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Rapport d’activité 2009-2010

vendredi 19 novembre 2010  Enregistrer au format PDF


Présenté par François Bouillon,
Président sortant de l’Institut de recherches de la FSU

Avant de faire le bilan de l’année 2009-2010 et d’esquisser très succinctement le programme 2010-2011 qu’il appartiendra à d’autres de mettre en œuvre, je ferai un retour sur le sens qu’a pris ces dernières années l’institut à travers notamment la création et l’évolution des chantiers de recherche.

Ce retour est l’objet du préambule.

Il est naturellement possible de le laisser de côté et de passer directement au bilan 2009-2010 et aux perspectives 2011.


Préambule
A.- Genèse et formalisation des chantiers de recherche dans la longue durée

A l’origine de la création de l’Institut de la FSU, il y a l’objectif de faire travailler ensemble chercheurs et enseignants du primaire, du secondaire, du supérieur et d’être « un Institut scientifique au service du mouvement syndical qui entend associer à la rigueur de sa démarche scientifique la préoccupation d’intelligibilité et d’appropriation de ses divers travaux par les adhérents du mouvement » (statuts de l’Institut). Cette ambition se traduit aujourd’hui dans l’organisation du travail en « chantiers de recherche » composés d’universitaires et d’enseignants, d’autres personnels de l’éducation nationale syndicalistes, dont la finalité est la production de connaissances nouvelles. Dans le cadre d’une subvention globale attribuée par l’Etat à la FSU pour ses activités de recherche et de formation, chaque chantier de l’Institut est doté d’une ligne budgétaire propre. Il a aussi quelques heures de décharge pour quelques enseignants du primaire et du secondaire et, pour cette année 2009-2010, un tiers de service d’enseignement de décharge pour deux enseignants-chercheur. Les autres enseignants-chercheurs qui participent aux chantiers le font bénévolement. De surcroît, depuis deux ans, l’Institut apporte une contribution financière à deux doctorants investis dans deux chantiers différents.

Chaque année, le conseil scientifique de l’Institut, auquel appartient une vingtaine de chercheurs ou d’enseignants-chercheurs émet un avis sur le travail et les orientations de chaque chantier. Pour l’année 2009-2010, l’objet principal de recherche de ces cinq chantiers est respectivement : le travail, le Nouveau management public (NMP), les discours critiques sur l’école (www.Institut.fsu.fr/blogchantiers), la condition enseignante, les politiques néolibérales (www.mutations-Institut-fsu.org/.).

Ces chantiers ont été formalisés en 2006. Trois d’entre eux - Politiques néolibérales, NMP et Travail- sont l’émanation de groupes de travail nés antérieurement de rencontre entre des chercheurs et des acteurs par des voies diverses. Le chantier « politiques néolibérales », le plus ancien en termes d’équipe constituée, a été porté à l’origine par Christian Laval et Louis Weber, président de l’Institut de l’époque, et donne naissance, rapidement, au « Nouvel Ordre éducatif mondial » (2003). Le chantier NMP, né de la rencontre entre Evelyne Bechtold-Rognon et Thomas Lamarche, rejoints rapidement par Romuald Normand et Pierre Moeglin, travaille dès 2003 sur la problématique « Capitalisme et éducation » qui donne le jour au livre éponyme. Le chantier travail est né de l’interpellation de l’Institut par une consultante-chercheuse, Christine Castejon, entrant en résonnance avec les préoccupations de deux acteurs-syndicalistes, Yves Baunay et Daniel Rallet. Quand aux deux chantiers les plus récents l’un - Critiques de l’école - est la traduction d’une idée de Michel Deschamps ; rejoint par Gabriel Langouet, Gérard Blancheteau, Danielle Czalsinki ; l’autre –Condition enseignante- a eu comme porteurs de projet, Régine Tassi et Denis Paget, a déjà assuré la coordination d’un livre-phare de l’Institut : « Aventure commune et savoirs partagés ».

