Pour Info - FSU - En ligne


Accueil > Archives > Année 2009-2010 > N°461 - Du 19 au 23 avril - 2010 Modifier cette rubrique > « États Généraux de la sécurité à l’école », contribution de la FSU

« États Généraux de la sécurité à l’école », contribution de la FSU

mercredi 21 avril 2010  Enregistrer au format PDF


La violence en milieu scolaire, un phénomène complexe qu’il ne faut ni banaliser, ni dramatiser de façon excessive.

Contrairement à ce que laisse penser une grande médiatisation des quelques incidents gravissimes qui se sont déroulés depuis un an dans des établissements scolaires, il n’y a pas d’augmentation notable des phénomènes de violence en milieu scolaire. Mais cette violence prend parfois des formes spectaculaires et surtout, les actes de violence les plus graves sont concentrés dans 10 % des établissements, situés dans des territoires en déshérence sociale.

Si les intrusions, les phénomènes de bandes organisées et l’usage d’armes ont occupé récemment tout l’espace médiatique, la violence en milieu scolaire est loin de se réduire à ces manifestations qui restent, fort heureusement, marginales. Celle-ci est en effet marquée au quotidien par la multiplication d’actes d’incivilités et de violence verbale et physique dont le traitement, à l’évidence, ne passe pas par une politique de "sanctuarisation" des établissements.

Face à une surmédiatisation qui a généré jusqu’à présent des propositions sur le seul registre sécuritaire (vidéo-surveillance, portiques de détection, ...), le ministère de l’éducation nationale organise des "Etats Généraux de la sécurité à l’école ».

La FSU et ses syndicats ne se sentent pas liés par cet intitulé qui pose problème dans la mesure où il restreint en apparence le périmètre de la réflexion. Ils entendent participer à ces Etats généraux pour aborder la question de la violence en milieu scolaire dans toutes ses dimensions et mettre en avant des propositions susceptibles de la prévenir en apportant des réponses éducatives ambitieuses et nécessairement inscrites dans la durée.

Prendre en compte les facteurs multiples pour apporter des réponses adaptées

La situation dans les établissements scolaires reflète la dégradation des relations sociales et la banalisation de la violence dans la société. Selon l’ODAS (Observatoire national De l’Action Sociale décentralisée), neuf millions de personnes, dont deux millions d’enfants, vivent sous le seuil de pauvreté. Les effets de la pauvreté, du chômage, de la précarité et de l’exclusion sociale que vivent de trop nombreuses familles, les ségrégations urbaines constituent des facteurs exogènes qui pèsent sur le climat dans les écoles, collèges et lycées : Mais il convient aussi de ne pas ignorer tous les facteurs endogènes :
- la localisation des établissements, leur taille et leur architecture,
· l’absence de mixité sociale que renforce aujourd’hui l’assouplissement de la carte scolaire,
- la prise en charge d’élèves de plus en plus divers sans moyens ni formation pour y faire face,
- des suppressions massives d’emplois qui détériorent les taux d’encadrement, dégradent les conditions de travail et de vie des élèves au sein de la classe et de l’établissement scolaire,
- des personnels qui font l’objet d’injonctions multiples de la part de l’institution et de leur hiérarchie et qui ont de plus en plus le sentiment de travailler dans l’urgence, de ne jamais pouvoir "se poser" pour réfléchir, donner du sens à ce qui est fait,
- une instabilité des équipes dans les établissements les plus difficiles qui fragilise la cohérence de l’équipe éducative,
- une orientation des élèves trop souvent subie et tributaire de l’offre locale de formation,
- le manque de perspectives de qualification pour une partie de la jeunesse,
- un échec scolaire installé parfois dès les premières années de la scolarité.

Lorsque le système éducatif dégrade les conditions d’étude des élèves et n’apporte pas de réponse aux difficultés de certains d’entre eux, ceux-ci se sentent marginalisés et leur sentiment d’échec peut se transformer en révolte, en violence latente face à un avenir compromis.
Les mesures inadaptées de l’institution

Tous les établissements scolaires peuvent être confrontés à un moment ou à un autre à une intrusion plus ou moins violente, à des dégradations en tous genres. Si la réalisation de diagnostics de sécurité peut permettre de mettre en lumière certains éléments favorisant la survenance d’incidents, ils ne sauraient se réduire à des questions matérielles et à des préconisations techniques destinées notamment à mieux assurer une protection vis-à-vis de l’extérieur pour lesquels on note par ailleurs une grande disparité selon les possibilités budgétaires et les choix des collectivités territoriales.

