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VIOLS, VIOLENCES SEXISTES, IMPUNITE DES AGRESSEURS, le cas DSK

jeudi 12 janvier 2012  Enregistrer au format PDF


Penser à aider une victime de viol est une chose ; penser à mettre fin au viol en est une autre.
Andréa Dworkin

Depuis le mois de mai, les « affaires » DSK ont exposé au grand jour la permanence, la puissance et la violence du sexisme en France. Leur traitement médiatique, politique et juridique est révélateur du peu d’attention portée par notre société aux violences envers les femmes et au viol en particulier. Ainsi, il a fallu attendre la possible mise en cause de DSK dans l’affaire de proxénétisme de l’hôtel Carlton de Lille pour que cessent enfin les indéfectibles et grossiers étalages de soutien à ce personnage. Le peu de réactions collectives à ces propos inadmissibles et d’un autre âge montre à quel point les stéréotypes de genre sont ancrés dans notre société patriarcale qui nie encore la gravité de ces comportements.

Les propos misogynes et scandaleux exprimés sans complexes par des journalistes, des politiques et de prétendus intellectuels, concernant l’agression de Nafissatou Diallo, sont effarants pour nous toutes et dramatiques pour les femmes victimes de viols. Entre autres : Jack Lang « il n’y a pas mort d’homme » donc un viol n’est pas grave … Aurait-elle dû mourir pour sauver sont « honneur » ? Pour J.F Kahn, ce n’est qu’un « troussage de domestique » propos révélateur quant à sa position sur le viol et son mépris de classe. BHL, lui, voit son ami comme « un séducteur, un charmeur » un séducteur à la française en somme mais surtout pas un possible violeur. M. Aubry et M. Valls, les larmes aux yeux devant les images de DSK menotté parlent d’« insoutenable cruauté ». Toutes ces déclarations, cet étalage de soutiens de classe ont en commun le fait qu’aucun mot , qu’aucune déclaration n’a été adressé à la victime.

Ces propos et ces postures abjectes des agents du pouvoir économique, médiatique, politique doivent absolument être dénoncées car elles véhiculent l’idéologie dominante d’un patriarcat qui ne tient pas compte des lois les plus récentes et continue à faire régner cette idéologie dans notre société au détriment de la moitié de l’humanité : les femmes. Tous, médias, politiques, intellectuels collaborent à présenter les viols et les violences comme un phénomène asexué. Or, les violences faites aux femmes, qu’elles soient des agressions sexuelles, des viols, des meurtres, des violences conjugales, économiques et/ou psychologiques se définissent précisément par leur caractère sexué et s’exercent dans un contexte de domination d’un sexe sur l’autre. Les femmes subissent ces violences par le fait même qu’elles sont des femmes. Dans ce système, les rapports inégalitaires sont imposés dès l’enfance au sein des familles d’abord, dans les institutions ensuite (notamment à l’école), au travail... Dans leur vie quotidienne et dans quasiment tous les lieux de socialisation les femmes subissent, de manière plus ou moins violente et plus ou moins perceptible, la domination masculine. Les aspects polymorphes de cette domination, les multiples résistances, pour ne pas dire le refus de nombreux détenteurs du pouvoir de diffuser les thèses féministes rendent ce fléau invisible voire le justifie. La domination masculine est volontairement banalisée.

Pourtant, les viols et les violences s’exercent partout et dans tous les milieux sociaux. Ils ne s’imposent pas aux femmes exceptionnellement de manière inaugurale et/ou isolée mais participent d’un continuum dans le processus de violence. Ils peuvent relever parfois d’un jugement esthétique renvoyant les femmes à un état d’objet ou de blagues sexistes entre amis, au travail, qui les rabaissent, jusqu’aux agressions physiques, sexuelles, aux viols et aux meurtres. Ce continuum de violences marque les femmes dans leur corps et dans leur esprit et contribue à fabriquer une mésestime d’elles-mêmes allant jusqu’au dégoût de leurs corps, de leurs pensées et de leurs paroles. Tous ces outils de la domination masculine travaillent à faire taire les femmes, même et surtout lorsqu’elles sont victimes du pire.
En France, avec 75 000 viols par an, soit 200 par jour, les chiffres sont explicites, or 10 000 plaintes sont déposées et seulement 2000 d’entres elles aboutissent à des condamnations (soit 2,5% des viols révélés). 16% des femmes ont subi des viols ou des tentatives de viol dans leur vie, dont 59% avant 18 ans. Ces chiffres révèlent, d’une part, que les femmes victimes de viols ont peur (65 000 victimes ne portent pas plainte) et d’autre part, que lorsqu’elles osent porter plainte, elles sont discréditées et leur parole est niée (8 000 agresseurs sur les 10 000 dénoncés sont impunis). Alors que les enquêtes de victimisation attestent que les viols existent dans toutes les classes sociales, seulement 10% des violeurs assignés aux assises sont issus des classes sociales supérieures. Non seulement le nombre de viols en France est très important mais son traitement judiciaire est insuffisant et alarmant. Toutes les professionnelles qui reçoivent et accompagnent les femmes victimes de viols témoignent de la culpabilité, injustifiée du point de vue des faits mais d’une extrême logique d’un point de vue sociétal, qui empêche les victimes de renvoyer leurs agresseurs devant un tribunal. Ces professionnelles dénoncent aussi la façon dont la police et la justice accueillent les victimes. Dénoncer un agresseur relève du parcours d’une combattante or, après un tel traumatisme, combattre relève de l’impossible.