Au-delà de ces rencontres et intérêts communs qui signent l’ouverture des chantiers, quelles sont les raisons de fond qui ont présidé à leur émergence et quelle est leur relation avec les préoccupations syndicales ? Pour le plus d’ancien d’entre eux, il y a trois éléments qui se sont coagulés : un lien d’emblée très fort avec le mouvement altermondialiste naissant ; une réflexion sur les nouvelles technologies et son lien à la « marchandisation » ; une convergence d’un ensemble de travaux « indépendants » menés par un certain nombre de chercheurs et de syndicalistes liés à l’Institut (Yves Careil, Guy Dreux, Christian Laval, Daniel Rallet, Francis Vergne…). Cette coagulation a débouché sur l’analyse des politiques économiques internationales. Les dossiers de Nouveaux Regards - revue qui est un pôle fédérateur et d’identité pour l’Institut -, les articles dans la presse syndicale, la participation à ATTAC de plusieurs membres de l’Institut a fourni les matériaux du « nouvel ordre éducatif mondial » (Syllepse). Ce livre est publié en même temps que celui d’Yves Careil « Ecole libérale, école inégale ». En même temps, en mars 2003, Christian Laval publie le fruit de dix ans de travail « L’école n’est pas une entreprise ».

L’ambition de ce chantier était de prendre en charge l’analyse des politiques néolibérales dans le champ éducatif, occupant ainsi un terrain qu’ATTAC n’a pas réussi à occuper, ni d’ailleurs les forces syndicales. L’écho est particulièrement vif dans les sections départementales de la FSU. La campagne de 2005 sur l’Europe est un relais. Articles, débats, le tour de France reprend. Simultanément, on observe une reconnaissance progressive à partir de 2005 des milieux académiques. Invitation à des séminaires, liens accrus avec des sociologues de diverses obédiences (Stéphane Beaud, Alain Caillé, Bertrand Geay, Jean-Pierre Terrail, Agnès van Zanten…) qui font référence à ces travaux, de manière parfois critique. Depuis 2007, le chantier accumule les matériaux pour des publications dont la première livraison, au congrès de la FSU, en février 2010, est « la Grande Mutation », essai sur les politiques éducatives européennes (Isabelle Bruno, Pierre Clément, Christian Laval).

Qu’est-ce qui fait obstacle dans l’action syndicale à l’appropriation des productions de la recherche ou, au contraire, la facilite ? A l’instar du précédent chantier, celui ayant pour thème « le travail » fait le même constat concernant son rapport aux structures syndicales nationales. Né du constat partagé entre des acteurs et des chercheurs que les syndicats, préoccupés prioritairement par la question de l’emploi, laissaient de côté sa chair, à savoir le travail comme activité, le chantier « travail » a mis en son centre le travail dans lequel les êtres mettent beaucoup d’eux-mêmes comme êtres actifs, souffrants, aimants, rêvant. Pour explorer ces dimensions de l’activité humaine, ce chantier a multiplié les rencontres entre chercheur-e-s explorant les enjeux anthropologiques de l’activité de travail. Du côté des militants de la FSU, il contribue ainsi à sortir du déni le travail réel par-delà le travail prescrit. Il participe à la prise de conscience grandissante que le travail est un problème de société.

La genèse du chantier Nouveau Management Public (NMP) se confond, comme le chantier « politiques néolibérales » avec l’arrivée en 1998 d’une équipe renouvelée à la tête de l’Institut. Il hérite d’une question proprement syndicale : quels sont les rapports entre les formes d’organisation de l’économie et les mutations imposées à l’éducation ? C’est une thématique qui identifie l’Institut et qui répond à une demande toujours renouvelée des militants. Ramification des collectifs qui ont porté le « Nouvel Ordre Educatif Mondial », le chantier a poursuivi les analyses des systèmes éducatifs en Europe et dans le monde, en lien avec les organisations du capitalisme. A cette fin, il fait le détour par certains domaines ou problèmes « micro » : les TICE, la question salariale, les corps intermédiaires dans la réforme de l’Etat.

