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Orientation des filles : Evolution ?

mardi 13 octobre 2009  Enregistrer au format PDF

DON’T WORRY !
LES FILLES SONT MEILLEURES ÉLÈVES MAIS L’ORDRE DES CHOSES NE CHANGE PAS !


Les dirigeants, hommes d’Eglise ou politiciens, ont longtemps écarté les filles de la sphère scolaire. Toutefois, depuis que l’Etat s’est doté d’un projet scolaire ambitieux, impliquant que tout enfant doit bénéficier d’un enseignement identique quel que soit son milieu social et quel que soit son sexe, les filles n’ont cessé de prouver que leur supposée « nature » n’entravait en rien leurs capacités dans les champs du savoir. Aujourd’hui, les enquêtes sur l’école révèlent qu’elles réussissent d’ailleurs mieux que les garçons, les résultats du brevet des collèges, du brevet d’étude professionnel ou du baccalauréat sont autant d’indicateurs de leurs succès. Pourtant, ce constat n’est pas aussi « rose » que l’on pourrait le croire. A l’instar d’une division sexuelle des métiers, il existe une division sexuée très marquée des filières d’enseignement. Et cette sélection sexuée est pernicieuse au sens où elle ne s’effectue plus aux portes de l’école mais bien en son sein.

Au collège, alors que les filles sont plus nombreuses (57,8 %) dans les filières européennes ou internationales (1), alors qu’à résultats équivalents elles émettent des vœux de poursuite d’études semblables (2) à ceux des garçons, on observe une forte différence sexuée en seconde dite générale. En effet, une récente étude de la DEEP (3) révèle que les classes à option de détermination Art ou LV3 sont composées à 74 % de filles, alors que les classes à options ISI, MPI, ou PCL (4) sont elles constituées à 84 % de garçons ! En classe de première ST2S (5), les filles représentent 97 % des effectifs, tandis qu’en première option informatique et systèmes de production elles ne sont présentes qu’à hauteur de 6 %. De façon plus générale, les filles s’orientent davantage en L (79 % des effectifs) et en ES (62 %) et les garçons en S (54 % des effectifs) et en STI (90 %).
Une analyse plus fine de cette étude aggrave cette observation, car sur dix garçons qui se jugent très bons en français, seul 1 sur 10 est orienté en L, alors que sur dix filles qui se jugent très bonnes en français, 3 sur 10 sont dirigées vers la filière L. Quand ils se jugent très bons en mathématiques, 8 garçons sur 10 sont dirigés vers la filière S alors que lorsqu’elles se jugent très bonnes en mathématiques, 6 filles sur 10 sont orientées en S.
Une question essentielle s’impose : quelle est notre part de responsabilité, en tant que parents, en tant qu’enseignant-e-s, dans les conseils de classes et ailleurs, pour préférer orienter nos filles vers des filières qui, dans les représentations communément partagées, sont sensées correspondre aux qualités morales présumées innées des femmes : sensibilité, douceur et intuition…

En ce qui concerne la répartition sexuée en enseignement professionnel, qui accueille environ 700 000 jeunes élèves chaque année (46 % de filles), les constats sont encore plus préoccupants. Les études (6) du ministère de l’Education Nationale révèlent que les filles représentent 70 % des effectifs dans les filières du service et seulement 13 % dans les filières de production. Sur les 30 spécialités de formations proposées en CAP et BEP production, elles ne composent que 13 % des effectifs et, de surcroit, 15 filières, soit la moitié, sont constituées à plus de 90 % de garçons. Rappelons que le secteur Production en lycée professionnel prépare environ 500 000 élèves chaque année (7).

La parité, pourtant tant convoquée dans le débat public, est loin d’être une réalité dans la sphère scolaire. Une réelle orientation sexuée persiste et, au même titre que l’école reproduit les inégalités sociales, elle reproduit les inégalités de sexe. Et cette division scolaire sexuée est en parfaite cohérence avec la répartition sexuelle des métiers où, malgré une apparente harmonisation des comportements professionnels, les métiers féminins sont en fait peu diversifiés (8), les emplois à responsabilités sont bien moins proposés aux femmes qu’aux hommes, une forte concentration de femmes occupe des postes peu qualifiés, ou encore, pour un travail identique, leurs salaires sont toujours inférieurs à ceux des hommes. Ces éléments, parmi d’autres, révèlent qu’école, emploi, et activité professionnelle sont encore, au XXI° siècle, des réalités sociales fortement marquées par la différence sexuelle.

Ah ! Société patriarcale, quand tu nous tiens….

Sigrid Gérardin

1 Filières ou, malgré les objectifs annoncés d’un meilleur apprentissage des langues étrangères pour tous, la sélection s’opère exclusivement sur les bons résultats des élèves.

2 Lorsque les notes oscillent entre 9 et 13 au contrôle continu du brevet, 77 % des garçons veulent s’orienter en seconde générale et technologique et 20 % en BEP. Les filles, dans la même situation, font des vœux identiques, respectivement 78 % et 19 %.

3 Source : MEN-MESR-DEPP, panel de la DEPP - Élèves entrés en sixième en 1995.

4 Respectivement : initiation aux sciences de l’ingénieur, mesure physique et informatique, physique et chimie de laboratoire.

5 Sciences et techniques sanitaires et sociales (remplace la filière sciences médico-sociales).

6 Voir les études de la DEEP, Repères et références statistiques, Edition 2006 : La répartition des élèves préparant un diplôme professionnel selon les spécialités de formation.

7 En 2005, selon l’étude de la DEEP, les lycées de métropoles et des DOM-TOM préparaient 524 000 élèves à un CAP ou BEP.

8 La moitié des femmes actives se concentre sur seulement 20 % des métiers et 86 % des femmes actives travaillent dans le secteur tertiaire qui occupe à lui seul 73 % des actifs. Voir Bereni L, Chauvin S, Jaunait A, Revillard A, Introduction aux Gender Studies, De Boeck, Bruxelles, 2008, tableau 7 page 130


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