Pour Info - FSU - En ligne


Accueil > Archives > Année 2010-2011 > N°474 - Du 22 au 26 novembre - 2010 > Retour du Forum mondial de l’Education (FME) en Palestine

Retour du Forum mondial de l’Education (FME) en Palestine

vendredi 26 novembre 2010  Enregistrer au format PDF


Une délégation de la FSU a participé au Forum Mondial de l’Education qui s’est tenu en Palestine du 28 au 31 octobre 2010.

Le contexte

Encerclé par les colonies,confiné par le Mur, chassé de ses terres, surveillé sans cesse, le peuple palestinien vit dans des conditions dramatiques. La situation générale en Palestine occupée a déjà quasiment atteint le point de « non-retour » et les Palestiniens dans leur ensemble ne se font aucune illusion sur les « négociations ». Le gouvernement israélien actuel, un des plus bellicistes de l’histoire d’Israël, s’emploie à anéantir l’ensemble des chances restantes pour faire la paix, principalement en construisant de nouvelles colonies et en rétrécissant encore plus les horizons des Palestiniens. Ainsi Israël vient d’approuver la construction de plus de 1000 nouvelles habitations dans les colonies illégales de Jérusalem-est.

Et la société palestinienne est divisée, notamment entre le Hamas et l’Autorité palestinienne, mais pas seulement. Cette division est dramatique. L’Autorité palestinienne apparaît assez discréditée ; son « choix » d’accepter les diktats de l’UE ou des Etats-Unis en échange d’aides économiques substantiels est très contesté. Certes à Ramallah et ailleurs ( Tulkarem par exemple), nous avons pu voir des logements, des écoles, des universités en bon état ; certes les fonctionnaires de Cisjordanie ont pu être payés ; certes on sent bien que des Palestiniens sont fatigués , prêts à des concessions et doutent qu’il existe de réelles alternatives. Mais nombre d’entre eux- les réfugiés, les Palestiniens de 48, les habitants de Jerusalem-est constamment jetés à la rue, ceux des villes de Cisjordanie isolés coupés du monde- ne se résignent pas et des formes disparates, éclatées, spontanées de mobilisation, de résistance apparaissent.

Le lancement du Forum mondial de l’Education en Cisjordanie a eu lieu le 28 au matin, dans le quartier de Silwam, où les habitants mènent un combat incessant pour résister aux expropriations. Continuer à habiter là où l’on réside constitue déjà en soi un combat acharné et quotidien contre les tracasseries administratives ou contre les provocations des colons et de la police. L’après-midi, le forum s’est ouvert à Ramallah par une marche pour la paix et un meeting officiel.

La conférence de presse à Silwam a montré ce que Jérusalem représente pour le Peuple Palestinien, l’attachement aux racines arabes de la ville et la lutte contre la politique d’occupation qui vise à établir Jérusalem en tant que capital Juive.

L’isolement de la Bande de Gaza et la fragmentation de la Cisjordanie en plusieurs dizaines d’entités territoriales séparées les unes des autres par des points de contrôle israéliens réduisent et l’ activité économique et l’activité politique.

En cela le fait même que le FME se soit tenu est une victoire. Mais nous avons pu vérifier à quel point celles et ceux qui veulent construire un mouvement et poursuivre la résistance sont confrontés à des difficultés majeures : difficulté pour se déplacer, pour se réunir, pour mener des actions en commun sur l’ensemble du territoire…L’asphyxie économique conduit la quasi-totalité des habitants des territoires palestiniens à se préoccuper davantage de leur survie que de la lutte d’émancipation. Et pourtant, tous les jeunes Palestiniens sont scolarisés. Et les délégués palestiniens ont montré que l’éducation pouvait être un levier pour l’avenir de la Palestine et sa libération. Pendant ce temps, la répression israélienne se poursuit : les incursions, bombardements, assassinats extra-judiciaires… sont fréquents et aujourd’hui près de 12 000 détenus palestiniens croupissent dans les prisons israéliennes.


Organiser un Forum,le défi

Les comités de préparation, constitués d’organisations de la société civile, de syndicats en Cisjordanie et à Gaza, de coalitions civiles à Jérusalem et d’organisations arabes dans les villes de 1948, ont travaillé dans différents sites (Beyrouth, Cisjordanie, Jérusalem, Gaza, et des villes palestiniennes en Palestine occupée de 1948) sous la direction des comités nationaux et internationaux du Forum Social Mondial en Palestine.

La délégation venue de France, avec près de 150 personnes était la délégation internationale la plus importante, suivie par la délégation québécoise ( 50). La délégation de la FSU était de 3 membres mais nous avons rencontré d’autres militants FSU venus avec leur syndicat national (SNESUP) ou leurs associations. Nina Charlier ( SNEP) a présente dans deux ateliers l’expérience qu’elle mène avec la FSGT de formation d’animatrices de sport pour les filles.

