Pour Info - FSU - En ligne


Accueil > Archives > Année 2007-2008 > N°411 - 07/04 au 11/04 - 2008 > Pourquoi un (des) masters pour les métiers de l’enseignement ?

Pourquoi un (des) masters pour les métiers de l’enseignement ?

lundi 7 avril 2008  Enregistrer au format PDF

Document de travail à l’usage des militants FSU élaboré par le groupe intersyndical Formation des maîtres SNEP-SNES- SNESUP-SNUEP- SNUipp


A) Une question urgente :

Sarkozy a déclaré dans sa lettre de mission à Darcos « la formation des enseignants devra durer 5 ans et sera reconnue par un diplôme de niveau master ». Le master étant le niveau de reconnaissance européen pour les enseignants, le ministère y travaille déjà. Dans le même temps, les rapports Geoffroy et Pochard prônent le recrutement de « professeurs associés » par contrat et non plus par concours.
Il faut donc s’attendre à des bouleversements dans le recrutement et la formation des maîtres.
Cela peut se traduire par des dégradations bien sûr, mais nous pouvons y voir aussi une occasion de porter plus avant le mandat de la FSU sur l’élévation du niveau de qualification de nos métiers.
C’est donc le moment de réfléchir ensemble et de faire des propositions communes pour, peut être, être entendus. En réaffirmant comme préalable à toute discussion notre attachement aux concours de recrutements de la fonction publique.

B) Élever le niveau de qualification de tous les enseignants :
une nécessité !

Reconnaître la complexité du métier d’enseignant

A l’heure où les ingénieurs et les médecins ont une qualification de Bac+5 et 7, il est difficile de faire admettre que tous les enseignants, y compris ceux de maternelle ou de lycée professionnel, aient besoin d’une qualification de niveau Bac + 5. Et pourtant la formation actuelle est déjà à Bac +5 (plus un complément à Bac+6) et nous la trouvons insuffisante ! Il ne s’agit pas d’allonger démesurément la formation, celle-ci peut être améliorée fortement en réorganisant ces 6 années. Mais pour cela, il faut faire admettre que si l’on veut vraiment faire réussir tous les élèves, s’attaquer véritablement à l’échec scolaire, il faut considérer que l’enseignement est un vrai métier de conception (et non d’application) qui s’apprend !

Pour être en capacité d’assurer leur mission, les enseignants doivent en effet mettre en relation leurs connaissances disciplinaires avec d’autres connaissances (ou réorganiser leurs connaissances au regard d’autres connaissances) : sur le système éducatif, sur les élèves, leurs stratégies d’apprentissages, sur la différenciation, les relations avec les parents, les partenaires de l’école, etc… et acquérir des méthodes pour être en capacité de se former tout au long de la vie.

Le Master, une référence européenne

Un master est aujourd’hui le diplôme universitaire de référence en Europe pour les enseignants. Il valide des connaissances disciplinaires, scientifiques et/ou professionnelles, ainsi que des connaissances transversales (LV, TICE). Il est obligatoirement en lien avec la recherche. Ce diplôme est –dans ses principes – adapté à la formation des enseignants, mais les masters existants ne prennent pas vraiment en compte cette dimension.

C) 5 ans de formation minimum avant d’être en totale responsabilité

La formation des enseignants ne peut se limiter à une simple accumulation de connaissances ni à un formatage, qui permettrait uniquement d’appliquer des consignes, fussent-elles bonnes. La formation est un processus qui demande du temps pour permettre d’articuler progressivement les différentes connaissances.
Abandonner le modèle de formation successif

La formation actuelle ne convient pas. D’abord la formation disciplinaire, puis la formation professionnelle ; ce modèle successif scinde la théorie et la pratique.

Un enseignant, comme un ingénieur, doit théoriser sa pratique pour résoudre des problèmes professionnels. La recherche doit lui permettre de comprendre et trouver au quotidien des solutions aux difficultés des élèves.

Passer à un modèle progressif, en alternance

La FSU propose donc une pré-professionnalisation dès l’entrée à l’université (Licence1) en relation avec les connaissances disciplinaires.
La pré-pro ne peut pas être seulement une information sur le système éducatif et quelques visites dans les établissements scolaires.
Cela demande une articulation entre les cours théoriques à l’université et l’IUFM et le « terrain », avec une formation de « maitres d’accueil » ou conseillers pédagogiques. Progressivement le futur enseignant passe d’une observation réfléchie à une responsabilité partielle pour pouvoir être en responsabilité totale en fin de cursus. Progressivement, ses connaissances disciplinaires s’affinent pour être en phase avec la mission essentielle de transmission/apprentissage.

Le master doit valider cette formation « universitaire professionnalisante ».
La FSU revendique aussi un accompagnement à l’entrée dans le métier
Un première année de titulaire à mi-temps doit permettre une entrée progressive dans toutes les composantes du métier (travail en équipe éducative, relations avec les parents, les partenaires de l’école).

D) Quel(s) master pour les enseignants ?