Créés récemment, en 2007-2008, les chantiers « condition enseignante » et « l’école et ses critiques » n’ont pas la même origine. Le premier est né au sein de l’« équipe », cellule intellectuelle de l’Institut, du sentiment que le métier d’enseignant était mal connu et, qu’en même temps, il était de plus en plus central dans la réflexion des syndicats concernés mais aussi au niveau des instances internationales. Pour faire émerger la face cachée du métier une équipe s’est constituée qui a conduit des entretiens auprès d’un échantillon d’enseignants s’efforçant de refléter la pluralité des situations institutionnelles.

Le second chantier, dernier né, a été introduit dans la vie de l’Institut comme proposition par le premier secrétaire général de la FSU, Michel Deschamps, auquel se sont joints rapidement des acteurs-syndicalistes et des chercheurs. L’hypothèse de base est qu’au niveau du système éducatif s’amorce en ce début de siècle une mutation profonde qui se traduit par l’émergence d’un nouveau discours sur l’école. C’est pourquoi ce chantier a pour matériau les discours sur l’école dans trois domaines délimitant des corpus (presse, livres, publications des associations…). Idéalement, le chantier aurait dû embrasser l’ensemble du discours médiatique, les productions scientifiques, les essais, les témoignages ainsi que les publications militantes. La faisabilité de la recherche impliquait de fixer des limites, temporelle, la décennie 2000-2009, et thématique, les discours généralistes sur le système éducatif. Malgré cela le corpus reste considérable. D’ores et déjà, le gros travail de recherche fourni permet de dégager un questionnement commun qui peut sembler possible d’appliquer aux trois corpus, au moins à titre d’hypothèse.

B.- La coopération des acteurs et des chercheurs dans l’institut : réussites et obstacles

En règle générale, chaque chantier a comme objectif de publier sous la forme d’articles dans la revue de l’Institut, Nouveaux regards, ou sous la forme de livres dans les collections de l’Institut chez deux éditeurs (Syllepse et Du temps). Quelques ouvrages publiés sont le fruit d’une coopération entre acteurs et chercheurs (ils sont coproduits). L’objectif des chantiers est, de ce point de vue, de produire voire de créer en commun, chercheurs et acteurs, des analyses et des concepts. D’emblée, il existe une connivence intellectuelle entre les catégories d’acteurs impliquées qui les met en quelque sorte de plain-pied. Cette « égalité » estompant ainsi les différences statutaires et se traduisant par la production de livres qui ont contribué fortement à l’identité de l’Institut.

Comprendre la vie des chantiers, c’est aussi analyser les raisons qui font la spécificité de l’Institut comme lieu de rencontres fécond entre les chercheurs et les acteurs sans faire l’impasse sur les obstacles pour faire avancer leurs travaux. Du côté des chercheurs, il faut tenter de comprendre l’intérêt qu’ils ont à travailler avec l’Institut. Leur investissement est en effet un peu énigmatique et, spontanément, on aurait envie de dire qu’ils n’ont aucun intérêt à participer à la vie de l’Institut, tout du moins en termes de carrière. Et pourtant, à des titres divers, ils sont plus d’une dizaine à s’investir sur leur propre temps « public ». Faisons l’hypothèse que le fait que l’Institut soit « de la FSU » explique qu’ils sont d’abord là par sympathie militante, même si certains peuvent éprouver la déception de ne pas trouver dans l’Institut la porte qui leur ouvre largement le champ des pratiques. Faisons aussi l’hypothèse que les thèmes larges des cinq chantiers de recherche, en contraste avec les programmes plus « classiques » de recherche soumis aux canons de l’évaluation et du financement académiques, suscitent chez eux un intérêt intellectuel.