Les portiques détecteurs de métaux n’apportent pas de réponse satisfaisante et les pays qui les ont mis en place envisagent aujourd’hui d’autres mesures car ils ont constaté leur inefficacité.
De nombreuses études montrent également que les caméras de surveillance n’ont qu’un effet très marginal tant en terme de prévention que de résolution. Leur installation ne saurait se substituer à la présence de personnels formés et en nombre suffisant.

Si nul ne conteste l’intérêt pour chaque établissement d’avoir un policier ou gendarme référent clairement identifié, nous récusons totalement l’idée de leur présence au sein de l’établissement.

La transformation des emplois de MI-SE en assistants d’éducation a fragilisé les établissements : le recrutement local ne permet pas de trouver un vivier suffisamment diversifié de personnels et le turn-over est très important. La multiplication des contrats aidés dans les vies scolaires ne constitue pas non plus une solution viable.

Les EMS (équipes mobiles de sécurité) ne sont pas une réponse satisfaisante. Elles sont constituées de personnels précaires et non formés et ne sauraient se substituer aux milliers de personnels de vie scolaire dont ont été privés les établissements. Un véritable travail pérenne de prévention suppose de connaître les élèves, les familles, les problématiques du quartier, ...

Les écoles et les EPLE sont soumis au droit commun que ce soit pénal ou civil, y compris pour tous les faits commis en leur sein ou à leurs abords. Il n’y a donc pas lieu de légiférer spécifiquement et de renforcer un droit déjà trop fourni en dispositions diverses dont la plupart ne sont pas appliquées ou le sont imparfaitement. Par ailleurs, les fonctionnaires et les agents publics disposent déjà d’une protection juridique de l’administration (article 11 de la loi 83-634, statut général de la fonction publique), protection étendue aux collaborateurs occasionnels du service public. Cette protection doit être mise en oeuvre dès qu’elle est sollicitée. Il n’est pas souhaitable qu’au-delà des textes réglementaires existants qui régissent les procédures disciplinaires dans les EPLE et la composition du conseil de discipline, se mette en place, a fortiori sans concertation, un « code de la paix scolaire » même rebaptisé « code de la vie scolaire ». Enfin, on doit distinguer ce qui relève, au niveau réglementaire, de grands principes devant pouvoir s’appliquer partout (base d’élaboration des règlements intérieurs et nature des sanctions par exemple) et ce qui relève de la politique éducative de chaque EPLE (mise en place ou non de commissions éducatives, préparatoires ou non au conseil de discipline ; pratique des retenues, des exclusions temporaires, des travaux d’intérêt général…).

Contrairement à une idée trop souvent répandue, l’absentéisme est d’abord le signe d’un mal-être et de situations complexes (familiales, personnelles, scolaires, ...). La proposition de pénaliser financièrement les familles des élèves concernés aurait surtout comme effet de les stigmatiser et de renforcer leurs difficultés.

L’école primaire n’est pas exempte de problématiques sur cette question. Elle est, pour une majorité d’enfants, le premier de lieu de socialisation hors de la famille. Elle est donc un pivot essentiel dans la construction du vivre ensemble. Les acquisitions de base dans le domaine de la citoyenneté, la compréhension et le respect des règles, le respect des autres ne peuvent s’y élaborer de manière durable qu’en lien avec la réussite scolaire qui donne du sens et ancre l’estime et la confiance en soi. S’y joue également le lien et la relation aux familles qui doivent comprendre les attentes et règles de l’école pour accompagner positivement leurs enfants.

Propositions de la FSU :

Depuis 1992, les différents « plans » de prévention de la violence à l’école ont tous manqué d’ambition pour améliorer l’encadrement des élèves. Ils ont trop souvent privilégié le recours à des personnels précaires et non formés plutôt qu’à des emplois statutaires. Certes, la présence d’adultes supplémentaires a permis ici ou là quelques améliorations mais elle n’a pas inversé la tendance. La multiplication des labels et des profilages a par ailleurs amplifié la rotation des personnels au détriment de la stabilité des équipes.

Aucun de ces plans ne s’est accompagné d’une politique véritablement ambitieuse de la ville, de l’emploi, de l’aménagement du territoire qui lutte réellement contre les exclusions sociales et les ghettos.

Ils ont tous mis l’accent sur la périphérie de la classe et fait l’impasse sur la question des apprentissages scolaires alors que le rôle joué par l’échec scolaire dans la genèse de la violence à l’école est connu de tous.

