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Forum social mondial de Dakar, bilan politique

mardi 5 avril 2011  Enregistrer au format PDF


Il s’agissait de la 2ème édition du FSM en Afrique ( la 1ère fois pour le FSM de Nairobi en 2007) ; il faisait suite à celui de Belem ( 2009) qui avait été marqué par l’irruption de la crise globale. Celui-ci l’a été par les révolutions du monde arabe.


1/ Organiser un FSM à Dakar représentait un défi quasi insurmontable
, dans une ville où les coupures d’électricité pendant plusieurs heures sont fréquentes, dans une université (Cheikh Anta Diop de Dakar, la plus grande d’Afrique de l’Ouest, -elle accueille 70.000 étudiants - là-même où Nicolas Sarkozy avait déclaré que « l/’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » et qui déjà manque de place. Pendant le forum , des étudiants et lycéens ont d’ailleurs lancé un ultimatum au président Abdoulaye Wade, et entamé une grève de la faim. Ils sont, en effet plus de 500 bacheliers à ne pas avoir été inscrits à l’université, faute de place. Il faut savoir qu’il y a un mois le président Wade a démis de ses fonctions l’ancien recteur favorable au Forum et a imposé que les cours se poursuivent pendant le FSM ; Donc tenir 1000 activités pendant 3 jours dans des locaux occupés par les étudiants était impossible.

Il n’y a jamais vraiment eu de programme fiable ( ni vraiment de programme papier ) et ce fut une sacrée gageure d’arriver en dépit de ces difficultés logistiques à participer à des activités.
Mais comme l’ont dit plusieurs, y compris parmi les organisateurs on n’est pas passé loin de la catastrophe.

La participation est assez difficile à établir ; toutes sortes de chiffres ont été avancées : 20 000, 50 000, 70 000 ?? ce qui est certain c’est qu’il y avait une participation internationale réelle ( une centaine de pays), une très forte participation africaine :70% de syndicats, d’associations et de mouvements sénégalais, des mouvements des femmes notamment. Et si les ONG étaient assez présentes, le mouvements syndical au niveau international en revanche était assez faiblement représenté, hormis la CUT du Brésil, la FGT Belge, la CGIL, la GEW ,la CGT ,Solidaires et la FSU. La CSI , qui avait organisé un forum syndical le 4 fevrier,a envoyé pour sa part une toute petite délégation.
C’est une marche impressionnante qui a inauguré le Forum, principalement composée de femmes africaines très combatives et de jeunes .Ce fut la plus grande manifestation depuis l’Indépendance

2/Les éléments de réussite : Le forum comme espace de rencontre des mouvements sociaux

Ce FSM a assez bien fonctionné comme espace de rencontres, y compris fortuites, des mouvements sociaux. De nombreux réseaux, mouvements (solidarité-migrants, Palestine, droits des femmes, annulation de la dette, éducation , le réseau science et démocratie, etc...) sont venus au FSM afin de partager, d’élargir leur campagnes.


Quelques exemples :

- la campagne G8/G20 : le collectif français organisé avec des réseaux internationaux ( OWINFS, StoB..) des séminaires, une session portant à la fois sur le fond : bilan du G20 depuis 2008 et enjeux de la présidence française (thèmes retenus + contexte politique plus global / crise globale etc) une session plus stratégique pour réunir les réseaux intéressés et réfléchir à la méthode et au calendrier pour faire monter la mobilisation, les mots d’ordre communs et enfin une assemblée de convergence. Lors de l’assemblée un appel a été rédigé et une rencontre internationale de mobilisation décidée ( en mars)


- La flottille pour Gaza :
beaucoup de réseaux des différents pays qui participent à cette campagne étaient présents et ont échangé sur l’avancée de leur travail et les activités mises en oeuvre dans les différents pays.

- Accaparement des terres : un sujet très présent en Afrique de l’ouest ( de nombreux participants au Forum arboraient un t-shirt : touche pas à ma terre ), il fut question des spéculations sur les denrées alimentaires, de la privatisation des semences, de la biodiversité, des forêts et des savoirs faire, de la prédation des biens communs naturels et du refus de l’extractivisme, des luttes pour la reconnaissance de l’accès à l’eau comme un droit, des droits des peuples originaires.
Les éléments de réussite de ce forum tiennent aussi aux multiples activités comme l’assemblée des "No-vox"(petits paysans, habitants des quartiers populaires, femmes du monde rural) qui s’est tenue dans la banlieue de Dakar. Pour beaucoup d’entre eux ils ont participé aux caravanes de « sans », parties de Rabat, de Bamako ou de Ouagadougou (Une initiative peu soutenue par le Conseil International du FSM, selon leurs dires).


- Autre point positif :
les assemblées de convergence pour l’action. Depuis Nairobi ( 2007) il a été convenu de dédier une journée de Forum pour organiser des assemblées de convergence, qui cette fois-ci même s’appelaient les Assemblées de Convergence pour l’Action ( ACA), montrant ainsi la préoccupation de prendre des décisions d’action. Il y en a eu de nombreuses (trop peut-être et avec un manque de transversalité).
Cela a permis néanmoins que des appels à l’action soient rédigés et de relayer les campagnes en cours, construisant ainsi un agenda de mobilisations pour 2011, 2012

- Migrations avec l’adoption de la Charte des migrants ( un thème qui a été relativement transversal :, refus de toutes les formes d’expropriation des conditions élémentaires de la vie : privatisation et accaparement des terres privation du travail, de l’eau, des forêts, spéculation foncière et absence des services publics, accès aux soins, conséquences des politiques du « libre » échange et de concurrence, conséquences des changements climatiques, évasion fiscale, réseaux mafieux « d’exportation » des migrants...)

-Education : De nombreux syndicats africains et du réseau européen de l’education ont marqué de façon positive l’élaboration de la Déclaration Finale , sur l’exigence d’un service public gratuit laïc de qualité pour tous de la maternelle à l’université, ainsi que sur la condamnation des organismes internationaux(FMI, Banque Mondiale, OMC...) qui subordonnent leurs aides à la baisse des investissements dans les services publics.

-mobilisation internationale au moment du G8 et du G20 en France, préparation du sommet de Durban sur le changement climatique, contre-sommet sur l’eau à Marseille en mars 2012, la préparation d’un sommet alternatif à Rio en 2012 (Rio+20).

3/ Les insuffisances, les limites

Si le souffle des révolutions tunisienne et égyptienne étaient réels, le Forum n’a pas vraiment su quoi faire de cette situation. Aucune initiative d’envergure n’a été prise ( appel, solidarité, rencontres internationales...). Partager et décider de campagne d’action est en soi une bonne décision mais pour autant cela reste théorique. Depuis (et en dehors de)l’appel de Porto Alegre et les mobilisations contre la guerre (2003),les autres appels/engagements qu’ils soient des assemblées thématiques ou de l’assemblée des mouvements sociaux (à vocation plus globalisante), ont été peu suivi d’effets.

Le forum n’est pas suffisamment en prise avec les processus de luttes réelles sur le terrain, que ce soient les révoltes comme celle du monde arabe aujourd’hui, comme les émeutes de la faim, comme la lutte des paysans, ou encore des salariés contre les offensives anti-sociales.

Toutefois la délégation FSU, grâce à ses nombreux contacts syndicaux africains, a pu élaborer en concertation avec des syndicats du Nord et du Sud, des projets de coopération et de partenariat (Partenariat sur les droits des migrants et sur les droits des femmes),qui seront soumis sous peu aux différentes instances.


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