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Emploi et chômage des jeunes

mardi 15 février 2011  Enregistrer au format PDF


Les chiffres sont aux analystes ce que les lampadaires sont aux ivrognes,
ils fournissent bien plus un appui qu’un éclairage
(Jean Dion, chroniqueur canadien)

Cette petite note a pour but de présenter quelques paramètres statistiques sur la situation des jeunes par rapport à l’insertion dans la vie active, les problèmes de chômage et la précarité.
Ils sont destinés à servir dans nos réflexions et diverses pratiques syndicales.
L’essentiel de ces données est un des éléments fournis par les études et compilations statistiques de la Direction générale de Pôle emploi et de sa direction statistiques, études et prévisions.
Ils peuvent donc connaître des distorsions ou limites, notamment à partir de la non prise en compte des phénomènes de « découragement » faisant échapper des secteurs de la population concernée au recensement des services de Pôle emploi et d’autres structures du service public de l’emploi (comme le réseau des Missions locales).

Evolution des niveaux de formation et de diplôme

En moyenne 700 000 entrées sur le marché du travail
832 000 en 1980
642 000 années 90
725 000 de 2004 à 2006
= 2,5% de la population active (26 millions)
Flux annuel de sortie (départs en retraite) = 750 000/an.

Caractéristique essentielle
Montée régulière du niveau de formation et de diplôme
En 80 : 19% des sortants (diplômés de l’enseignement supérieur)
En 90 : 29%
En 2000 : 42%

Baisse des niveaux CAP/BEP
En 80 – 47%
En 2004 /2006– 22%
Essentiellement par progression des formations professionnelles
Bac pro 94 13%
2005 18%
Entrées IUT/STS 2005 34% entrées enseignement
1994 31%supérieur

Licences professionnelles
(2000) 3%
2004/2006+ 15%

Apprentissage niveau Bac et du supérieur Bac + 2
1994 5,3%
2005 17,3%

Stabilisation des sorties de l’appareil scolaire sans diplôme 
Second cycle enseignement secondaire
1990 30%
2000 17% (124 000 jeunes)

Sorties sans qualification
En dessous niveau V
6% des sorties du système éducatif = 44 000 jeunes
Taux de chômage = effectif des (jeunes) chômeurs
Effectif des (jeunes) en activité
Population active en 2009 trois fois supérieur aux 24-49 = 22,7%
Aggravation de la crise (début 2008)
Aggravation plus forte pour les jeunes hommes que pour les jeunes femmes
Mais attention à garder un regard d’ensemble
Majorité classe d’âge en cours de formation +1/3 des jeunes sur le marché du travail inclus dans la population active (sortie appareil scolaire-avant retraite)

Taux d’activité = 37 ,5% population active (jeunes)
population globale (jeunes)

Taux d’emploi effectif en emploi (jeunes)
population globale (jeunes)

Définitions :
Population active :
Ensemble des personnes exerçant une activité rémunérée ou cherchant à exercer une activité rémunérée. Les chômeurs sont donc inclus dans la population active.

Taux d’emploi :

Nombre de personnes exerçant un emploi sur une population donnée (en l’occurrence (18-25 ans).

1er trimestre 20081er trimestre 2009
Taux d’emploi
15-24 ans 29.2 29
25-49 ans 83,3 82.4
Taux d’activité Taux d’activité
15-24 ans 35.4 37.5
25-49 ans 89.1 89.3
Taux de chômage Taux de chômage
14-24 ans 17.6 22.7
Dont hommes 17.1 24.2
Dont femmes 18.3 20.9
25-49 ans 6.6 7.7

Source : INSEE, France métropolitaine, taux d’emploi, d’activité et de chômage au sens du BIT.

Situation française plus défavorable que la moyenne européenne
Taux de chômage des jeunes
en Europe 15-24 ans 19,5%
en France 15-24 ans 23,9%

Taux d’emploi des jeunes légèrement en-deçà de la moyenne européenne :
France 35,3%
Espagne 29,3%
Italie 21,7%
Allemagne 46,3%
Gde-Bretagne 49,1%
54% des jeunes sortis de la formation initiale (entre octobre 2003 et octobre 2004) ont connu le chômage pendant leurs trois premières années de vie active.

Insertion des jeunes dans l’emploi/caractéristiques essentielles

8 jeunes sur 10 accèdent au premier emploi en moins de 6 mois
50% en moins de 3 mois (quel que soit le niveau de formation) mais instabilité
Premières embauches 7 fois sur 10 en CDD
19% missions d’intérim
1 jeune sur 5 embauché à temps partiel pour son premier emploi.


