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Retraites : ce qui se joue dans les têtes

mercredi 6 février 2008  Enregistrer au format PDF

Ce texte est issu d’une introduction faite à un stage de la FSU Bretagne sur les retraites, qui s’est tenu à Brest le 20 décembre 2007. Il aborde cinq questions.


1) Le fatalisme

Il est présent dans toutes les têtes. Les « têtes », c’est ce qu’on appelle l’opinion. On ne peut pas gagner sur les retraites sans gagner l’opinion.
Il y a deux versions du fatalisme.
La version hard reprend à son compte le catastrophisme distillé par le gouvernement et les médias : « on n’échappera pas aux conséquences du vieillissement, et d’ailleurs le pire est à venir ».Si on vit plus longtemps, une seule solution : trimer plus longtemps. On sait que ce sera dur, mais fondamentalement, le catastrophisme ne voit l’avenir que comme une punition.
La version soft pense qu’on pourrait faire autrement, mais on est devant un Mur. On a échoué en 2003, comment réussir dans le contexte sarkozyste qui s’annonce encore plus difficile ?
Comment passer de la défensive à l’offensive ? Le plus important, c’est de redonner confiance, de rendre crédible le discours syndical, ou plus simplement de crédibiliser l’espoir. Sinon, il n’y aura pas de mobilisation à la hauteur nécessaire.
Gagner implique de mener la bataille d’idées, de déconstruire le discours dominant, cela veut dire qu’il faut montrer que les questions se posent autrement, et qu’il y a des questions qui sont occultées.
Il faut imposer le débat, mais le débat ne vaut pas par lui-même, ce sont les acteurs qui lui donnent du sens. Il ne faut pas que les salariés et les citoyens soient placés en situation d’extériorité par rapport aux experts qui ont monopolisé ce sujet des retraites.
Les salariés et citoyens ne doivent pas être spectateurs des batailles
d’experts, qui affichent des certitudes et échangent des arguments d’autorité. Notre politique ne doit pas être d’opposer des certitudes à d’autres certitudes, mais de placer les gens en situation de s’emparer du débat et d’introduire le doute qui permet de réfléchir.
La question n’est donc pas de savoir qui croire, mais comment penser.
Une façon d’introduire le doute, c’est de montrer que la question des retraites est confondue à tort avec le vieillissement, il y a des questions sociales dont le discours dominant ne s’occupe pas. C’est une façon de dire que nous, on veut s’occuper de la réalité sociale, et qu’ils sont dans les discours qui masquent celle-ci. C’est aussi une façon d’être à l’offensive, en disant que la question, ce n’est pas de reculer sur des acquis, mais de demander de nouveaux droits qui correspondent à la société d’aujourd’hui.
Ils prétendent que leurs réformes vont « sauver les retraites ». Il ne suffira pas de dire qu’ils font le contraire de ce qu’ils disent, il faut dire que c’est nous qui voulons sauver les retraites et comment.
Pour combattre le fatalisme, il faut mener la bataille d’idées en se préoccupant de ce qu’il y a dans les têtes. Il faut aussi une stratégie syndicale. Ce qu’on verra en conclusion.

