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vendredi 18 novembre 2005  Enregistrer au format PDF


La crise que connaissent des quartiers ghettos ou sensibles s’explique par le développement des inégalités, du chômage et de la précarité, par le recul organisé des services publics, de leur présence sur tout le territoire mais aussi des moyens qui devraient leur permettre de répondre aux besoins de tous. C’est une conséquence dramatique d’une politique mar-quée depuis des années par les régressions sociales et par des choix inspirés du néolibéralisme. La crise ne peut se réduire à celle de la jeunesse même si elle est la première concernée par le manque de perspectives.

L’intransigeance gouvernementale et son refus de toute négociation avec les organisations syndicales plongent l’ensemble de la société dans une impasse. Dans ce contexte l’utilisation d’une loi d’exception instaurant un couvre-feu et datant de la guerre d’Algérie est une provocation désastreuse.

La ségrégation urbaine n’a fait que s’accroître ces dernières années, avec des quartiers concentrant des populations de plus en plus exclues. La « politique de la ville » n’a jamais été à la hauteur de ces défis. L’éducation prioritaire n’a jamais reçu les moyens de compenser véritablement les dif-ficultés économiques et sociales des enfants et des jeunes qui lui étaient confiés. La fracture n’a fait que se creuser entre établissements scolaires accentuée par une décentralisation qui met de plus en plus les établissements en concurrence et favorise les contournements de la carte scolaire. Les jeunes de ces quartiers se trouvent confrontés de plus en plus à l’échec scolaire, aux discriminations et au chômage de masse. Ils font l’objet d’humiliations (contrôles policiers), de provocations et de stigmatisations sur fond de racisme latent.

En réduisant les impôts les plus redistributifs, en remettant en cause les garanties collectives, les droits sociaux, le code du travail et les services publics, en accentuant la précarité et les politiques de ségrégation et d’exclusion sociales, la politique des gouvernements Raffarin puis de Villepin tournent le dos à toutes les aspirations exprimées par le mouvement social. Le refus du Gouvernement de répondre aux revendications du 4 octobre en est la dernière illustration. L’absence délibérée de dialogue social et la recherche systématique du passage en force, comme le montre l’interdiction de la grève à la RTM, ne font qu’accentuer la crise comme le montre l’interdiction de la grève à la RTM. Aujourd’hui la jeunesse la plus en difficulté est la première victime de cette politique tant par l’absence de perspective sociale que par la stigmatisation dont elle est l’objet. Dans ce contexte le ministre de l’intérieur porte une lourde responsabilité tant par ses propos provocateurs que par une politique incitant à l’affrontement permanent de la police avec la jeunesse.

Depuis longtemps les personnels qui travaillent dans ces quartiers et en particulier les personnels de l’éducation, les travailleurs sociaux et ceux chargés de l’insertion vivent des situations de plus en plus insupportables et alertent, notamment par des actions revendicatives, sur la gravité de la situation : on a refusé de les entendre, les privant chaque jour un peu plus des moyens de faire face. Si la violence qui se manifeste depuis près de deux semaines n’est pas nouvelle, la nouveauté réside dans sa généralisation et sa durée ; ses conséquences risquent d’être dramatiques, y compris par son caractère autodestructeur. La FSU assure toutes les victimes de sa solidarité et appelle au retour au calme. Cela passe d’abord par l’exigence que toute la vérité soit faite sur le drame de Clichy.

Stopper les violences et rétablir les solidarités est une nécessité. Mais l’arrêt de la violence ne peut passer par une surenchère de répressions, par une dramatisation orchestrée, ni par une stigmatisation accrue d’un certain nombre de quartiers ou la criminalisation de toute une jeunesse. Le recours à des procédures expéditives (comparutions d’urgence) qui ne garantissent pas les droits à une justice sereine et équitable est inacceptable. Les banlieues n’ont pas besoin d’état d’exception : elles ont besoin désespérément de justice, de respect, d’égalité et de perspectives. Le recours au dialogue et à la médiation s’impose ainsi que des signaux forts montrant que le gouvernement a pris la mesure de la situation sur le terrain social et économique...

Ce n’est pas la voie qu’a choisie le gouvernement Villepin : en ignorant délibérément les raisons de la crise, il fait le choix d’accentuer sa politique d’exclusion et de régression. Il dramatise à dessein en décrétant l’état d’urgence qui remet en cause les libertés publiques et peut pousser à l’affrontement. Chaque fois que les libertés publiques seront remises en cause, la FSU s’attachera à proposer aux organisations syndicales et associations de terrain de se réunir pour réagir collectivement avec l’ensemble de la population. Au lieu d’apporter de premières réponses, notamment budgétaires, permettant une lutte efficace contre l’échec scolaire et les discriminations, le Premier ministre symbolise et accentue les orientations de la loi Fillon en proposant d’abaisser à 14 ans l’accès à l’apprentissage organisant en réalité l’éviction précoce du système scolaire des élèves les plus en difficulté. Il remet ainsi en cause l’âge de la scolarité obligatoire. Cette annonce est d’autant plus démagogique que l’apprentissage est déjà pour les jeunes en difficulté marquée par une formation générale réduite de moitié, des abandons massifs en cours de formation, un refus quasi systématique des entreprises de les accueillir. Elle est contestée, y compris dans les rangs des représentants de l’artisanat : l’UPA déclare qu’elle ne peut constituer une réponse pérenne aux difficultés d’insertion des jeunes et qu’elle ne répond pas à la priorité des entreprises artisanales.