Déclassements très nombreux

Niveau de formation/niveau d’embauche
Mais années qui suivent rattrapage professionnel pour certain(e)s
20% des jeunes « sortis » (oct. 2003-oct. 2004)
1er emploi : employé ou ouvrier non qualifié
13% (3 années plus tard)

Mobilités et orientations professionnelles fréquentes

Jeunes ayant travaillé (3 premières années)
56% ont changé d’employeurs
¼ au moins 3 employeurs différents

Genre et typologie des secteurs d’activité
Trois ans après la sortie du système éducatif, les secteurs d’activité sont en majorité commerce, santé, action sociale ;
Concernant l’action sociale, majorité de femmes
Concernant l’industrie et la construction, majorité d’hommes
Les parts commerce, services aux particuliers diminuent pour les secteurs administration, activités financières, services qualifiés aux entreprises.
¾ des jeunes sont employés par le secteur privé : phénomène stable.
Sept ans après la sortie de l’appareil scolaire, 14% ont changé de métier dont 4% avec suivi d’une formation.

Le rôle protecteur du diplôme

Le rapport au chômage est modulé de façon très importante en fonction du niveau de diplôme.
Par exemple pour la génération sortie en 2004 de l’appareil scolaire, sur les trois premières y succédant
53% des non diplômés ont cumulé au moins 6 mois de chômage
38% des diplômés CAP-BEP (ce qui est important)
28% des Bac, Bac +4
21% des Bac +2 (BTS, DUT, diplôme de la santé, du social), les diplômés des filières industrielles « tirant un peu mieux leur épingle du jeu » par rapport aux filières tertiaires.
Le niveau d’emploi est également lié au niveau de formation. En soulignant que le CDI n’est pas le cadre majoritaire pour aucun des niveaux :
CDI comme premier emploi 23% des non diplômés
28%titulaires CAP/BEP
25% bacheliers
30% Bac + 2
36% Bac + 4
31% docteurs
Effets également sur le niveau salarial ou sa progression, génération sortie de formation initiale entre octobre 2003 et octobre 2004 (donc il faut nécessairement inclure à la réflexion la dégradation découlant de la crise 2008/2009/2010).
Détenteurs au moins d’un master, leur premier emploi est 58% supérieur à ceux sans diplôme.
La progression du salaire médian de ceux/celles qui ont un diplôme supérieur est plus rapide que ceux/celles qui ont un diplôme du secondaire.

Rythme d’entrée dans l’emploi et typologie du parcours d’insertion
Sur la base des 3 premières années de vie active, jeunes sortis de formation initiale (oct. 2003-oct. 2004), 58% des jeunes ont connu un accès durable et rapide à l’emploi. Ce qui se traduit en moyenne par 34 mois en emploi et un mois au chômage.
En miroir, près de 40% connaissent le chômage (répertorié officiellement ou pas). Là encore le niveau de formation et de diplôme est discriminant.
Dans la catégorie « inséré »
CAP/BEP 55%
Bac/Bac + 2 73%
Non diplômé 34%
A noter que 70% des bacheliers technologiques connaissent un accès rapide et durable à l’emploi. L’apprentissage étant également un facteur relevant du même mouvement.

Toujours après 3 années de vie active
77% des jeunes travaillent
13% sont au chômage (statistiquement comptabilisés)
3% sans emploi sont inscrits à Pôle emploi
7%en retour en formation

Taux de chômage
Non diplômés 32%
CAP/BEP 17%
Niveau Bac 13%
Bac+ 2, licence 7%
Bac + 4 10%
Master 5%
Docteurs 7%
Donc les diplômés de l’enseignement secondaire et supérieur occupent majoritairement des emplois en CDI, tandis que pour les non diplômés, ils ne représentent que 44%.

L’insertion des jeunes et les mesures emploi

Les mesures publiques des politiques de l’emploi sont pour presque la moitié d’entre elles destinées aux publics jeunes.

Jeunes 16-25 ansJeunes 16-25 ansJeunes 16-25 ans
Entrées cumulées jan-nov 2009
Contrat formation alternance 344 503 584 307 16%
Contrat apprentissage 239 333 413 730 18%
Contrat de professionnalisation jeunes 105 170 170 577 9%

En matière de contrats aidés, il est à noter qu’alors qu’ils étaient initialement destinés à des publics à faible niveau de formation, ils connaissent une évolution en concernant de plus en plus de jeunes déjà qualifiés.
En 2008 les niveaux V bis et VI représentent 14% des contrats aidés. Dans leurs 7 premières années de vie active, 41% des sortants du système scolaire sans diplôme ont un accès à une mesure d’aide à l’emploi. 20% pour les Bac +2.