2) L’individualisation

Avant les réformes, les règles étaient simples et s’appliquaient à tous. Il était facile de prévoir sa retraite (75 % de….) et chacun pouvait se situer par rapport à des normes sociales (comme les bornes d’âge à 60 et 65 ans) qui constituaient un cadre collectif.
Aujourd’hui, les règles se sont multipliées et compliquées. Chaque assuré est devenu un cas particulier. Quant on présente les réformes, chacun pense d’abord à son cas, pas nécessairement par oubli du collectif, mais parce qu’il pressent que son cas sera différent de celui de son voisin.
Les règles ont été singulièrement compliquées. Par exemple, on pourrait croire que l’alpha et l’oméga de la réforme, la durée de cotisations, est une chose simple. Tragique erreur : il y a deux durées (de services et d’assurance) qui ne doivent pas être confondues car elles ne servent pas à la même chose, et d’ailleurs on ne les calcule pas de la même façon. Et quand on a enfin compris cela, c’est pour s’apercevoir que dans le secteur privé, la durée d’assurance n’a rien à voir avec celle de la fonction publique ! Non seulement chacun devient un cas particulier, mais la multiplication de règles compliquées conduit à ce que des personnes qui sont dans ou qui ont connu des situations professionnelles proches, auront des retraites bien différentes. Ces « injustices de proximité » sont très mal ressenties. C’est flagrant dans le cas de deux femmes fonctionnaires qui ont eu il y a 35 ans le même nombre d’enfants, mais dans des circonstances professionnelles différentes du fait des hasards de la vie, et ces enfants ne comptent pas de la même façon. Il y a de nombreuses règles de ce type, par exemple deux institutrices assises côte à côte dans un stage et qui ne valident pas le même nombre d’années d’Ecole normale, pour des raisons très obscures. Et quand les injustices de proximité se cumulent, cela fait une grande injustice.
Ces réformes reposent sur la promesse de l’émergence d’un individu calculateur, tant rêvé par certains économistes, qui, pour maximiser sa retraite, doit dès le plus jeune âge faire des arbitrages, penser ses comportements professionnels tout au long de sa carrière, ses choix de vie, pour en retirer l’utilité maximum pour sa retraite.
Cet individu soumis à la pure logique de l’intérêt en sera prisonnier : comment agir avec les autres si on est amené à ne penser qu’à soi ? C’est une forme de socialisation qui est censée produire « l’homme nouveau » cher au libéralisme et conduira comme le disait Max Weber au « désenchantement du monde », en reléguant au second plan le rapport aux valeurs.
Cet individu calculateur doit être très performant car s’il doit faire des choix, c’est en situation d’incertitude.

On est entré dans l’ère de la réforme permanente, les règles sont appelées à évoluer dans l’avenir, mais si on sait que cela sera dans le sens de la dégradation, on n’en connaît pas l’ampleur. On peut supposer aussi que de nouvelles règles verront le jour. Comment adapter son comportement à des règles qui n’existent pas encore, mais qui le jour venu auront tout de même un effet rétroactif ?
Si un jour les positions les plus extrémistes (Medef) venaient à l’emporter, comme celle de mettre en place un nouveau régime de retraites avec des paramètres différents (un régime par points par exemple), c’est toute une vie de calculs qui serait mise par terre.L’ « homme nouveau » est donc réputé capable de faire des choix justes en aveugle.

Pour autant, l’individualisation des choix n’est pas un processus à rejeter a priori. L’évolution vers une société où chacun veut peser sur sa propre vie et ne se fond plus dans le collectif est un processus social profond et de long terme. Mais il n’y a pas nécessairement de contradiction entre l’individuel et le collectif. Au contraire pour que chacun puisse se construire, faire ses choix de vie et se projeter dans l’avenir, il faut des repères, un cadre collectif stable, sinon ces choix risquent de perdre leur sens.

Prenons l’exemple de l’épargne individuelle, chacun est libre d’être cigale ou fourmi, mais le sens de ces choix n’est pas le même selon qu’il existe une protection sociale collective ou que l’épargne individuelle est censée se substituer au moins en partie à la protection sociale.
Un effort pour concilier protections collectives et individualisation des choix est nécessaire.
On restera éternellement sur la défensive si on ne se lance pas à la conquête de nouveaux droits qui seront mobilisateurs pour tous ceux et toutes celles qui sont à la recherche à la fois de la reconnaissance, de la sécurité et de la redistribution.