Nagy Piroska, économiste, subordonnée au directeur général du FMI, accuse DSK de harcèlement sexuel. Une enquête diligentée en interne puis prise en charge par des avocats conclut à la non culpabilité de ce dernier. Sa conduite qui sera finalement taxée « d’imprudence ». Pourtant, les propos de la plaignante dans sa lettre du 20 octobre 2008, sont clairs « Je vous ai expliqué en détail comment il m’a convoquée plusieurs fois pour en venir à me faire des suggestions inappropriées. Malgré ma longue vie professionnelle, je n’étais pas préparée à des avances du Directeur Général du FMI. Je ne savais que faire ; ainsi que je vous l’ai dit, je me sentais maudite si je le faisais et maudite si je ne le faisais pas. Après un temps je fis la grave erreur de me laisser entraîner dans une très brève aventure ». Le jour de la publication de cette lettre, le journal français Libération intitule un de ses articles : « L’avenir de DSK suspendu à un jupon ».

Lorsque l’on se réfère au processus graduel qui amène certains hommes à devenir violeurs, les chiffres alarmants de ces crimes et les dénis de justice qui en résultent, il est urgent de ne plus laisser l’ensemble des acteurs médiatiques traiter avec autant de condescendance et de légèreté des faits d’une telle portée. Ce sont d’abord les victimes puis toutes les femmes qui sont niées, humiliées dans leur identité.

En justice, la qualification des faits soit en agression sexuelle soit en viol modifie considérablement l’impact de la réparation due par l’agresseur et par la société. Le cas de Tristane Banon, agressée en 2003, illustre cette situation, qui prive d’une possible réparation des femmes blessées moralement à vie.

Nafissatou Diallo, victime et principal témoin dans le procès pénal pour viol et agression sexuelle a été décrédibilisée par les riches avocats de DSK au principe qu’elle aurait menti - fait gravissime aux Etats-Unis - devant le Grand Jury quant à son emploi du temps juste après les faits de violence et sur certains aspects de son passé. Dans cette affaire, quatre des sept chefs d’inculpation relevaient de crimes. Les preuves étaient accablantes, l’état de la chambre révélait des faits de violence, le rapport médico-légal prouvait la présence de sperme, d’ecchymoses au sexe, de lésions physiques sur la plaignante. Or, selon les avocats, les lésions constatées « peuvent avoir été provoquées par un rapport sexuel consenti » et selon le procureur« Les preuves physiques, scientifiques et d’autres natures indiquent que l’accusé a engagé un acte sexuel précipité avec la plaignante… ». Précisons que, même si le procureur a abandonné le procès pénal au nom du principe d’opportunité des poursuites, DSK n’est pas innocenté des faits qui lui sont reprochés malgré la discrétion des médias et des proches de cet homme. Une procédure civile est aujourd’hui en cours pour tentative de viol.

Les viols ne sont pas, comme on tente de nous le faire entendre, des violences rares commises par des asociaux, des fous et/ou des marginaux, parce que les femmes victimes de viols et de violences sont encore aujourd’hui humiliées et décrédibilisées par tous les moyens, parce que 98% des violeurs et des agresseurs de femmes sont libres de circuler et surtout libres de recommencer, plus particulièrement quand ils sont blancs et riches. Il est grand temps de nous doter d’une critique féministe de la justice et d’exiger que la loi cadre contre les violences faites aux femmes soit appliquée et améliorée. Il est grand temps aussi que les thèses féministes soient largement diffusées et servent de base pour que cessent les violences, les massacres, les traites à des fins de prostitution qui atteignent la moitié de l’humanité : les femmes.

Il est évident que nous devons aussi nous doter d’outils syndicaux pour accompagner les femmes victimes de violences sexistes et sexuelles sur leur lieu de travail : thème abordé spécifiquement le 8 décembre lors du stage femmes FSU.

Sigrid Gérardin


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