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Rythmes scolaires

lundi 12 juillet 2010  Enregistrer au format PDF


Suite aux déclarations de L Chatel, à la mise en place d’une « Conférence nationale sur les rythmes scolaires » et à l’installation de son comité de pilotage, la FSU, à l’instar de nombreuses organisations, a réagi en publiant le 8 juin un communiqué de presse titré :

« Rythmes scolaires : pour la réussite de tous les jeunes »

La note qui suit a pour but de préparer la discussion sur ce sujet au BDFN du 21 juin, en développant les axes principaux du CP. Plusieurs syndicats nationaux, directement concernés, se sont également exprimés par un CP, et auront la responsabilité de porter dans les débats (national et décentralisés), auprès de l’opinion publique et auprès du comité de pilotage, leur point de vue spécifique sur cette question. Néanmoins, il est important de dégager un point de vue fédéral. La question des rythmes est en effet pour partie transversale :
- Elle concerne tous les niveaux d’enseignement, de la maternelle à l’enseignement supérieur, mais avec une acuité particulière pour les jeunes et leurs familles de la maternelle à la terminale
- Elle touche aux questions scolaires, mais est aussi liée à des enjeux sociaux,
- Elle ouvre un débat sur l’organisation de l’école, mais aussi sur des questions de contenus et de pratiques, de nature éminemment pédagogiques,
- Elle n’est pas sans conséquences sur les conditions de travail des personnels de l’éducation nationale, et pour une part des collectivités territoriales.


Plan de la note :

1) L’opération ministérielle de diversion ne doit tromper personne

2) Les rythmes scolaires ne sont pas responsables de toutes les difficultés des élèves et du système éducatif

3) Les rythmes scolaires ne sont qu’une facette des rythmes de vie des enfants et des jeunes

4) Les enjeux du point de vue de la journée, la semaine, l’année scolaires

5) Les enjeux du point de vue du lien « attention » « activité » et « apprentissages »des élèves : conditions d’enseignement, contenus, pédagogies

6) Et les personnels, dans tout ça ?

7) Les forces en présence

1) L’opération ministérielle de diversion ne doit tromper personne

Avec les Etats généraux de la sécurité à l’école, le ministre a montré son mépris de l’avis des organisations représentatives et des partenaires de l’école. Aucune prise en compte, dans les conclusions, de la richesse des débats et des propositions. Les Etats généraux n’auront été qu’une opération de communication ministérielle et gouvernementale, permettant de renforcer la politique éducative sécuritaire.

Alors que la rentrée se prépare dans les pires conditions dans un grand nombre d’établissements (d’écoles ?) suite aux suppressions de postes, que le projet de budget voit la logique de saignée de l’éducation nationale se poursuivre, que la réforme des collectivités territoriales assèche les budgets des municipalités, départements et régions, que le gouvernement vient de confirmer le projet « brutal et injuste » de réforme des retraites, le lancement du débat sur les rythmes a de toute évidence comme fonction d’occuper le terrain médiatique en ignorant délibérément les effets catastrophiques des réformes éducatives en cours, et sans doute aussi, effet d’aubaine collatéral, d’en profiter pour trouver ici de multiples « gisements » de moyens récupérables. Il ne fait guère de doute que l’insistance du ministre sur l’année très courte et la semaine très chargée, vise à installer l’idée qu’il faudrait réduire le nombre d’heures de cours. D’où l’importance d’un marquage serré du ministère et du comité de pilotage à toutes les étapes du débat. D’où l’intérêt aussi de l’initiative de la JPA (président François Testu) de mettre en place un groupe de travail en parallèle, ouvert aux adhérents de la JPA (FSU, SNEP, SNES, SNUipp notamment).

2) Les rythmes scolaires ne sont pas responsables de toutes les difficultés des élèves et du système éducatif

Nul ne peut contester la nécessité d’améliorer les rythmes de vie et de travail des élèves et étudiants, dans la perspective d’une meilleure réussite de tous.

Cependant, le discours gouvernemental et médiatique tend à laisser croire que les rythmes sont les principaux, voire les uniques responsables de l’échec scolaire d’un nombre important d’élèves. Il est important d’affirmer que les rythmes scolaires ne sont qu’un facteur parmi d’autres de la réussite ou de l’échec. Citons parmi ces autres facteurs, d’un point de vue général, les rythmes de vie et la crise sociale ; d’un point de vue spécifique à l’éducation, les conditions d’enseignement, les contenus enseignés, les pratiques pédagogiques, la formation des enseignants, et chapeautant le tout, l’investissement de la Nation dans son service public d’éducation.

