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La mixité à l’école, un point d’appui contre le sexisme

vendredi 6 mars 2009  Enregistrer au format PDF

Trois questions à…
Isabelle CABAT-HOUSSAIS, professeure des écoles à Paris, militante féministe de l’association Mix-Cité


POUR Info : En tant qu’enseignante, quel regard portes-tu non pas sur les différences constatées ou présumées entre les sexes mais sur l’inscription de cette différence des sexes dans l’enseignement ?

Au préalable, je tiens à souligner qu’on fait comme si l’égalité des sexes était un fait accompli. Or, l’institution scolaire (ministère, inspection, académie) produit des textes promouvant l’égalité entre les filles et les garçons mais n’en garantit absolument pas la mise en œuvre. En outre, non seulement les enseignant-e-s méconnaissent ces textes mais ignorent aussi tout de la sociologie de l’éducation sur le genre. En effet, d’une part, présupposant que la mixité est un gage d’égalité, ils/elles reproduisent inconsciemment une distribution différenciée des rôles sexués. Par exemple, ils/elles répartissent inégalement la parole entre les filles et les garçons. D’autre part, quand les enseignant-e-s observent des différences, ils/elles les attribuent à une nature « masculine » ou « féminine ». Ainsi la violence des garçons est-elle mieux tolérée que celle des filles. Une anecdote parmi d’autres illustre la naturalisation des rôles sexués à l’école : la recommandation récurrente d’inscrire un garçonnet agité dans un club de sport et de consulter un-e psychologue pour une fillette agitée. Ou encore : la Mairie de Paris a offert un lot de 24 brosses à dent aux élèves de CP, douze rose et douze bleues !

POUR Info : La mixité à l’école mais aussi la publicité, la famille, la télévision etc. induisent un apprentissage des rôles sociaux sexués chez les filles et les garçons. Comment interviens-tu pratiquement pour contrecarrer des situations où filles et garçons jouent et se conforment presque « spontanément » à leur rôle de sexe ?

Tout d’abord, je m’informe régulièrement des textes et recherches qui paraissent sur l’éducation et le genre. C’est déjà pas mal ! Ces travaux me permettent d’acquérir une intelligibilité antisexiste que je m’efforce de mettre en pratique dans la classe. Par exemple : veiller à l’attribution des places de chacun-e en classe pour favoriser les échanges entre les filles et les garçons ; veiller à l’implication des enfants dans les différentes activités sportives (si on doit encourager les filles à prendre des risques et à prendre leur place dans un jeu collectif, il importe aussi d’encourager les garçons à s’exprimer dans des activités dites féminines, comme la gymnastique, la danse…) ; être attentif-ve à l’expression des émotions de tous les enfants sans négliger et réprimer la tristesse des garçons, équilibrer « les jugements esthétiques » tant pour les filles que pour les garçons : ne pas hésiter à complimenter aussi un garçon pour sa jolie chemise ou sa nouvelle coupe de cheveux ; exiger que les soins qu’on attend d’une fille (belle écriture, cahiers bien tenus, affaires rangées) soient les mêmes pour les garçons. Ensuite, sur la question de la distribution de la parole, je veille à interroger équitablement les filles et les garçons autant en mathématiques et sciences qu’en lecture, autant pour le rappel d’une leçon de la veille que pour l’apprentissage d’une nouvelle notion. Par exemple, lors de la lecture d’un texte sur le bricolage, j’essaie de faire en sorte que tout-e-s les élèves s’approprient le vocabulaire des outils. En effet, la tentation est grande de privilégier la prise de parole des garçons. Enfin, je m’adresse aux élèves en utilisant le masculin et le féminin et pas seulement le masculin prétendu neutre. Les filles ont leur petit cahier d’écrivaine et les garçons leur petit cahier d’écrivain. Je privilégie des exemples qui s’émancipent des stéréotypes de sexe : des femmes pompières côtoient des papas qui repassent le linge… Interroger ses pratiques professionnelles sur la question du genre n’a rien d’une évidence, c’est un travail de Sisyphe. Ce souci s’articule avec la nécessité de transmettre ce questionnement sur les stéréotypes sexistes, d’amener les élèves à s’interroger eux-mêmes et leur environnement. A cet égard, je propose des séances de réflexion avec différents supports.

POUR Info : Quelles sont tes ressources pédagogiques pour lutter contre les stéréotypes sexistes ?

Au fil des années, j’ai glané des images, des textes, des publicités, des documents tantôt sexistes, tantôt antisexistes pour sensibiliser les élèves aux stéréotypes de genre. Je leur montre par exemple des reproductions de portraits d’enfants du 18ème et 19ème siècles (tableau de A. Anker : La fillette au pantin et tableau de Sir Joshua Reynolds : Master Hare) qui ne sont pas du tout conformes avec les codes de genre actuels. Un petit garçon habillé en robe de soie et aux cheveux longs blonds et bouclés et une petite fille aux cheveux courts avec un veston bleu tenant un pantin. Je me sers des dictionnaires junior afin d’analyser les définitions, exemples, les illustrations de noms de métiers, des attributs sexués (fort-e, joli-e, propre…). J’emploie la littérature jeunesse antisexiste comme les albums et petits romans de Talents Hauts (www.talentshauts.fr), les livres conseillées par la librairie féministe Violette&Co. Vous trouverez de nombreuses références en littérature et documents pédagogiques sur le site de l’association Mix-Cité (www.mix-cite.org rubrique Education).

Entretien réalisé par
Thomas Lancelot


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