3) L’assuré responsable de son échec

Le discours dominant est fondé sur l’idée du choix. Si vous choisissez de travailler plus longtemps, vous aurez une meilleure retraite. Si vous faites le choix opposé, vous aurez une retraite plus faible. Les réformes instituant décote et surcote relèvent de ce principe.
Cette idéologie de la « retraite à la carte » s’appuie sur la notion de « neutralité actuarielle » qui pose comme principe que je dois recevoir en retraite des prestations équivalentes à ce que j’ai cotisé pendant ma vie professionnelle. La retraite devient un retour sur investissement. Ce discours permet de distinguer le « bon » assuré du « mauvais ». Le « bon » assuré est celui qui par ses choix ne coûte rien à la collectivité. Si je choisis de « travailler moins longtemps », j’en assume la conséquence sur ma pension, je ne la transfère pas à d’autres. A cet assuré vertueux, on va opposer les « mauvais assurés », les « passagers clandestins » comme disent certains économistes, ceux qui cotisent peu, mais reçoivent plus, ou ceux qui cotisent autant, mais vivent plus longtemps. Ces assurés sont implicitement stigmatisés comme « profiteurs » du système.
Dans cette conception qui vaut pour toute la protection sociale, l’assuré est d’abord un fraudeur potentiel qu’il faut responsabiliser en le faisant payer davantage. On retrouve ici les techniques assurantielles : prévenir « l’aléa moral », c’est-à-dire le comportement « irresponsable » d’une personne qui a cette conduite parce qu’elle se sent bien assurée, par des systèmes de bonus/malus comme dans l‘assurance automobile.

Il est nécessaire de déconstruire ce discours.

- Il faut d’abord lui opposer la réalité : beaucoup n’ont pas le choix de leur départ en retraite, et d’autres ont des choix très contraints. Ce discours est très inégalitaire car il consacre la liberté de la minorité qui a un véritable choix.
- Ce discours exclut des choix politiques, par exemple des transferts de solidarité entre assurés. Ensuite, on peut se demander si ces transferts sont légitimes ou non, mais en posant le principe de la neutralité actuarielle, on interdit de fait non seulement les transferts, mais aussi le débat. Empêcher le débat sur les transferts est d’ailleurs la principale fonction de ce discours sur la neutralité actuarielle car ce discours est bâti sur une fiction : en réalité, dans tout système, il y a des transferts.
- Ce discours de la responsabilisation est aussi une théorie de la culpabilisation. Si votre pension n’est pas aussi bonne que souhaitée, c’est la conséquence des choix que vous avez fait. Ce qui est en question, ce ne sont pas des règles collectives, des normes sociales, des choix politiques, non, la question, c’est vous. Ce transfert de la responsabilité (et de la culpabilité) sur les assurés eux-mêmes a une force politique bien supérieure à celle de méthodes brutales posant des interdictions réglementaires : interdit de partir en retraite avant 62 ans par exemple.

4) Le temps

Les retraites, c’est le passé, le présent, l’avenir. C’est d’abord le présent. Or les retraites d’aujourd’hui sont une photographie du passé. Les évolutions actuelles ou à venir n’impactent pas les retraites du présent.
Par exemple, améliorer à partir d’aujourd’hui les conditions de travail, réduire la pénibilité, ne changera pas grand-chose à la volonté des travailleurs usés de partir le plus tôt possible. En refusant d’utiliser la retraite (anticipée) comme moyen de réparation de la pénibilité, on a une position de principe qui peut se défendre (il vaut mieux réduire la pénibilité que d’en réparer les conséquences), mais qui ignore les réalités du temps. D’ailleurs si le Medef bloque la négociation sur la pénibilité, c’est parce qu’il n’a pas l’intention de réparer les dégâts du passé (ni peut-être ceux du futur).
Un autre exemple, avec les droits familiaux et conjugaux : on peut dire, c’est du passé, parce que cela correspond au modèle de la femme « inactive », avec de faibles droits directs, compensés par des droits dérivés du conjoint et des enfants. Modèle dépassé non seulement parce que les femmes ont acquis plus de droits directs par leur activité professionnelle, mais aussi parce que correspondant à une place subordonnée de la femme, au moment où la volonté d’indépendance des femmes les conduit à demander des droits individuels. Mais si on supprime les droits familiaux et conjugaux au nom d’évolutions récentes, ou à venir, ou à confirmer, on tire un trait sur le passé alors que les retraites actuelles des femmes sont le reflet de ce passé..
L’avenir est incertain. Il l’est par nature, mais cette incertitude est amplifiée par des mutations économiques et sociales qui réduisent les protections dont bénéficient les individus.
Face à l’incertitude, chacun recherche des protections. C’est la dimension anthropologique des retraites. On ne peut se construire en vivant au jour le jour, sans pouvoir se projeter dans l’avenir.
Quand les individus étaient pris dans des systèmes de croyances collectives et d’obligations sociales, lorsqu’ils n’avaient d’identité que par rapport à leurs groupes d’appartenance, la question de l’avenir était en quelque sorte confondue avec celle du présent.
Avec le délitement des structures communautaires, l’individu apparaît sans protection.
Robert Castel a bien montré comment alors la propriété privée avait servi de protection pour un petit nombre et comment la protection sociale (qu’il appelle la propriété sociale) avait ensuite permis au plus grand nombre d’avoir la stabilité nécessaire à la construction d’une vie (et de luttes collectives).
Laurence Parisot a une philosophie opposée : pour elle, la précarité est consubstantielle à la condition humaine. Ce discours est en général tenu par des propriétaires substantiels, et lorsqu’ils sont placés dans l’incertitude, leur première réaction est de se protéger du risque (en développant des mécanismes assurantiels comme les marchés dérivés et par exemple les stock options) ou de le transférer sur les autres (l’exemple des « subprimes » est éclairant).Cette philosophie conduit à une politique générale, dont les réformes des retraites ne sont qu’un épisode parmi d’autres, qui consiste à transférer le risque sur les travailleurs.