Composées d’éducatrices et d’éducateurs, d’enseignant-e-s , d’ étudiant-e-s, d’ universitaires, de journalistes, de syndicats d’enseignants, de militant-e-s d’organisations de soutien à la Palestine, des délégations internationales ont participé au Forum, mais l’éclatement sur plusieurs sites n’a pas rendu visible les quelques 5000 participants.

Les activités – marches de solidarité, conférences, ateliers, activités culturelles, sportives et festives, activités dédiées aux enfants et aux jeunes_ ,étaient organisées simultanément à Ramallah, à Gaza, à Haïfa, à Jérusalem ainsi qu’à Beyrouth, au Liban, pour ceux qui ne peuvent entrer en Israël. Des activités élargies se sont aussi tenues aussi ailleurs partout dans le monde et des vidéos-conférences, comme celle entre Ramallah et Nancy. Tulkarem / Grèce, Tulkarem / Portugal.
En Cisjordanie, la marche des solidarités a réuni 3000 manifestants environ dans les rues de Ramallah. Elle a démarré dans le cœur de la cité de Ramallah jusqu’au Cultural Palace de la ville : ouverture solennelle du forum avec des déclarations d’intention, au cours desquelles les intervenants ont insisté sur l’importance de cet événement, de sa tenue à Ramallah dans un contexte difficile. Ils ont également souligné l’importance de la solidarité internationale et la volonté de contribuer par ce forum à enrichir l’expérience internationale sur l’éducation.

En parallèle, le forum a démarré à Gaza au Hall “Rashad Al-Shawa” avec une participation palestinienne et internationale, défiant le siège israélien imposé à Gaza depuis des années.

Le Forum mondial de l’éducation en Palestine a montré que les Palestiniennes et les Palestiniens ont quelque chose à offrir, non seulement au niveau des moyens de développer une lutte politique pour leurs droits inaliénables, mais aussi au niveau d’une expertise dans le domaine de l’éducation et des échanges d’expériences éducatives.

Ainsi les débats ont porté sur les contenus -le curriculum- notamment en histoire : qui décide, élabore, quel enseignement de l’histoire ? Mais aussi sur le comment et le pourquoi : les pratiques pédagogiques, l’éducation populaire et son lien avec l’éducation formelle, la place du religieux, l’émancipation, l’égalité filles/garçons, l’éducation à la paix et au développement, l’éducation comme outil de résistance, comme outil de développement et la nécessité d’une formation qualifiée pour tous les jeunes. La question du droit à l’éducation face au défi de la mondialisation, les politiques du FMI, les objectifs du millénaire,... ont aussi abordés

Les témoignages des enseignants , des universitaires comme des étudiants sont souvent poignants :
Les tentatives de changement dans l’éducation sont réprimées par le gouvernement israélien et les écoles en Palestine restent sous le contrôle des israéliens. Une véritable censure est appliquée au quotidien sur les programmes et sur la moindre expression concernant l’existence d’une patrie palestinienne. A la moindre occasion, Israël arrête les enseignants, les étudiants et réprime les situations scolaires qui forment à l’esprit critique. Les écoles sont fermées pour servir de bases aux militaires et parfois même pour servir de prisons pour emprisonner les étudiants ou les professeurs. Israël ne souhaite pas que le peuple palestinien puisse se former et il n’est pas rare que l’on ferme les chekpoints lors des périodes des examens ou lors des heures d’ouverture des écoles et des lycées.

L’appel du FME

les partis nationaux palestiniens, à dépasser leur division ; il fait le vœu de l’unité du Peuple Palestinien face à la politique israélienne d’agression. L’appel insiste aussi sur la nécessité de s’occuper de l’éducation des opprimés,- il s’agit notamment des prisonniers politiques, et des plus démunis- en demandant aux gouvernements de dédier une plus grande part de leur budget à l’éducation, en permettant aux enfants de suivre une éducation de qualité dans un environnement sûr et sain.

Et enfin « le Forum Mondial pour l’Education en Palestine affirme sa solidarité et son soutien envers tous les peuples et nations luttant contre l’oppression et l’exploitation, et pour l’expulsion des oppresseurs de leur terre, en mettant en avant sa totale solidarité avec la lute du peuple arabo-palestinien pour obtenir leur propre Etat indépendant et lever le siège de Gaza. Le forum demande également à la communauté internationale d’imposer un boycott sur Israël pour l’obliger à se retirer de la Palestine occupée, à faire partir les colons, permettant alors le retour des Palestiniens sur leur terre, le retour des réfugiés et l’obtention de l’indépendance nationale.

Marylène Cahouet, Nina Charlier, Sophie Zafari


RSS 2.0 | Plan du site | Réalisé avec SPIP | Site national de la FSU