Il est donc important que la FSU et ses SN affirment tout à la fois leur disponibilité pour faire des propositions en faveur de rythmes scolaires pensés dans l’intérêt des jeunes et leur refus de faire des rythmes scolaires les boucs émissaires des difficultés de l’école. Ils doivent donc continuer de mettre en évidence la responsabilité du gouvernement et du MEN sur les questions éducatives : réductions budgétaires et suppressions de postes, réformes en cours, renforcement de la ghettoïsation sociale des établissements, dynamitage de la formation des enseignants...

3) Les rythmes scolaires ne sont qu’une facette des rythmes de vie des enfants et des jeunes

Il est bien sûr indispensable de lier la question des rythmes scolaires à celle plus générale des rythmes de vie des enfants et des jeunes. Par exemple, la fatigue des élèves, dont il est beaucoup question, et dont l’école est communément rendue responsable, est pour beaucoup due à une insuffisance du temps de sommeil. Le coucher trop tardif (TV, vie sociale des familles, jeux d’écrans divers, …), le réveil très tôt (travail des parents et accueil à l’école parfois dès 7h30, ramassage scolaire), dans certains cas l’excès d’activités extrascolaires culturelles et sportives, sont largement responsables de cette fatigue qui rend plus aléatoires les apprentissages et la réussite scolaires. Autres facteurs de fatigue, l’environnement (bruit, espace), la qualité des locaux, les conditions de la restauration, les conditions d’apprentissage des élèves (une classe de 30 élèves est plus bruyante et plus fatigante qu’un groupe réduit...)…

Pour autant, il faut inclure dans la problématique des rythmes scolaires, le « temps de travail » global des élèves, incluant outre les heures de classe ou de cours, le travail à la maison (leçons, devoirs). C’est un élément très discriminant, car d’un côté, les enfants des CSP défavorisées se retrouvent seuls, sans aide et souvent dans de mauvaises conditions pour travailler, alors que d’autres sont aidés dans leur famille, suivent des cours particuliers ou bénéficient de l’aide d’officines privées (largement subventionnées par l’Etat). Cette question se pose depuis l’école primaire jusqu’à la fin du lycée.

Dans la perspective de plus d’égalité, il est important que le système éducatif prenne au maximum en charge l’aide aux devoirs et aux leçons. Le système idéal ne serait-il pas celui où l’élève aurait terminé son travail scolaire à la sortie de l’école, du collège, du lycée, quitte à passer plus de temps en classe, mais dans des conditions - temps pour apprendre, pour faire, pour réinvestir, etc - permettant de mieux entrer dans les apprentissages et de réaliser tout ou partie du travail personnel donné en prolongement des cours ?

4) Les enjeux du point de vue de la journée, la semaine et l’année scolaires

Dans le premier degré, l’application obligatoire de la semaine de 4 jours a entraîné une fatigue des élèves et des enseignants ; les élèves de milieux défavorisés sont plus longtemps livrés à eux-mêmes et les élèves les plus en difficulté sont pénalisés dans leurs apprentissages par les journées surchargées qu’on leur impose avec les deux heures d’aide personnalisée dont ils font l’objet. Le débat sur la semaine de 4 jours avec 6h par jour minimum, reste à poursuivre. Journées très longues, surtout pour les plus jeunes, et pour les plus en difficulté à qui, paradoxe, on ajoute encore à la lourdeur de la journée avec l’AP, avec une pause méridienne qui devrait permettre un vrai moment de détente. Si l’idée de 9 demi-journées par semaine semble être une demande assez générale, le retour au samedi matin ne semble plus à l’ordre du jour.

Au collège et au lycée, la durée de la journée des élèves est très variable selon les jours, les classes, les niveaux de classe, les parcours scolaires choisis. La qualité, les effectifs de la « vie scolaire » (CPE, surveillants, AE) sont déterminants pour que l’établissement soit un lieu de travail pour tous. L’accueil des demi-pensionnaires lors de la pause méridienne doit aussi contribuer à la détente de tous. Il faut mettre fin au raccourcissement de cette pause de midi, justifié souvent par le fait que les conditions d’accueil et de surveillance sont tellement médiocres, qu’il vaut mieux que cette période soit la plus courte possible. On note toutefois que ce sont souvent les élèves de milieux favorisés qui ont les semaines les plus chargées en activités scolaires (avec les options facultatives) et périscolaires (conservatoire, clubs…) ;

Le « modèle Allemand » que le ministre Chatel veut expérimenter, et dont chacun sait maintenant qu’il est contesté et remis en cause là-bas, n’est ni pertinent scientifiquement, ni pédagogiquement acceptable. Il s’appuie sur une conception très hiérarchique des disciplines, et tend à repousser les enseignements artistiques et l’EPS à la périphérie, voire hors de l’école, tout en surchargeant les élèves le matin. Ce n’est pas d’un tel rythme dont ont besoin les élèves en difficulté. Les premiers retours de l’expérimentation « cours le matin, sport l’après-midi » montrent un grand n’importe quoi. Il faut dénoncer cette fausse piste « poudre aux yeux ».