Mais ces réussites ne doivent pas donner à penser que le désir de travailler « avec » et « ensemble » soit nécessaire et suffisant pour résoudre la question de la coopération entre chercheurs et acteurs. En effet, du côté de ces derniers, souvent, le premier obstacle à un travail fécond avec les chercheurs est méthodologique. Pour la plupart d’entre eux, non formés à la recherche et par la recherche, la principale difficulté qu’ils rencontrent est d’accepter la réduction du champ d’investigation à un objet bien défini et à s’y tenir. Surmonter cet obstacle suppose une véritable mutation de la manière de voir de l’acteur. Le caractère durable de cette métamorphose dépend de deux conditions. D’une part, le soutien méthodologique des chercheurs dans la vie permanente du chantier est une condition sine qua non pour que le chantier ne dérive pas vers d’autres horizons. D’autre part, pour continuer à trouver de l’intérêt à ce travail en commun, les acteurs doivent y trouver leur compte sous la forme d’une « prime de plaisir », d’une satisfaction qu’ils éprouvent de mieux comprendre l’objet étudié.

Le second obstacle est de l’ordre de l’habitus syndical. Dans la mesure où sont avant tout investis dans les chantiers des enseignants syndicalistes, ils ont tendance à reproduire leurs pratiques anciennes d’organisateur du travail collectif ce qui se traduit par un travail administratif, certes nécessaire à l’organisation du travail de recherche, mais en tout état de cause second. Mais, en même temps, les chercheurs et enseignants-chercheurs sont ainsi déchargés de ces tâches pour lesquelles ils consacrent beaucoup de temps dans leur activité professionnelle. Dans cette division du travail, chacun peut y trouver son compte. De surcroît, ces enseignants syndicalistes peuvent avoir une vision utilitariste de la recherche qui fait qu’ils cherchent plus dans la recherche des arguments ou des hypothèses ad hoc pour légitimer les positions revendicatives des syndicats. Cette culture des résultats utilisables pour l’action peut entrer en contradiction avec la recherche des « vérités » des chercheurs.

Le troisième obstacle, paradoxal, c’est la difficulté qu’ont des acteurs enseignants impliqués dans l’Institut à s’investir dans un véritable travail de terrain, dans les classes en particulier. C’est comme s’ils étaient plus préoccupés des enjeux théoriques ou conceptuels d’un domaine de recherche que de le faire progresser à travers de véritables enquêtes de terrain. Cela peut se traduire par une pulsion à lire toute la littérature produite dans ce domaine. D’où la difficulté qu’ont des chantiers à construire leur base empirique. A l’inverse, des chantiers croulent en quelque sorte sous un matériau empirique et, faute d’hypothèses de départ solidement charpentées, éprouvent des difficultés à l’analyser.

C- Propositions pour aller plus loin dans la coopération

In fine, l’enseignement de la vie « scientifique » des chantiers de l’Institut de la FSU est qu’il y a deux difficultés principales à surmonter pour rendre féconde la conjonction entre chercheurs et acteurs. La première difficulté est manifestement d’ordre institutionnel : l’Institut n’a pas les moyens en décharges de services suffisants pour impliquer plus d’acteurs de terrain et, en même temps, plus d’enseignants-chercheurs dans ses chantiers de recherche. Pour l’essentiel, c’est la FSU et des syndicats nationaux de la FSU qui lui attribuent ces moyens qu’ils pourraient tout aussi bien consacrer exclusivement à la vie militante. Cet effort dépend donc de la conviction et de l’importance qu’ils accordent aux liens entre vie militante et monde de la recherche.

A ce titre, l’histoire de l’Institut de la FSU pose avec insistance cette question des conditions matérielles du « faire ensemble » entre chercheurs et acteurs. Mais ces conditions pour être nécessaires ne sont pas suffisantes. Il ne suffit pas de « mettre ensemble » des chercheurs et des acteurs pour qu’ils soient en mesure de « faire ensemble ». Que ce soit pour les chercheurs ou pour les acteurs, et c’est la deuxième difficulté, il y a un véritable « travail de soi sur soi » à faire pour rendre possible un dialogue fécond et pour produire des connaissances nouvelles susceptibles d’éclairer l’action.

