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Journées intersyndicales femmes : flagrant déni des inégalités dans la fonction publique

jeudi 29 mars 2012  Enregistrer au format PDF


Les 13 et 14 mars ont eu lieu les Journées intersyndicales femmes, organisées depuis quinze ans par la CGT, le FSU et l’union syndicale Solidaires. Ces formations et débats ont pour objectif de s’interroger sur la place et le rôle des femmes dans différents champs d’interventions.
Cette année quatre thèmes ont été abordés : lesbophobie et travail ; femmes dans les révolutions arabes ; égalité professionnelle dans la fonction publique ; femmes et sport. Tous les ans, ces journées rassemblent entre 300 et 400 personnes. Ce fut encore le cas cette année.

Le 14 mars, la demi-journée consacrée aux propositions syndicales en matière d’égalité professionnelle dans la fonction publique s’est déroulée en présence de l’économiste de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) Françoise Milewski, de Sophie Zafari du syndicat FSU, Patricia Tejas de la CGT, et GaelleDifferde Solidaires.
Triste constat : le déni des inégalités professionnelles dans la fonction publique, tant dans les syndicats qu’au plus haut niveau de l’Etat, freinent considérablement les avancées.

Un idéal républicain qui reste un idéal « Il y a une réticence à traiter les inégalités femmes-hommes dans la mesure où l’idéal républicain voudrait que tou-te-s aient un statut égalitaire », explique Françoise Milewski. Mais malgré des statuts réputés plus protecteurs, les inégalités persistent.

Selon les chiffres de la chercheuse, on compte 67% de salariées femmes dans la fonction publique (elles représentent les trois quarts de la fonction hospitalière, 60% des collectivités territoriales, 52% de la fonction publique d’Etat). Mais les femmes disparaissent des postes de direction où elles ne sont qu’environ 20 %. Elles ne sont par exemple que 16% des chefs d’établissements médicaux.

En outre, les femmes représentent 66 % des non titulaires dans toutes les fonctions publiques et sont plus souvent contraintes que les hommes à des temps partiels. Ce qui implique souvent des difficultés à faire valoir des évolutions salariales et de carrière ou leur mutation. Des salaires de base égaux mais les primes causent des écarts.
Autre croyance répandue : les salaires sont égalitaires puisque établis selon des grilles indiciaires. Pour Françoise Milewski, « on observe une totale opacité en matière d’écart salarial dans la fonction publique. Une étude sur les écarts de salaires dans la fonction publique devait être réalisée par le secrétariat d’Etat à la Fonction publique et à l’époque la Halde, mais elle ne voit pas le jour. Il y a une réticence évidente dans ce domaine ». Si le bienfait des grilles indiciaires sur l’égalité salariale est incontestable, il faut ne faut pas être dupes concernant l’attribution des primes. Comme la prime au mérite ou la prime de technicité, moins souvent attribuée aux femmes, qui occupent des postes considérés comme nécessitant des compétences « innées pour les femmes » et non acquises, notamment dans les filières sociales et administratives. Ces inégalités marquantes, ignorées ou rendues invisibles, précarisent les femmes, en particulier lorsqu’elles doivent prendre leur retraite.

Des témoignages édifiants

Dans la salle, l’amertume des militantes syndicales est palpable. A Pôle emploi, les femmes sont considérées comme moins performantes que les hommes et ont du mal à faire valoir leur prime au mérite. La plupart des femmes de service employées par la Mairie de Paris sont non titularisées alors que certaines d’entre elles y travaillent depuis trente-cinq ans. « Elles subissent une triple discrimination : celle d’être femme, d’origine populaire et non européenne. » A l’Insee, sur 1000 employé-e-s, 800 sont des femmes, non titulaires et payées à la tâche. Elles se battent pour des salaires décents, alors qu’elles touchent actuellement entre 600 et 800 euros mensuels.
Dans l’administration hospitalière, la plupart des femmes sont contractuelles et issues de familles monoparentales. Elles n’ont d’autre choix que de garder leur emploi précaire…

Des lois anciennes non appliquées, les nouvelles non applicables .
Les politiques publiques en faveur de l’égalité ne sont pas plus appliquées dans le public que dans le privé. Malgré tout, il semblerait que la contrainte générée par l’actualisation de la loi – en particulier l’obligation de publier tous les ans un rapport de situation comparée des conditions professionnelles des femmes et des hommes – ait eu, en un an, une action bénéfique sur les statistiques dans le secteur privé. Qu’en est-il de la fonction publique ? L’Etat se devant d’être exemplaire, François Sauvadet, ministre de la Fonction publique a ajouté en mars 2011 un amendement au projet de loi relatif à la lutte contre la précarité et contre les discriminations dans la fonction publique [1]. Cet amendement est calqué sur la loi Copé-Zimmerman, instaurant, sous peine de sanctions financières, des quotas de femmes (40 % en 2017) dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Pour la fonction publique cet objectif de 40 % devra être obtenu en 2018. « Cette loi sur la précarité a été élaborée dans l’urgence, c’est une coquille vide. Comment peut-on sanctionner financièrement l’Etat, qui sera en même temps débiteur et bénéficiaire ? », s’interroge Françoise Milewski.

Pour Sophie Zafari, le protocole d’accord sur les inégalités femmes-hommes en négociation entre syndicats et le ministre François Sauvadet « relève plus d’une volonté d’affichage que d’une réelle volonté politique ». Deux ministres différents (François Sauvadet a succédé à Georges Tron, secrétaire d’Etat à la Fonction publique démissionnaire), calendrier au pas de charge, réunions courtes et en fin de journée, fin de non-recevoir sur de nombreux points… Notamment, d’après Gaelle Differ, concernant la suppression de la rémunération au mérite, dont certains critères survalorisent la disponibilité et excluent de fait les femmes ; l’instauration de primes de technicité dans les filières sociales et administratives ; la suppression de certains échelons, qui permettrait de débloquer la carrière des agents femmes ; de nouvelles discussions sur les retraites… « Le ministre nous a même rétorqué que puisqu’on allait arriver à l’égalité réelle il n’y aurait pas de problèmes spécifiques aux femmes sur les retraites », ajoute-t-elle. Des progrès à faire au sein des syndicats

Enfin, les trois militantes syndicales ont toutes insisté sur le fait qu’il fallait encore travailler dans les organisations syndicales pour que l’égalité salariale et professionnelle soit prise en compte. Au vu de la composition du public de ces Journées intersyndicales, à vue de nez, à 95 % féminin, la question semble en effet encore une histoire de femmes. Même si l’on observe quelques avancées dans les syndicats. Grâce notamment au rapport de situation comparée annuel rendu obligatoire : « Les copains s’emparent de ces questions par le biais des comités d’entreprise », se réjouit Gaelle Differ, de Solidaires. Toutes les intervenantes ont tenté de minimiser leur découragement face à l’« éternel recommencement », énoncé par Françoise Milewski. Et veulent croire à une fenêtre ouverte par les débats suscités par la campagne présidentielle et la loi sur les retraites, qui a mis sur le devant de la scène les problèmes d’emploi et de précarité des femmes.

Et Sophie Zafari de FSU de conclure :

« Aujourd’hui, personne n’ose penser que la question de l’égalité professionnelle n’est pas importante. »

Catherine Capdeville – EGALITE - http://www.egalite-infos.fr


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