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Formation des enseignants : « réforme » des IUFM, alerte

mercredi 28 juin 2006  Enregistrer au format PDF


Cette note a une fonction d’alerte sur les questions urgentes concernant les projets en cours sur la formation des enseignants, l’avenir des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres)

1 - Recrutement des enseignants, organisation des formations : rappel de l’existant

Aujourd’hui, les enseignants sont tous (sauf pour certaines exceptions : spécialités de PLP) recrutés après la licence quel que soit le niveau auxquels ils enseignent. Ils peuvent préparer le concours à l’IUFM pendant un an après avoir obtenu la licence, en collaboration avec l’université ou en candidats libres ; s’ils sont admis, ils sont stagiaires une année, en alternance sur le terrain et à l’IUFM. La deuxième année est validée par l’IUFM et le rectorat. Les IUFM sont donc en étroite relation avec l’université et le rectorat (« l’employeur »).

Les formations sont assurées par des équipes pluricatégorielles de formateurs : enseignants-chercheurs ; professeurs à temps plein à l’IUFM et à « services partagés ». L’idée novatrice des IUFM en 1989 était de viser une formation qui articule le plus possible les aspects universitaires aux pratiques professionnelles Cette formation « intégrée » suppose de s’approprier des outils théoriques pour concevoir et analyser sa pratique de façon à devenir un enseignant concepteur, et non simple exécutant.

Cette orientation n’a pas été remise en cause pendant 15 ans et les IUFM ont tenté d’avancer dans ce sens. Ils ont cependant présenté des faiblesses que la FSU a toujours dénoncées, faiblesses liées à diverses difficultés (difficulté à définir des priorités, concours peu professionnalisants, faiblesse de la recherche en éducation, formation des formateurs peu développée) ainsi qu’à un manque criant de moyens, donnant lieu à des critiques des stagiaires fortement médiatisées.
Le ministère a tenté à plusieurs reprises de faire glisser les IUFM soit vers des écoles professionnelles éloignées de l’université, soit de les diluer dans les universités, voies moins coûteuses à ses yeux. Les propositions actuelles nous orientent vers une coupure entre université et terrain et un risque de dilution de la structure IUFM dans l’université.

2 - Contexte de la « réforme »

La réforme annoncée de la formation initiale des personnels enseignants et d’éducation se prépare dans la plus complète absence de concertation et de transparence. Ce que nous en identifions dans la période récente, à travers notamment un projet de cahier des charges (commission PIETRYK) et la décision unilatérale de mise en place du stage filé des PE stagiaires, s’inscrit dans un contexte général marqué par l’objectif de diminuer massivement les effectifs de la fonction publique. Les premières informations sur le budget 2007 vont en ce sens et l’aggravent au détriment du système éducatif dans son ensemble. Il s‘agit donc de mettre en place une formation des maîtres qui permette de compenser la pénurie de personnels résultant d’une politique de sous-recrutements.

Le contexte général est marqué aussi par le renouvellement massif de la profession dans les prochaines années. C’est pour le gouvernement l’opportunité de peser durablement et en profondeur sur la profession en essayant d’imposer aux nouvelles générations de collègues une nouvelle organisation du métier, une aggravation de la charge et des conditions de travail, une plus grande flexibilité par :

- la remise en cause des statuts (réforme de l’accès à la hors-classe, promotion au mérite, suppression de décharges de service...) ;

- une redéfinition sinon une dilution des missions (exemple : la volonté d’étendre le champ d’intervention des enseignants dans le domaine de l’éducation et de l’orientation) ;

- dans le second degré, la bivalence (avec les mentions complémentaires au Capes), voire la polyvalence (cf. expérimentation de l’enseignement intégré des sciences en sixième) ;

- une individualisation des parcours au détriment de la notion de carrière, une plus grande soumission à la hiérarchie locale et une moindre liberté pédagogique.

On constate par ailleurs que des principes qui sous-tendent la réforme de la formation des maîtres sont les mêmes que ceux en œuvre dans la loi d’orientation : le primat de l’évaluation, le risque de réduction du métier à un référentiel de compétences notamment. A la mise en place d’une école du renoncement correspond un projet de formation des maîtres qui en rabat aussi sur les ambitions en termes de qualification des personnels. En somme, contre le projet d’une formation de personnels soumis à des injonctions multiples, techniciens de la transmission du socle commun, nous devons imposer notre projet de formation de personnels plus qualifiés, concepteurs de leurs pratiques, mobilisés collectivement pour faire accéder la totalité des jeunes à la culture commune et à une qualification reconnue.