Ce « travail de soi sur soi » est d’autant plus difficile qu’il n’existe pas, au niveau de la formation initiale des acteurs de l’éducation nationale, une véritable formation à la recherche et par la recherche. Malgré la lente universitarisation de la formation des maîtres, nous sommes encore loin d’avoir créé pour le monde de l’éducation l’équivalent des Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) qui lient recherche et formation des praticiens. L’instance universitaire de formation des maîtres devrait être pourtant le premier lieu de rencontre des chercheurs et des acteurs suscitant le désir de recherche et de travail en commun, dans la durée. Que la réforme dite de la mastérisation n’y concourt pas est une évidence dans la mesure où les futurs professeurs auront, d’une part, à mener de front la préparation au concours et le cursus sanctionné par un master et que, d’autre part, la première année après le concours sera dominée par l’exercice en responsabilité dans une classe ! Dans de telles conditions, on voit mal comment la formation des maîtres pourrait rendre possible la formation à la recherche et par la recherche.

Au demeurant, la spécificité intrinsèque de l’Institut est bien de tenter de traiter la tension féconde de la logique de la recherche et de celle de l’action. En dépit de ses insuffisances et des progrès manifestes qu’il doit réaliser, il esquisse les voies d’une conjonction féconde de la théorie et des pratiques. Reste qu’il ne faut pas comprendre de manière idéaliste l’aspiration à travailler ensemble des chercheurs et des acteurs. En réalité, celle-ci n’est pas seulement dépendante de structures d’accueil, elle est surtout en relation avec des changements sociaux profonds qui donnent envie ou non d’innover. Tout au long de la Vème République, elle est liée à des innovations pédagogiques en relation avec des changements économiques, politiques et sociaux profonds.

Aujourd’hui, sur un autre registre, il est possible cependant que nous entrions depuis deux ans dans une conjoncture nouvelle où des travaux comme ceux menés par l’Institut, et d’autres naturellement, suscitent un regard nouveau des chercheurs, à commencer par les universitaires. La grande crise économique et financière mondiale a mis en lumière le rôle structurant du néolibéralisme. De même, dans une déclinaison nationale et européenne du néolibéralisme au plan de l’enseignement et de la recherche, la parution du décret sur les enseignants-chercheurs et, plus généralement, la compréhension des objectifs et des enjeux de la LRU ont modifié le regard que les universitaires portaient sur leurs collègues acteurs et militants.

Mais il serait erroné de limiter les nouvelles occasions ou opportunités de rencontre des chercheurs et des acteurs au seul mouvement de contestation universitaire du printemps 2009. La révision par le pouvoir politique, dans l’enseignement primaire, des « programmes » dits de 2002, notamment par le biais d’un retour à des « fondamentaux » en lecture et en mathématiques, ont suscité des convergences fortes dans l’analyse et dans l’action des chercheurs et des acteurs. Dans un registre similaire, les contestations du bien-fondé scientifique des évaluations en fin de scolarité primaire les mettent de même en résonance. Ils se retrouvent aussi largement dans la dénonciation de la « mastérisation » de la formation des enseignants qui revient à confier des classes en responsabilité à des lauréats des concours sans aucune formation pédagogique préalable, autrement dit à donner le volant à quelqu’un qui n’aurait pas appris auparavant la conduite ! Depuis sept ans environ, ce sont autant de terrains de rencontre entre les chercheurs et les acteurs.


D. La contribution de l’institut

Cependant, tout se passe comme si ces rencontres se faisaient au coup par coup, secteur par secteur, sans véritable mise en commun d’analyses permettant de comprendre les cohérences et les contradictions de la politique éducative menée. Or, si avec des entrées différentes les deux chantiers de l’Institut notamment - « politiques néolibérales » et « l’école et ses critiques » - décrivent le système éducatif en proie à une grande mutation, il n’est guère possible de dire que ce diagnostic soit largement partagé. En ce sens, il est assez étonnant qu’on n’ait pas porté attention au véritable discours de politique générale éducative qu’a prononcé Nicolas Sarkozy le 2 juin 2008, à l’occasion du bicentenaire de la création de la fonction de recteur. Brossant un rapide historique du système éducatif depuis le début du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui, N. Sarkozy en tire l’enseignement que les « inégalités de naissance » continuent à peser sur le destin scolaire : 80 % des enfants de cadres contre 40 % des enfants d’ouvriers font des études supérieures. D’où sa conclusion que la démocratisation de l’enseignement n’est pas achevée et qu’il « faut la poursuivre » mais, dit-il, « la question n’est plus celle de l’accès de tous à l’éducation, mais celle de la réussite de chacun ».