Les masters actuels sont disciplinaires (master de maths, master de psycho…) et par conséquent peu de masters existants sont totalement adaptés aux enseignants.
Il faut donc inventer des nouveaux cursus débouchant sur un master qui intègrent mieux toutes les connaissances (disciplinaires, didactiques, professionnelles) nécessaires à l’enseignement.
C’est possible, à condition d’envisager des cursus différents (avec une dominante disciplinaire ou pluridisciplinaire) d’ambition égale et de valeur égale suivant les niveaux d’enseignement

L’intégration des IUFM dans l’Université a accéléré la réflexion et certaines universités conçoivent déjà des projets de masters avec une dominante disciplinaire (avec une option enseignement) et d’autres avec des dominantes « enseignement » (avec une option disciplinaire).
Ces nouveaux masters doivent contenir des éléments communs à tous les enseignants, éducateurs et formateurs. Ils doivent en outre être suffisamment ouverts pour permettre aux étudiants de passer d’autres concours (FPT…) ou se reconvertir en cas d’échec.

Tout master étant en lien avec la recherche, ces nouveaux masters, tout comme les autres doivent permettre la poursuite d’étude en doctorat. C’est d’ailleurs à cette condition que des recherches en éducation pourront se développer.

E) Recrutement : modifications en perspective ?

Notre attachement aux concours
En France, l’Éducation Nationale est un service public assuré par l’État qui garantit un enseignement laïque, à l’écart de toute pression politique, philosophique, commerciale,... Par conséquent, les enseignants sont fonctionnaires de l’État. La voie normale de recrutement se fait par concours, moyen le plus sûr de classer les candidats en fonction de leurs seules compétences et de conjuguer un recrutement de qualité tout en assurant l’égalité de traitement des candidats.
Le principe du concours étant acté, il reste à définir son contenu et le niveau auquel il doit être organisé.

Une revalorisation nécessaire
Les métiers d’enseignants, de la maternelle au lycée, et de CPE sont de plus en plus exigeants et réclament aujourd’hui d’être revalorisés.
Reconnaissance sociale : L’intégration des IUFM aux universités permet une reconnaissance universitaire de la formation par l’obtention d’un master.
Reconnaissance salariale : Dans la fonction publique, les grilles indiciaires de rémunération sont construites en fonction du niveau de recrutement, non du niveau de qualification. Aujourd’hui, les enseignants sont rémunérés sur l’échelle indiciaire correspondant à la Licence (bien qu’étant souvent recrutés après une année de préparation et sortant avec un niveau Bac+5 sont payés à bac+3 parce que recrutés à bac+3).). C’est aussi vrai pour des diplômes acquis après la réussite au concours (exemple, les conseillers d’orientation, bien qu’ayant un diplôme de psychologue à Bac+5, sont payés comme les PE ou les certifiés parce que recrutés à bac+3).

Le concours : à quel niveau ?
Les rapports Geoffroy et Pochard ont détaillé les différentes possibilités, sans choisir. Sur les contenus, tous ont mis en avant la nécessité d’épreuves pré-professionnelles.

1- Un concours dès la fin de la licence, suivi de deux années de formation à l’IUFM, débouchant sur l’obtention d’un master. Cette solution impose aux étudiants de préparer les épreuves du concours en même temps que la licence. Vue la charge de travail, les étudiants risquent de reporter le passage du concours à l’année suivante, ce qui reviendrait, par rapport à la situation actuelle, à reculer d’une année leur titularisation. Un recrutement à ce niveau ne peut prendre en compte sérieusement les aspects pré-professionnels, ouvrant la porte à des QCM ou épreuves peu ambitieuses. C’est aussi renoncer à la préparation des concours par les IUFM.

2- Un concours au cours de la première année d’IUFM, suivi d’une année de stage, débouchant sur l’obtention d’un master. Cette solution revient à conserver la situation actuelle, en offrant l’avantage de reconnaître la première année d’IUFM comme une année de formation – sous réserve de revoir les contenus de concours. Par contre, elle offre peu de perspectives en terme de revalorisation salariale.

3- Un concours au cours du master ou après l’obtention de celui-ci. Cette solution permet d’envisager une revalorisation salariale et une élévation du niveau de formation. Beaucoup d’étudiants ayant déjà une maîtrise ou un master, elle permettrait de réduire les écarts qui existent encore entre étudiants et filières, dans le cadre d’une progression de tous.

Ce schéma ne peut être mise en oeuvre sans une réflexion plus globale sur les cursus universitaires et la mise en place progressive de la pré-professionnalisation, les épreuves et contenus des concours, et surtout, les solutions à envisager pour permettre aux étudiants issus des milieux populaires d’accéder à ce niveau d’étude.