On voit donc, chez ceux qui le peuvent, se développer des comportements patrimoniaux pour réduire l’incertitude : constituer un capital pour financer les études des enfants, se mettre à l’abri du risque du chômage, d’un divorce, d’une maladie, assurer ses vieux jours. L’épargne salariale dans les grandes entreprises est un peu l’idéal-type d’une protection très plastique, qui paraît adaptée à différents usages, ce qui est une illusion car les techniques de protection sont contradictoires dés lors qu’il s’agit d’échéances différentes dans le temps, comme le montrent les récriminations des gestionnaires de ces fonds contre Sarkozy qui veut transformer en pouvoir d’achat (en salaires) des fonds épargnés pour la retraite.

Si les systèmes collectifs de protection n’apparaissent plus crédibles, la logique patrimoniale va progresser dans les têtes. On va s’orienter vers des systèmes individuels de propriété et d’assurances non pas parce qu’on y croit, mais parce qu’il n’y a rien d’autre qui paraît à portée.

La protection contre le risque peut ainsi devenir une valeur qui prend le dessus sur le principe de la répartition des richesses, la propriété privée étant alors perçue comme une « solution » immédiate, à portée, et peu importe que mon voisin n’y ait pas accès puisqu’il n’y pas d’autre solution crédible.
Dans ces conditions, faire de la morale, fut-elle politique, ne sert pas à grand-chose.

L’effet révélateur du temps
Tant qu’on n’est pas confronté à la réalité de son départ en retraite, on peut ignorer ou sous-estimer les réalités de ces réformes. Aujourd’hui, s’agissant de la fonction publique, on va commencer à entrer dans une période où les conséquences de ces réformes vont devenir visibles. Plus le temps passe, plus ces réformes seront une réalité concrète pour un nombre croissant de personnes.
Si le temps peut multiplier les prises de conscience, il peut aussi conduire à renforcer le fatalisme si d’autres perspectives ne se développent pas.
Mais dans les deux cas, le contexte du débat sur les retraites change et est appelé à changer. 2008 n’est donc pas la répétition de 2003

On peut en tirer trois conclusions :

- Passer à l’offensive, c’est d’abord anticiper. La prolongation des études, le chômage de masse et la précarité qui se sont installés sur le marché du travail depuis le début des années 80, vont avoir des effets décalés sur les retraites.

- Face aux discours qui enfument les débats sur les retraites, s’appuyer sur la réalité va devenir un point d’appui de plus en plus fort, ce qui implique de la connaître et de l’analyser.
La position des différentes générations face à la question des retraites n’est pas la même.

Il faut distinguer :
- La génération qui part ou va partir : en général, on veut partir le plus vite possible, et la crainte de nouvelles régressions pousse dans ce sens. Les dommages subis par cette génération restent limités, sauf dans certains cas.
- La génération intermédiaire (départ entre 2010 et 2020) qui va prendre la réforme de plein fouet, y compris le nouvel allongement de la durée d’assurance s’il devient effectif.
- Les jeunes générations qui font des calculs simples : 26 (âge moyen de recrutement d’un enseignant par exemple) + 42 = 68 ans, sans trop croire à la possibilité de travailler jusqu’à 70 ans, mais sans trop savoir non plus ce qu’il faut croire.