Ainsi cette « nouvelle politique éducative » - il faudrait parler de NPE comme on parle de NMP - se déploie en deux temps : d’abord identifier les problèmes en termes progressistes ; ensuite, leur donner des réponses en réduisant à chaque fois le périmètre de l’Etat comme garant de l’intérêt général. Pour ne prendre qu’un seul exemple repris par le président dans son discours : l’école primaire et la maîtrise des savoirs qu’il dit, à juste titre, insuffisante. La réforme qu’il préconise a deux volets : l’aide individualisée de deux heures par semaine pour les élèves en échec scolaire et la publication de nouveaux programmes scolaires recentrés sur les fondamentaux. Or, ces dispositifs masquent le fond : la suppression de deux heures de classe à l’école primaire.

Dans le même discours, Sarkozy privilégie la même politique de rétrécissement du périmètre de l’école en dénonçant, pour les lycées, « la surcharge des emplois du temps où s’empilent les options ». Dans le même discours toujours, il asserte que la LRU a pour but la démocratisation, alors que le financement des universités, notamment après le grand emprunt, a pour but d’en privilégier quelques-unes au détriment de la plupart et laisse sceptique sur l’objectif gouvernemental d’amener 50 % d’une classe d’âge au niveau de la licence (cf. loi d’orientation de 2005) !

Confrontés à ces cohérences, non dénuées de contradictions fortes, les acteurs sont soit perplexes soit désarmés. C’est comme s’ils les discernaient tout en refusant les explications trop globalisantes. Force est de constater qu’il faudrait reprendre à nouveaux frais les analyses théoriques et la confrontation des chercheurs et des acteurs. Pour ce faire, à l’instar de l’inspiration de « défendre et transformer de l’école », il faudrait inventer de nouveaux forums. Nouvelle étape nécessaire et urgente de leur relation, certes insuffisante. Car, au-delà des analyses critiques et de leur appropriation, l’enjeu est bien la transformation des pratiques. De ce point de vue, il reste beaucoup de chemin à parcourir pour que les chercheurs et les acteurs inventent, ensemble, des alternatives innovantes qui pourraient être portées majoritairement par le monde de l’éducation. Notre conviction est qu’il faut des lieux pour cela. L’Institut y contribue modestement. Plus généralement, il faudrait que les universités qui intègrent les IUFM soient aussi des carrefours pour des rencontres scellant des coopérations durables, innovantes et fécondes.

Bilan de l’année 2009-2010 : le visible et l’invisible 
perspectives 2010-2011

Pour cette année, l’activité de l’institut se distribue en trois pôles principaux : l’édition de livres, l’activité de recherche, l’activité de transmission.

Sans nul doute, le plus visible de l’activité de l’institut fût en cette année écoulée son activité éditoriale. Quatre chantiers continueront leur activité en 2010-2011.

A.-L’activité éditoriale

Nous avons eu à cœur d’être très présent au congrès de la fédération à Lille grâce à des publications récentes, produites pour l’une d’entre elles –« La grande mutation », néolibéralisme et éducation en Europe, d’Isabelle Bruno, Pierre Clément et Christian Laval- dans des conditions acrobatiques.

Le livre de Raphael Szajnfeld – « Une percée flamboyante »- sur les premières années de la FSU rencontre un large public. Il s’est appuyé sur les matériaux du colloque « Naissance de la FSU » de décembre 2006, émanation du chantier « Histoire de la FSU ».

Le livre de Denis Paget « collège commun, collège humain » fait des propositions qui sont incontournables dans tout débat sur l’avenir du collège. A l’évidence, les congressistes ont marqué beaucoup d’intérêt pour ces ouvrages. Ces publications ont contribué à la visibilité de l’institut et ont mis en lumière sa capacité à forger des outils pour éclairer l’actualité et l’action.