La crise et son impact sur l’emploi des jeunes

En 2009, selon le BIT, dans le monde, 81 millions de jeunes de 15 à 24 ans sont sans emploi. Ce chiffre effrayant peut conduire à s’interroger sur les possibilités de « génération perdue ou sacrifiée ».
Sous l’impact de la crise, le chômage de longue durée a explosé chez les jeunes.
Le nombre de jeunes de moins de 25 ans qui cherchent un emploi depuis au moins un an a augmenté (en 2 ans) de 72%
Juillet 2008 64 000
«  2010 109 000
Les jeunes diplômés sont également touchés avec un accroissement du phénomène de déclassement déjà à l’œuvre les années précédentes.
Selon une étude de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), concernant des jeunes sortis de l’enseignement au niveau Bac +4
Huit mois après leur diplôme
En 2007 77% sont en emploi
En 2008 68% «  «  «  « 
En 2009 64% «  «  «  « 
Leurs conditions d’entrée se sont dégradées
La part des CDI a baissé
En 2007 61%
En 2008 54%
En 2009 47%
Les CDD ont cru de plus de 5 points.

Pour les étudiants sortant des grandes écoles, le taux d’emploi a chuté d’une vingtaine de points depuis 2007, mais il est de 65% pour les écoles de management, de 64% pour les écoles d’ingénieurs, 59% pour les universités
Le salaire médian des diplômés d’une école d’ingénieurs est de 31 500 euros (brut annuel)
De commerce 29 900
Université 25 000

Quartiers sensibles : une bombe prête à exploser ?

Le rapport réalisé par l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS), démontre une situation dans les zones sensibles extrêmement préoccupante. Après 20 années de politiques de la ville et après les émeutes de l’automne 2005, le taux de chômage des jeunes est deux fois plus élevé que la moyenne nationale touchant 43% des jeunes hommes et 37% des jeunes femmes, et cela pour les 751 quartiers sensibles
Avec autre facteur à souligner, les diplômés sont autant touchés par le chômage que les autres jeunes. Le rôle protecteur du diplôme ne fonctionne plus.
Seul signe quelque peu optimiste, le taux de réussite des élèves des ZUS est certes inférieur à la moyenne nationale, mais il a tendance à se réduire légèrement ces dernières années.

Les statuts emploi en France

Moyenne annuelle en 2003De 15 à 24 ansDe 25 à 49 ans50 ans et plusEnsemble de 15 ans et plus
Non salariés 1.8 9.8 19.5 11.5
Salariés dont 98.2 90.2 80.5 88.5
Intérimaires 7.0 1.6 0.5 1.8
Apprentis 11.5 0.1 0.0 1.0
CDD* 27.5 7.2 3.9 8.1
CDI* 52.2 81.2 76.2 77.6
Ensemble des emplois 100.0 100.0 100.0 100.0
Effectif (en milliers) 2 085 16 696 5 915 24 696
Mayenne annuelle 200815-25 ans25-49 ans50 ans et plusEnsemble des 15 ans ou plus
Non salariéz 2.0 9.3 16.5 10.5
Salariés dont : 98.0 90.7 83.5 89.5
Intérimaires 6.6 2.1 0.7 2.1
Apprentis 15.3 0.1 0.0 1.3
CDD* 26.4 7.5 4.4 8.3
CDI* 49.7 81.0 78.4 77.7
Ensemble des emplois 100.0 100.0 100.0 100.0
Effectifs (en milliers) 2 159 17 093 6 661 25 913

* y compris contrats aidés
Champ : France métropolitaine, population de ménages, actifs de 15 ans ou plus ayant un emploi


Conclusion 

On peut reprendre une réflexion de Jacques Freyssinet en 2006 : « Parmi les pays développés, la France se caractérise par un rejet des déséquilibres du marché du travail sur les classes d’âges extrêmes (c’est-à-dire ajouté par nous les jeunes et les séniors).
Les jeunes de 15 à 24 ans subissent un taux de chômage (21,4% fin juillet 2006) qui est régulièrement supérieur au double du taux de chômage moyen (8,9%).A cela s’ajoute à la sortie du système scolaire, un allongement de trajectoires d’insertion qui passent majoritairement par des périodes de chômage et des emplois précaires ou aidés. L’accès à un emploi s’accompagne souvent, au moins initialement, d’une déclassification par rapport au diplôme. La question qui se pose est de déterminer dans quelle mesure cette situation ne reflète que des difficultés transitoires d’insertion et dans quelle mesure elle résulte du fait que les jeunes sont devenus les vecteurs d’introduction des nouvelles formes d’emploi, qui par leur intermédiaire se diffusent progressivement dans l’ensemble de la population active. »

Ouvrages de référence :
Sous la direction de Christian Charpy
Emploiscopie
Travail et emploi, aujourd’hui et demain
Fayard mars 2010

Sous la direction de Jacques Freyssinet
Travail et emploi en France, état des lieux et perspectives
La Documentation française octobre 2006

Paris, 27 janvier 2011

Noël Daucé


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