L’école ne peut pas tout régler mais elle peut - et doit - faire un certain nombre de choses dans son champ de responsabilité et en liaison avec d’autres institutions. Elle doit viser la réussite de tous les jeunes qui lui sont confiés, assurer un suivi de ceux qui sont le plus en difficulté, apporter à ceux qui en ont besoin des bourses sur critères sociaux et des aides sociales, notamment en matière de santé et de lutte contre la malnutrition.

L’école est aussi un lieu privilégié de l’apprentissage du « vivre ensemble » où s’établissent des repères et des valeurs : l’éducation à la citoyenneté doit être beaucoup plus qu’une simple éducation à un comportement normatif.

La lutte contre la violence en milieu scolaire passe donc par une politique éducative qui allie à la fois de bonnes conditions d’apprentissage au sein de la classe, un meilleur encadrement des élèves et leur responsabilisation dans les établissements, un suivi de ceux qui sont les plus fragiles.

Cela suppose, selon nous :

1- Une amélioration des conditions d’apprentissage au sein de la classe :
- Des contenus d’enseignement et des pratiques pédagogiques qui mobilisent davantage les
élèves.
- Des conditions d’enseignement améliorées qui permettent de varier les pratiques pédagogiques
tout en conservant la référence structurante au groupe classe, en accordant une attention particulière aux écoles et établissements situés dans les zones difficiles :
- une baisse significative des effectifs des classes ;
- des travaux en petits groupes ;
- des moyens importants d’aide individualisée sans perdre de vue que l’apprentissage relève avant
tout de pratiques collectives au sein du groupe classe.
- De véritables alternatives au redoublement qui ne sauraient se réduire à d’illusoires stages de remise à niveau pendant les vacances.
- Une offre de formation diversifiée et de qualité dans tous les établissements du 2nd degré.
- Une meilleure formation initiale et continue des personnels permettant notamment d’identifier ce qui fait obstacle aux apprentissages afin de prévenir les difficultés et y répondre.

2- Des équipes complètes et stables qui travaillent en cohérence :

Des équipes de surveillants renforcées.
- Les moyens de travailler en équipe avec du temps de concertation inclus dans le service.
- La mise en place d’équipes pluriprofessionnelles de suivi des jeunes les plus en difficulté.
- Les moyens de travailler en partenariat, par exemple avec l’aide sociale à l’enfance, la PJJ, les associations, l’action sociale…
- Des stratégies concertées, claires, cohérentes et transparentes en matière de régime des sanctions.
- La prise en compte de la pénibilité particulière du travail dans les établissements reconnus difficiles : pour attirer et stabiliser les personnels volontaires, il faut à la fois améliorer leurs conditions de travail, leur donner du temps pour « souffler », se former, se concerter, mais aussi leur attribuer des avantages financiers et de carrière sur contingents spécifiques.

3- L’amélioration des conditions de vie dans les établissements scolaires :

- Avec des établissements à taille humaine, agréables et accueillants, spacieux, avec des espaces
de rencontre, d’écoute ou de dialogue pour les élèves et des lieux pour recevoir les familles.
- Une organisation des temps de vie scolaire (aide au travail, autonomie, accès culturels,
sportifs, convivialité...), un aménagement des espaces (de travail et de détente) qui facilitent
l’intégration scolaire de tous les élèves.
- Une vie réellement démocratique pour les écoliers, les collégiens et lycéens, dans le respect de leurs droits mais aussi de leurs obligations : améliorer le fonctionnement des instances
démocratiques où siègent les délégués élèves, leur donner les moyens d’initiatives concrètes en terme d’animations socio culturelles, de vie scolaire, de développement des solidarités,
d’ouverture culturelle et d’expression artistique.
- A l’entrée à l’école, au collège et au lycée, mieux travailler à la compréhension et à l’appropriation des règles par les élèves, développer les liaisons inter-cycles ; les règles de vie collective ne doivent pas se résumer à une somme d’interdictions, elles doivent mettre en lumière tout à la fois les droits et les devoirs de chacun.

4- Une prise en charge des difficultés des familles, notamment financières :

Il convient :
- D’avoir une grande vigilance pour assurer réellement une gratuité de l’éducation
- D’élargir les critères d’attribution des bourses sur critères sociaux et de les valoriser de manière
significative.
- D’augmenter les fonds sociaux.
- Mieux travailler le lien famille-école pour permettre à chacun de mieux assumer ses responsabilités éducatives


RSS 2.0 | Plan du site | Réalisé avec SPIP | Site national de la FSU