Pour une part essentielle ces livres ont été écrits par des membres de l’institut. Ils se vendent bien voire très bien, ce qui contribue à la santé financière de l’institut. En règle presque générale, les livres qui sont produits par des membres de l’institut se vendent mieux que des livres soutenus par l’institut. Il faudra être attentif à cet aspect pour les prochaines publications qui paraîtront au titre de l’institut de recherches de la FSU

Une séance spécifique du conseil scientifique de l’institut, en Juin, a été consacrée à la production éditoriale de l’institut qui en a bien souligné ses forces mais aussi ses faiblesses, y compris d’un point de vue universitaire. Dans l’avenir, il faudra mieux faire intervenir le conseil scientifique en amont de la sortie des livres afin qu’il donne ses avis, toujours précieux, comme il l’a fait à cette occasion sur le livre en préparation sur le « travail enseignant ». Le président du conseil scientifique, Michel Blay, est très soucieux de développer cette mission du conseil.

En outre l’institut a apporté son soutien, sous forme d’une souscription au livre de Robert Hirsch - « Des instituteurs syndicalistes » qui va voir le jour dans les semaines qui viennent ; de même, il a favorisé la traduction d’un livre anglais « Schooling in western Europe » qui pense à ce niveau territorial l’articulation du processus de scolarisation avec le néolibéralisme.

Mais l’activité éditoriale de l’institut ce sont aussi les retouches apportées à la maquette de NOUVEAUX REGARDS dans le but de la rendre encore plus proche des personnels de l’éducation, de la recherche, de la culture, de la jeunesse, de l’environnement. Cet objectif se traduit principalement, d’une part, dans le choix du sujet du dossier principal de NR –Le modèle social français ; les jeunes sans diplôme ; Retraites, l’affaire d’une vie- et, d’autre part, dans la mise en exergue sur la première page du titre du dossier.
L’équipe de l’institut est consciente cependant que ces améliorations pour nécessaires qu’elles soient sont insuffisantes pour assurer une diffusion qui soit à la hauteur de sa qualité avérée.


B.- L’activité de recherche.

Pour moins visible qu’elle soit, l’activité de recherche au sein des chantiers, par essence plus souterraine, a été particulièrement intense.

B.1. Le chantier Nouveau Management Public (NMP) a travaillé la question de la réforme de l’Etat et des transformations de la fonction publique à travers des études sectorielles portant sur le système de santé (Frédéric Pierru), portant sur le justice et la LOLF (Thierry Kirat) et sur les continuités de l’Etat social (Christophe Ramaux). Ce cycle 2009-2010 trouvera son prolongement en 2010-2011 dans la rédaction d’un ouvrage synthétisant ces aspects des transformations de l’Etat, et d’autres comme ceux qui affectent l’université. A titre provisoire, le plan en étant d’ores et déjà dressé, il prend pour titre : « Les nouveaux serviteurs de l’Etat. En outre, dans la même veine, le séminaire travaillera des questions ouvertes au cours de l’année ou soulevées au cours du conseil scientifique de Juin comme la formation des élites, le rapport public/privé, les fonctions publiques d’Etat et territoriales…

B.2. Le chantier « Politiques néolibérales et action syndicale » qui a analysé en 2009-2010 les formes de résistance et de mobilisation dans le champ de l’éducation et de la recherche a eu, en même temps, une forte activité éditoriale déjà soulignée par la parution de la « Grande mutation », le livre sur les retraites de Guy Dreux et Gilles Candar et la traduction déjà mentionnée.