Master contre concours ?
Depuis le début de l’année, une rumeur circule au sujet de la suppression prochaine des concours de recrutement pour les enseignants, qui seraient « victimes » du master. Si les concours sont d’une manière générale, avec la fonction publique, dans le collimateur du gouvernement, notamment à cause de leur prétendue « rigidité » et de leur coût, leur disparition ne serait pas liée à l’attribution du master. En effet, il s’agit bien d’une volonté politique de réduction de l’emploi public qui menace à terme l’existence des concours. En réduisant de façon dramatique les recrutements, l’institution devra faire appel à des personnels non titulaires, et ce au détriment de l’emploi statutaire. Cette politique n’est cependant pas liée au niveau de recrutement des enseignants. En maintenant le concours au niveau de la licence, la suppression des concours pourrait être envisagée de la même manière.Les « profs associés » de Pochard et Geoffroy
Les deux rapports proposent et justifient le recrutement d’enseignants hors-concours directement par les chefs d’établissements. Les arguments de Pochard sont la souplesse de gestion et ceux de Geoffroy la crise de recrutement (faux problème selon Pochard) et la nécessité de diversifier les voies d’accès à l’enseignement. Les deux rapports cherchent les moyens de faire des économies sur les concours en limitant le nombre d’épreuves ; les deux souhaitent une professionnalisation des concours, Pochard allant jusqu’à proposer le recrutement uniquement sur une leçon !

F) Des pré-recrutements :
une exigence de démocratisation des métiers de l’enseignement

Une double finalité
- Assurer les viviers d’enseignants
- Remplacer les départs en retraite des 10 prochaines années nécessiterait qu’1 étudiant sur 4 à l’université se dirige vers l’enseignement. Les écarts selon les disciplines sont importants.
Rétablir la mixité sociale dans le corps enseignant

Des enseignants issus de catégories populaires ? A cela deux obstacles : l’un financier (plus les études sont longues, moins elles sont accessibles sans aide), l’autre lié aux représentations (lorsqu’ils sont en réussite scolaire, les enfants des milieux populaires hésitent à se tourner vers l’enseignement).

Avec la "masterisation" des enseignants, la question de la démocratisation de l’accès au métier devient donc plus sensible encore.


Définir les critères du pré-recrutement

Le pré-recrutement est une "pré-sélection" qui engage le profil des futurs candidats et donc le recrutement lui-même.
Quel profil de professionnel souhaite-t-on recruter ? Doit-on privilégier l’excellence scolaire ? les compétences attendues ? l’approche du métier, du Service Public d’Education ? doit-on tenir compte de critères sociaux ? des expériences professionnelles ?
Rappel des mandats FSU : « des pré-recrutements sur critères d’excellence universitaire ».
Rappel historique : L’Ecole Normale offrait une prise en charge financière dès la 3ème, sur critères scolaires, et les enseignants incitaient les élèves de milieu populaire à devenir enseignants ; la sélection pour les IPES à BAC +2 tenait compte du niveau universitaire uniquement ; la commission Pochard propose de prendre en compte les critères sociaux et scolaires.

Des universités se posent déjà la question : faut-il vérifier à nouveau l’excellence scolaire pour entrer à l’IUFM quand les diplômes universitaires l’ont déjà fait ?

La place du pré-recrutement
Elle dépend des objectifs et des publics ciblés :
- avant le BAC (enfants issus de milieux populaires ? ZEP ?)
- au cours de la Licence (pour tous ?)
- à L3 (dans une grande proportion par rapport au nombre de recrutés final)
Ces dispositifs peuvent exister simultanément. Chacun d’eux ouvre droit à un statut (rémunération ? engagement ?...).
Les modalités de sélection sont déterminantes : dossier ? entretien ? épreuves de sélection ?
Dans tous les cas, Le développement de la pré-professionnalisation dans les parcours universitaires devient incontournable.

Éviter le recrutement trop précoce et les parcours à débouchés limités
Il ne doit pas y avoir de parcours unique, les concours doivent être accessibles dans les cas de réorientation en cours de cursus universitaire, reconversion professionnelle...
Ces dispositifs doivent s’accompagner de règles pour ceux qui ne deviendraient pas enseignants (échec au concours, réorientation...).

G) Un master pour tous via la Formation Continue…

Si demain tous les jeunes enseignants ont un master, les « anciens » ne peuvent rester sur la touche ! Le master va devenir la référence pour la mobilité interne
à l’éducation nationale (formateur, personnel de direction, changement de niveau d’enseignement…) et les reconversions.

La formation continue, la VAE doivent permettre à chaque enseignant qui le souhaite d’obtenir un master, cela suppose d’augmenter très fortement les offres de formation, d’inventer et proposer à tous les enseignants des nouveaux congés formation.

H) La formation est un investissement !

Les réformes du gouvernement sont en grande partie pilotées par la réduction des coûts. Les revendications de la FSU supposent des moyens et des postes : pré-recrutements, épreuves de concours revues, accompagnement des stages sur le terrain, stagiaires qui ne soient pas des moyens d’enseignement, développement de la recherche et de la formation continue, formation de formateur… Sans cela, aucune réforme ne permettra un bond qualitatif de la formation ! Formation plus en prise avec les besoins du métier, en lien avec la recherche et stimulant cette recherche, reconnue par un master, tout en conservant des concours de recrutement d’enseignants fonctionnaires.


RSS 2.0 | Plan du site | Réalisé avec SPIP | Site national de la FSU