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Sexisme. L’éducation physique et sportive à l’école : une chance pour l’égalité entre filles et garçons

jeudi 12 janvier 2012  Enregistrer au format PDF


Par Nina Charlier, Professeure d’EPS,
responsable de la commission femme du Syndicat National de l’éducation Physique (SNEP)

Les pratiques sportives se répartissent encore fortement selon l’identité sexuée. Très tôt, les jeunes et leurs parents ont tendance à choisir un sport en fonction de leur sexe.

L’enseignement de l’éducation physique et sportive (EPS) n’ignore pas les conséquences à l’école : problème de motivation face à des activités fortement identifiées masculines ou féminines et gestion difficile de la mixité…

L’EPS, en imposant les mêmes pratiques à des classes mixtes, en réduit la portée sexuée. Elle contribue à une possible déconstruction des stéréotypes et permet aux jeunes de gagner les compétences nécessaires à des choix de pratique ultérieure élargis.
Si le cours d’EPS a été le dernier à devenir mixte, il est souvent considéré aujourd’hui comme un lieu où l’expérience de l’égalité est possible. Les enseignant-es d’EPS essaient de faire en sorte que les différences de sexe ne soient plus un marqueur d’inégalités, actuellement défavorable aux filles. La bataille est longue. D’abord parce que les filles restent minoritaires dans les sports et qu’à l’école leurs notes sont inférieures à celles des garçons. Ensuite parce que beaucoup, dont notre institution, pensent qu’en poussant l’EPS des filles vers des activités d’entretien corporel, on leur donne plus de chance de pratiquer. Les filles n’aimeraient les pratiques physiques que pour se préoccuper de leur silhouette, éliminant tous les autres motifs (sport aux garçons, fitness aux filles ?) ! Il faut refuser de capituler devant cet abandon des fonctions égalitaires de l’école. Les offres de pratique doivent s’ouvrir plus largement aux deux sexes, chacun-e bénéficiant des compétences de l’autre.
L’impact de ces stéréotypes impose de ne négliger aucun des deux sexes dans leur prise en charge éducative. Une attention aux choix d’activités, aux contenus enseignés, aux formes de pratique (des compétitions qui n’éliminent pas les plus faibles, par exemple), à l’évaluation et la notation dévoile des questions lourdes pour l’enseignement.

Nous ne pouvons pas faire « comme si » filles et garçons étaient pareil-les ou comme si les filles n’aimaient pas « naturellement » le sport. Le sport scolaire du mercredi après-midi prouve l’inverse, les filles représentant près de la moitié des effectifs où elles viennent pour faire de la compétition, dans de nombreuses activités.
Il est possible de réduire ces écarts dans le cadre d’une mixité bien pensée. Nos cours d’EPS doivent être réfléchis afin que nos élèves confrontent et s’enrichissent de leurs expériences afin « d’apprendre ensemble ». Vaste programme pour les enseignant-es dont nous entrevoyons quelques obstacles : manque de formation, prédominance des modèles masculins, invisibilité du fait féminin dans les programmes des autres disciplines scolaires et dans l’école en général…
La pertinence de l’enseignement de l’EPS réside aussi dans la recherche d’une égalité de performances, quelles que soient les activités. C’est un enjeu pour les deux sexes. L’école, qui doit dispenser une culture commune, a le devoir de lutter contre les images et les discours qui dévalorisent le féminin et portent préjudice au développement personnel des individus. Elle œuvre plus massivement que n’importe quelle autre institution sportive à la modification et à la diversification des modèles, faisant de l’EPS le terrain d’expérimentation d’une nouvelle chance pour l’égalité entre les sexes tout en contribuant à faire évoluer le sport lui-même.

L’EPS doit participer encore plus à l’acquisition d’une culture commune et diversifiée en permettant aux garçons d’accéder à la sensibilité des disciplines artistiques et, pour les filles, en contribuant au mouvement irréversible de conquête et de transformation du sport par les femmes.

Paru dans l’Humanité des 18,19 et 20 novembre 2011 dans le cadre de la page Des Débats : « Comment mettre hors jeu le sexisme dans le sport ? »


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