2010-2011, « une année de transition » selon les porteurs du chantier, verra les efforts du chantier portés sur l’analyse des mouvements dans l’école primaire et dans l’enseignement secondaire. En même temps, l’activité éditoriale se poursuivra par la parution chez Armand Colin d’un ouvrage dont le titre, provisoire, est à lui seul riche de résonnances « La nouvelle école capitaliste en France ». En même temps toujours, sera construit, en une sorte de ramification, comme un rameau du chantier « politiques néolibérales » un nouveau chantier ayant pour objet l’émergence voire la constitution d’une « biopolitique économique » normant les comportements, nouvelle police des conduites étayée sur les neurosciences. Ce nouveau-né annoncé s’appellera : « les nouveaux savoirs de la normalisation ».
B.3. Le chantier « travail » tout en poursuivant ses recherches sur les transformations des situations de travail et son lourd investissement dans son activité de transmission des connaissances (cf.infra) a consacré beaucoup d’énergie à la production d’un livre sur le « travail enseignant ». Il est dans la dernière ligne droite.

En 2010-2011, ce chantier connaîtra une troisième phase de développement plus centrée sur l’activité syndicale, nouvelle étape déjà annoncée lors de cette année écoulée et dans le contenu du livre sur le « travail enseignant ».

B.4. Le chantier « Ecole et ses critiques » a consacré l’année 2009-2010 à la fois à asseoir sa méthodologie et à constituer ses corpus à travers trois sous-chantiers liés à une typologie d’écrits : les médias, les productions militantes, les productions intellectuelles.
Deux phases scanderont son travail en 2010-2011. De Septembre à Décembre 2010 il sera procédé au relevé exhaustif des éléments constitutifs des trois corpus ; cette phase débouchera sur une journée de travail, interne au séminaire, en Janvier 2011. De Février à Juin 2011, chacun des trois sous-chantiers (médias, productions intellectuelles, productions militantes) produira un canevas détaillé d’une trentaine de pages. Le travail de l’année sera rendu public par une initiative large en Octobre 2011.

B.5. Est présenté pour 2010-2011 un nouveau chantier baptisé « histoire/socialisme et éducation » (1830-1914) interrogeant les auteurs socialistes dont le désir d’émancipation des femmes et des hommes a été confronté, contradictoirement, à la division du travail. L’ambition du chantier est de comprendre de manière un peu systématique comme au sein du mouvement socialiste (au sens large du terme) ces conceptions émancipatrices de l’éducation se sont articulées à la volonté de transformation de la société. Elle est aussi de comprendre cette histoire pour répondre à certaines exigences du moment présent.
Ce bilan et ses perspectives ont été présentés, au cours de la deuxième édition de la journée « inter chantiers » du 1er Juillet 2010. L’objectif de cette journée, nous le rappelons, et de favoriser les échanges entre les chantiers de l’institut nécessaires compte tenu d’options de recherche partagées (cf. La fiche « politiques néolibérales et actions syndicales »). Au cours de cette journée, l’évaluation a été faite de l’impasse méthodologique et pratique dans laquelle s’est retrouvé le chantier « condition enseignante » qui ne poursuivra donc pas son activité. Au cours de cette journée ont été aussi présentés les deux nouveaux chantiers déjà mentionnés.

C.- L’activité de transmission.

Les résultats de la recherche doivent être partagées et être soumis à l’acceptation ou à la critique des acteurs de la recherche et aussi, pour ce qui concerne l’institut de recherche de la FSU dans sa double finalité de production des connaissances et de compréhension pour l’action, des acteurs de l’éducation, de la recherche, de la culture, de la jeunesse, de l’environnement. C’est pourquoi, il y a en quelque sorte une obligation de publication ou de transmission des savoirs à laquelle les chantiers doivent s’astreindre.
La revue Nouveaux Regards, les livres sont faits pour cela. Mais aussi toutes les réunions des syndicats nationaux et des sections départementales auxquelles ont participé notamment les animateurs des chantiers « travail » et « politiques néolibérales ».
La lettre électronique de l’institut devrait y contribuer. Même si nous n’avons pas réussi à tenir, en cette année 2009-2010, un rythme régulier de parution.
Toujours dans le même ordre d’idées, il faudra en 2010-2011 mener à bien la rénovation du site de l’institut qui n’est plus à la hauteur. A l’évidence beaucoup a été fait, beaucoup reste à faire.


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