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Intervention de la FSU le 24 mai 2006

mardi 6 juin 2006  Enregistrer au format PDF


Intervention de la FSU, auditionnée par la commission université-emploi le 24 mai 2006

Nous avons déjà eu l’occasion de dire que, pour intéressant que soit le débat lancé (nous avons souvent réclamé un débat sur le supérieur), le champ d’intervention de votre commission nous paraissait discutable : d’une part parce que la thématique et les entrées que vous proposez ne traitent qu’une partie des questions et ignorent largement la question centrale de la réussite dans l’enseignement supérieur et de l’acquisition des diplômes, d’autre part parce que son objet, l’université, laisse de côté la nécessaire réflexion sur l’ensemble des formations post baccalauréat.

Par ailleurs interroger la relation formation/emploi ne peut se limiter à interroger le système de formation : les questions de l’emploi, de son volume, de sa nature (précaire ou non par exemple), des droits des salariés, de la reconnaissance des qualifications sont évidemment décisives et rejaillissent sur les formations elles-mêmes.

A cet égard je souhaite dire combien le problème de la reconnaissance des qualifications est décisif et nécessiterait selon nous d’être traité. Il convient également de ne pas considérer que les besoins en qualification sont une donnée extérieure au système de formation : les qualifications et leur développement parmi les jeunes font évoluer à la fois les besoins et la nature ou le contenu même du travail. Complémentairement on ne peut pas être indifférent à la responsabilité qu’ont certains secteurs professionnels dans une pénurie de main d’oeuvre qualifiée qu’ils dénoncent alors que le système éducatif « produit » des jeunes qualifiés.
Mais ces remarques ne sont pas destinés à esquiver le débat ; elles visent simplement à la resituer.

I) Les vraies questions et les vrais enjeux

1) tous les jeunes ne rencontrent pas les mêmes difficultés d’insertion et d’accès à l’emploi : le diplôme constitue une meilleure protection contre le chômage ; le premier enjeu c’est d’augmenter le % de diplômés, notamment en luttant contre l’échec dans les 1ers cycles des universités

2) attention au mythe de l’adéquation formation-emploi : « l’emploi » n’est pas une donnée stable à laquelle la formation devrait impérativement se conformer ; les métiers changent sans cesse, tout comme la localisation des emplois et il est difficile de prévoir les besoins à moyen terme ; on forme des jeunes qui vont travailler une quarantaine d’années : la logique de formation initiale ne peut se situer sur le même plan que des formations professionnelles courtes d’adaptation à l’emploi. Les métiers ne sont pas figés, leurs besoins ne se limitent pas à des compétences ou des connaissances étroites et par exemple diverses études prospectives mettent plutôt l’accent sur les besoins de formation polyvalente pour les cadres. Une formation plus élargie est aussi indispensable pour permettre des évolutions et ouvrir la possibilité de trouver un emploi dans secteurs proches ; elle est bien sûr une condition de la formation tout au long de la vie.

3) la finalité des formations universitaires doit être de répondre - à travers le lien avec la recherche - à l’ensemble des besoins sociaux , de la culture, de la formation des individus et des citoyens

4) la formation professionnelle est une réalité dans les universités ; on ne part pas de rien ; il y a des formations professionnelles nombreuses et efficaces et il y a par ailleurs dans toutes les formations universitaires une dimension professionnelle ; en revanche cette formation rencontre des obstacles qui la menacent : son coût dans un contexte de restrictions budgétaires mais aussi le dispositif LMD qui pose au moins deux problèmes, celui de la concentration des moyens et des efforts sur certaines formations et celui d’une visibilité moindre des diplômes professionnels qui n’entrent pas bien dans ce dispositif (DUT, DESS...)

5) on parle beaucoup de la nécessité d’un service public d’information et d’orientation : or il existe. De la même manière il est faux d’affirmer comme certains médias que l’université se désintéresse de l’avenir de ses étudiants : sur le terrain existent de multiples initiatives (ateliers d’aide au projet, ateliers de recherche d’un premier emploi...) Le problème est plutôt d’améliorer et faire vivre l’existant. Et cela pose la question des moyens (rappelons pour ne citer qu’un seul exemple qu’il y a un COPsy pour 18000 étudiants)

II) Des propositions

1) réaffirmer l’objectif de 50% d’une classe d’âge avec un diplôme l’enseignement supérieur et lutter contre l’échec dans les premières années ; cela passe par :

- un financement qui augmente sensiblement les moyens de l’université pour rattraper le retard face aux autres voies

- une amélioration des taux d’encadrement dans les 1ers cycles universitaires qui les rapproche de ceux des CCPGE

- le développement de dispositifs pédagogiques innovants (travaux personnels encadrés, projets, travaux en petits groupes...)

- un plan social étudiant et des aides socialement équitables avec un développement immédiat de l’aide au logement et des bourses dans la perspective d’une véritable allocation d’autonomie.

2) rendre lisibles les parcours grâce à un cadre de référence national et européen des diplômes et des formations du supérieur définissant des critères communs pour permettre de véritables équivalences pour les étudiants

3) développer les coopérations et les passerelles entre les diverses voies de l’enseignement post baccalauréat mais aussi les relations entre universités et établissements de second degré.

4) permettre à chaque jeune de construire un projet personnel et de faire des choix éclairés d’orientation ; cela implique :
- une revalorisation des SUIO en leur donnant de véritables moyens de fonctionnement et notamment un plan de recrutement concernant l’ensemble des personnels qui y interviennent (personnels administratifs et techniques, conseillers d’orientation...) ; il faudrait par exemple multiplier par 5 le nombre de COPsy intervenant en université et focaliser leur action sur les 2 premières années et sur la liaison avec les lycées.
- reconnaissance du rôle des enseignants du supérieur dans l’aide et le conseil aux étudiants (prise en compte dans leur service des tâches diverses, accès à la formation en ce domaine)
- création dans les grandes villes de CIO spécialisés dans l’enseignement supérieur et constituant un pôle ressources
- coordination nationale de l’information sur les parcours et l’insertion professionnelle en donnant les moyens aux universités de faire les études nécessaires, y compris en utilisant les services du CEREQ

5) Développer le recours aux stages dans les formations universitaire en donnant les moyens aux enseignants de les suivre et les encadrer et en garantissant une rémunération aux stagiaires. Il va de soi que l’université doit s’assurer que les stages sont bien une période de formation et non pas une manière d’utiliser les stagiaires pour répondre à des besoins des entreprises (l’état employeur devrait à cet égard donner l’exemple). S’agissant de l’apprentissage, s’il ne pose pas les mêmes problèmes dans les formations post baccalauréat qu’en deçà , il ne peut être considéré comme le mode privilégié de formation à l’emploi : les données disponibles montrent d’ailleurs que pour les diplômés de l’enseignement supérieur l’apprentissage ne donne pas de bonus particulier pour l’accès à un CDI.

6) Confirmer et renforcer la mission de formation continue de l’université : c’est une condition du développement de la professionnalisation des formations universitaires.


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