A propos de l’équilibre de l’année scolaire, du nombre de jours de classe, de la durée et du placement des périodes de vacances, il faut noter la duplicité du ministère de l’EN qui, après avoir imposé le passage de 180 jours de classe à 144 (premier degré), met en avant aujourd’hui le faible nombre de jours de classe en France. Dans le même temps, le MEN a mis fin à des expériences d’aménagement du calendrier scolaire dont le bilan était en général positif.

5) Les enjeux du point de vue du lien « attention » « activité » et « apprentissages » des élèves : conditions d’enseignement, contenus, pédagogies

Et si au final, le sujet des rythmes scolaires, et surtout son traitement par les chrono biologistes, était une mauvaise façon de poser la question des conditions à réunir pour que les élèves soient mis en situation de profiter au mieux du temps passé en classe ?

La vraie question n’est-elle pas celle d’une alternance des modes de mise en activité des élèves, à travers l’alternance de travaux en groupe classe complète et en groupes, voire petits groupes, l’alternance aussi de situations d’attention importante et d’activités expérimentales, des mises en activité réelle, des prises d’initiative, des travaux pratiques, plus d’éducation physique et sportive, des ateliers de théâtre, des ateliers scientifiques, … ?

Cela nécessite à l’évidence de repenser l’organisation du système éducatif, non pas dans le sens de « moins d’école » mais dans celui de « plus et mieux d’école » en donnant aux écoles et établissements les moyens en termes de structures pour revoir en profondeur les conditions d’études des élèves (effectifs allégés, plus de maîtres que de classe, classes dédoublées quand c’est nécessaire, locaux spacieux, de qualité et bien équipés, …) et améliorer leur encadrement en dehors de la classe par des équipes de vie scolaire plus « étoffées ». Cela implique aussi un renforcement de la formation des enseignants, à l’opposé de ce qui se met en place actuellement.


6) Et les personnels, dans tout ça ?

Si l’ensemble des problèmes abordés ci-dessus doivent l’être avec comme première perspective la réussite de tous les élèves, il est néanmoins légitime que les propositions qui émaneront du débat ne dégradent pas les conditions de vie et de travail des enseignants, mais au contraire représentent aussi pour eux une amélioration.

Il ne s’agit pas d’alourdir une charge de travail déjà très lourde, à travers une révision à la hausse des services sur un nombre plus important de semaines travaillées dans l’année ? Or, nul doute que la proposition de diminuer les vacances d’été sans contreparties en matière de service hebdomadaire pour les personnels risque de fleurir !

7) Les forces en présence

Le sujet des rythmes scolaires a été mis dans l’actualité par le ministre de l’EN, avec la conférence nationale sur les rythmes scolaires, mais il est à noter que la Cour des Comptes a également traité cette question dans son rapport « l’Education nationale face à l’objectif de la réussite de tous les élèves » (mai 2010), ainsi que le très libéral Institut Montaigne.

La composition du comité de pilotage de la conférence nationale exclut les principaux acteurs que sont les jeunes, les enseignants, les parents. Le secteur privé y occupe une place importante, de même que les chrono biologistes et les représentants institutionnels. Il ne fait pas de doute que la FSU et ses SN devront faire preuve de vigilance tout au long du déroulement de cette conférence, être forces de proposition, et créer les conditions pour que le ministre ne puisse pas rejouer en solo la partition des états généraux de la sécurité. Le danger est réel. L Chatel a écrit (lettre de mission aux co-présidents du comité de pilotage) : « Au terme de cette période, …, je présenterai les orientations retenues et le calendrier de mise en œuvre. »

Par ailleurs, il est plus que probable que les partisans du « moins d’école » (FCPE notamment) ne laisseront pas passer cette occasion de proposer de réduire le temps scolaire. Il nous faudra être clairs et compris sur la revendication du « mieux d’école ».


Note du CA éducation, le 17 juin 2010


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