de l’Etat stagne à bas niveau, la consommation des ménages ne peut plus avoir d’effet moteur, étant donné la flambée du chômage et la hausse du taux d’épargne de précaution. Cette stagnation qui dure pose la question d’une réorientation fondamentale du modèle de croissance, tant pour des raisons économiques qu’écologiques.
L’emploi industriel reste fortement menacé, un phénomène général qui touche des secteurs aussi variés que l’automobile, l’habitat, les transports, la chimie ou l’imprimerie. Cette perte ne peut être compensée par les seuls « services à la personne » ou le « tourisme ». L’emploi public qui peut jouer un rôle stabilisateur puisqu’il ne fluctue pas selon les cycles économiques est très fortement affecté par les suppressions de postes…
Comment en sortir ? C’est cette logique financière et libérale qu’il faut remettre en cause en fixant de nouvelles priorités sociales et économiques. Il faut en effet donner au tissu industriel la capacité d’innover, de répondre à des demandes évolutives.

Tabler seulement sur une poursuite ou une reprise de la croissance économique telle qu’elle s’est développée dans les années passées risque d’ aggraver la crise écologique, qui constitue aujourd’hui une menace réelle pour l’avenir de l’humanité. Pour réussir la transition vers une économie sans carbone fossile, il est nécessaire de développer les énergies renouvelables et d’augmenter l’efficience énergétique tous azimuts ce qui peut être source d’emplois. Les politiques de développement écologique, de transition de l’industrie de l’énergie actuelle (énergie nucléaire et fossile, la faible utilisation de main-d’œuvre,...) vers les énergies renouvelables (éolien, solaire ...) exigent beaucoup plus de main-d’œuvre. La mise en place d’un programme d’isolation et de la rénovation énergétique des bâtiments, et de programmes de recherche/développement dans le domaine des technologies bas carbone et la stimulation de la production locale et de la distribution dans le secteur primaire, sont autant de pistes qui allient emplois et objectifs écologiques . Dans une vie plus sobre en énergie, il faut interroger la politique des transports, les modes d’urbanisation mais aussi définir ce que l’on veut produire industriellement et comment le produire.
Faire face simultanément à la double nécessité de produire moins et de consommer autrement, tout en répondant d’autre part à la nécessité d’augmenter le niveau de satisfaction des besoins et notamment le droit à l’emploi, passe aussi par des mesures de réduction du temps de travail et de formation/reconversion collective des salariés, avec maintien des salaires et des droits jusqu’à l’obtention d’un emploi. L’inverse donc de la logique libérale qui veut imposer une sortie de la crise basée sur la concurrence et la compétitivité accrue entre pays, entre secteurs productifs, à l’interne même de ces secteurs et entre salariés.
Il faut arrêter de réduire les dépenses publiques et au contraire développer une politique sur le long terme : financer et intensifier la recherche publique, investir dans l’éducation… pour l’avenir.

Emploi femmes /hommes dans l’UE : égalité ?
Au vu des statistiques, l’emploi féminin a semblé dans un premier temps mieux résister que l’emploi masculin aux effets de la crise. Une des raisons de cette meilleure résistance, durant la période 2008-2009, en Europe, est que ce sont surtout les secteurs essentiellement « masculins » qui ont subi les effets de la crise :l’industrie, l’automobile, le bâtiment… Mais cet effet a été contrebalancé par les attaques contre les secteurs publics, dans lesquels on retrouve beaucoup de salariées. En France, la règle appliquée dans la Fonction Publique est le non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux (règle du « un sur deux ») : Le chômage des femmes a momentanément été rattrapé par celui des hommes en 2009, il a depuis 2010 repris sa première place.
Ce processus s’est accompagné d’une précarisation généralisée de l’emploi, tant pour les hommes que pour les femmes, mais ces dernières subissent les conséquences de la crise à partir de positions qui restent plus précaires encore que celles des hommes.

Durant les dernières décennies, la précarisation du travail s’est généralisée au travers de la croissance de ce qu’on appelle le travail atypique. Dans l’Europe des 27, par exemple, de 2001 à 2005, le nombre de travailleurs engagés avec des contrats de travail atypique est passé de 36 à 45% de l’emploi global. Le temps partiel est plus féminin et à la veille de la crise, c’est à dire en 2007, une travailleuse sur trois était engagée à temps partiel, et dans certains pays, comme par exemple en Allemagne, cette proportion passait à une femme sur deux. En moyenne, un peu moins de 80% des travailleurs à temps partiel sont des femmes dans l’Union européenne. Les contrats à durée déterminée c’est à dire l’autre forme de précarisation présente en Europe, a progressé de façon ininterrompue jusqu’à la veille de la crise, pour les femmes comme pour les hommes. À part en Allemagne, il y a presque partout plus de femmes travaillant à durée déterminée que d’hommes (au Danemark, 9,1 femmes pour 7,5 hommes ; en France, 15,4 femmes pour 13 hommes ; en Espagne 31,4 femmes pour 27,7 hommes…).

Anne Féray

Le taux de chômage augmente au troisième trimestre 2011
(sources INSEE, enquête emploi)

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