Alors que Gilles de Robien aurait dû s’exprimer sur la nécessaire relance de l’éducation prioritaire et sur le fait qu’il faut faire beaucoup plus pour ces jeunes, les déclarations se limitent à la confirmation des choix du gouvernement. Si le recrutement de 5 000 assistants pédagogiques pour les 1 200 collèges les plus sensibles constitue un début de rattrapage, après la suppression de milliers de postes d’encadrement éducatifs ces trois dernières années, cette mesure n’est pas à la hauteur des enjeux et renforce par ailleurs la précarité dans l’éducation nationale.

Le Premier Ministre propose que tous les jeunes au chômage de ces quartiers passent un entretien à l’ANPE sans que les agents de celle-ci aient les moyens de les recevoir et surtout de leur proposer de vraies solutions vers l’emploi ou la formation professionnelle. Aucune des solutions qui s’imposent ou des propositions que nos syndicats proposent n’est simplement prise en compte. Il est indispensable de modifier profondément les politiques économiques et sociales à la fois pour sortir de cette crise et pour répondre aux aspirations et attentes que les salariés ont exprimées jusqu’ici en vain. Il est urgent de casser la spirale du fatalisme, de la désespérance et de la violence en prenant en compte ce qui s’exprime depuis des mois sous des formes diverses.

La crise actuelle suppose de déclarer l’urgence sociale

Dans le prolongement du texte commun « Non à l’État d’exception », le CDFN rappelle son exigence d’une politique ambitieuse pour la jeunesse et donne mandat au secrétariat de rédiger un appel dans ce sens. Dès maintenant, la FSU appelle les personnels à développer les initiatives les plus larges pour le dialogue avec les jeunes et la population contre les violences et pour imposer des mesures sociales d’urgence et refuser l’état d’exception.

La FSU confirme l’appel à assurer largement la réussite de la manifestation nationale pour la défense des services publics le 19 novembre : elle dépose un préavis de grève pour couvrir les personnels qui en auront besoin pour participer à la manifestation.

La FSU considère indispensable une action interprofessionnelle de haut niveau incluant la grève pour l’emploi, les salaires, les pensions, les services publics et l’école, contre les discriminations, la précarité et les inégalités : elle prend acte de la proposition de la CGT et fera tout pour qu’elle débouche sur une action la plus large possible. En tout état de cause, la FSU s’efforcera de créer les conditions pour un appel à l’action des fédérations de fonctionnaires sur les salaires, l’emploi, la défense des statuts et des services publics. La FSU travaillera avec les fédérations de l’éducation, les parents et les associations à une interpellation du Premier ministre afin que soient prises des mesures d’urgence pour la jeunesse en terme de justice sociale, de non discrimination et de moyens pour l’école.

Dans l’éducation le CDFN appelle à la réussite de la grève du 24 novembre dans le second degré et au succès de la journée d’action sup/recherche du 23. Les décisions du Gouvernement, entérinant l’abandon de l’ambition d’une réussite pour tous les jeunes, confirment la nécessité d’une action de grève ou de manifestation nationale la plus unitaire possible contre la politique éducative du gouvernement, la loi Fillon, pour le maintien du collège pour tous et pour d’autres choix budgétaires. La FSU s’engage à construire ce mouvement avec les personnels, les jeunes et les parents.

Les élections professionnelles du 6 décembre revêtent, dans ce contexte, une importance particulière. Elles sont au coeur des enjeux sociaux du moment. Les personnels ont absolument besoin d’un syndicalisme fort, revendicatif et de lutte qui rassemble largement dans son secteur. Le CDFN appelle les personnels à participer largement au scrutin et à y assurer le succès des syndicats de la FSU.

Le CDFN soutient les initiatives prises dans le cadre de la négociation de la convention UNEDIC. La nouvelle convention doit assurer un revenu de remplacement de haut niveau, ouvrir l’accès aux indemnisations en tenant compte de toutes les situations d’exclusion et de précarité. Elle doit maintenir la non- dégressivité, augmenter la durée d’indemnisation et assurer la refonte du fonctionnement de l’UNEDIC. L’appel des quatre organisations de chômeurs pour une journée nationale d’action et de manifestation le 3 décembre peut être le support d’un tel rassemblement.


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