Pour mobiliser, il faudra savoir s’adresser à toutes les générations.

5) De l’équité à la reconnaissance.

La notion d’équité est devenue suspecte du fait que la plupart des régressions se font en son nom. C’est au nom de l’équité public/privé que la réforme de 2003 s’est faite et aujourd’hui c’est au nom de l’équité avec le public et le privé que les régimes spéciaux sont invités à s’aligner par le bas.
C’est au nom de l’équité entre les hommes et les femmes que les droits des mères fonctionnaires ont été réduits, et que les retraites des femmes sont davantage pénalisées par les mécanismes de base des réformes.
C’est au nom de l’équité qu’on prétend développer à coups d‘incitations fiscales des formes d’épargne individuelle et d’entreprise pour certains et qu’on organise la paupérisation des carrières courtes, précaires ou victimes du chômage.
C’est au nom de l’équité entre les actifs et les retraités qu’on prépare une nouvelle paupérisation des retraités.
C’est au nom de l’équité entre les générations et pour préserver les « retraites du futur » qu’on organise le désespoir des nouvelles générations.

Ce combat pour la justice sociale est très important. Nous devons donc retourner l’argument de l’équité à l’envoyeur : vous voulez parlez des inégalités ? Parlons-en !
Pourtant la recherche d’une justice redistributive n’est pas le seul ressort politique à promouvoir. Il y a aussi la question de la reconnaissance. Etre protégé, c’est aussi être reconnu. Si on suit le sociologue allemand, Axel Honneth, le désir de reconnaissance que porte chaque individu, sa volonté qu’on respecte sa dignité sont des ressorts fondamentaux de nos sociétés. Honneth estime que la relation de reconnaissance se fonde sur des droits égaux entre individus, condition pour qu’une personne développe un sentiment de respect de soi. Or les réformes actuelles portent atteinte à ce désir de reconnaissance. D’abord un nombre croissant de retraités vont relever des dispositifs d’assistance et se sentiront mis à l’écart, différents des autres. Ensuite, les multiples différences et inégalités que créent ces réformes vont accentuer le sentiment d’injustice. Enfin, une pension décevante par rapport à ce qui avait été anticipé ou espéré, sera perçu comme un défaut de reconnaissance d’une carrière, d’une vie, d’un travail.
Ce sentiment, très répandu là où la retraite avait été un élément important du contrat fondant un travail, comme dans les régimes spéciaux, ou la fonction publique, est en fait généralisable à beaucoup de travailleurs : une pension décevante sera vécue comme un manque de reconnaissance. C’est sans doute aussi un moyen de lier le combat des différentes générations. On a pu voir dans la grève de novembre des jeunes cheminots s’engager au nom d’une lutte pour leur reconnaissance sociale : ce sont des jeunes qui ont souvent galéré (dans la non reconnaissance) avant d’être embauchés par la SNCF et qui disaient : nous croyons avoir été reconnus par cette embauche, cette réforme des retraites nous rabaisse et porte atteinte à ce que nous croyons être devenus.

Conclusion

Les fondements politiques des réformes de 1993 et 2003 peuvent être regroupés autour de trois grands principes :
- le principe sacrificiel : l’avenir étant une menace (et non une espérance), il faut accepter des sacrifices pour survivre. La déclinaison de ce principe pour les retraites est le « travailler plus longtemps parce qu’on vit plus longtemps » qui concentre en outre toute la philosophie du « bon sens » cultivée de longue date dans une certaine bourgeoisie dont les représentants de Pinay à Raffarin n’ont jamais prétendu être à l’avant-garde de la modernité.
- le principe de transfert de la responsabilité sur les victimes : on l’a évoqué dans le point 3.
- le principe d’instrumentalisation du concept d’équité pour donner une légitimité politique à une construction juridique dont le principal effet est d’accroître les inégalités de pensions.

Si on veut « gagner dans les têtes », il faut combattre sur ces trois fronts.

Daniel Rallet


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