3 - Ce qui est en cours et prévu

La loi sur l’Ecole de 2005 prévoit l’intégration de l’IUFM dans l’université (avant mai 2008) et un cahier des charges des formations devrait fournir un cadrage national pour les universités qui intégreront les instituts.
Dans le cadre de l’autonomie des universités, quel rôle de l’Etat dans la formation des maîtres : quelle place pour l’IUFM dans l’Université ?

L’intégration à l’université pourrait être une nouvelle étape pour la formation des enseignants en adossant plus fortement la formation à la recherche. Malheureusement, les seules propositions connues sur le cahier des charges conduisent vers une coupure aggravée entre la formation théorique, qui se ferait à l’université et la formation professionnelle qui aurait le terrain pour cadre. C’est un modèle proche du compagnonnage qui en résulterait. Qu’on en juge à travers ces exemples :
Premier degré : nouveau concours en 2005 élaboré en dehors de toute réflexion sur l’ensemble de la formation, en 2006 alourdissement du stage en responsabilité par utilisation des PE2 sur des décharges de direction, notamment.
Pour les professeurs de lycée et collège, en 2005 les mentions complémentaires des concours ouvrent la porte à la bivalence tandis que le ministère encourage l’expérimentation d’un enseignement intégré de sciences qui introduit la trivalence, en lien avec ce que prône l’académie des sciences dont les conclusions ont été reprises par le rapport Rolland cette année.
L’utilisation systématique aujourd’hui des stagiaires comme moyen d’enseignement peut conduire à réduire la formation en alternance à une succession de temps équivalents de formation « théorique » et de « pratique » relevant uniquement de la présence dans un établissement.
De plus, la formation risque de se concentrer (se limiter) au « socle commun », dans la ligne des économies budgétaires, menaçant à terme certaines disciplines, telles l’EPS, les disciplines artistiques ou la technologie.

Expérimentations :
Trois IUFM, Reims, Limoges, La Réunion doivent être intégrés le 1° janvier 2007 alors que le cahier des charges des formations n’est pas connu. A ce jour, le ministère ne s’est pas encore prononcé sur la place de l’IUFM dans l’université, sur la vie démocratique, sur le devenir des personnels IATOS, des personnels de formation, sur le budget, sur l’avenir des sites départementaux...

Parce que la FSU a des ambitions pour l’école, donc pour la formation, elle demande qu’avant toute décision un débat soit engagé avec tous les partenaires syndicaux. A travers cette énième réforme de la formation des enseignants, c’est en fait tout le système éducatif qui est concerné : au travers du socle commun mais aussi des références permanentes aux préconisations de la commission européenne (« compétences »...), c’est la nature du métier d’enseignant qui est remise en cause : un enseignant moins « concepteur », plus « applicateur ».

4 - Propositions / initiatives

La question de l’avenir de la formation des enseignants s’articule avec l’action et la mobilisation sur service public d’éducation, recrutements... mais exige aussi une prise en charge de ce dossier de manière urgente à tous les niveaux de la FSU.

- lettre au ministre : La FSU (avec les syndicats enseignants) s’est adressée début juin au ministre pour demander l’ouverture rapide d’une concertation sur le cahier des charges de la formation des enseignants et des CPE, sur le processus et les conditions de l’intégration des IUFM à l’université (et de l’avenir des personnels qui y exercent). Dans cette hypothèse, la FSU a déjà soumis au MEN un certain nombre de pistes et de sujets de réflexion (cf. courrier joint).

- des rencontres urgentes à prévoir avec la Conférence des Présidents d’Université, la Conférence des Directeurs d’Instituts Universitaires de Formation des Maîtres mais aussi les parents d’élèves, l’UNEF, les groupes parlementaires, les partis politiques.

- une initiative FSU (avec une dimension internationale, cf. dernière rencontre CSEE ) à la rentrée permettant de mutualiser les réflexions, les expériences, de les analyser (notamment sur les autres systèmes européens) + un plan d’intervention syndicale dans les départements et académies impliquant une rencontre avec les élus (députés et sénateurs), une intervention dans la presse.

- un travail fédéral et intersyndical (enseignants, administratifs, agents...) à tous les niveaux sur ces questions urgentes : départemental, académique, national.


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